J’attends toujours les nouveautés du Gospel avec impatience. Parce que ce sont des ovnis littéraires. Les textes ne sont pas les meilleurs, certains sont un peu farfelus, mais ils ont le mérite de me marquer indéfiniment (ou presque). Et l’éditeur derrière fait un travail remarquable pour que la forme colle au plus près du texte, qu’elle sublime.
On débute le roman avec huit pages vierges, ou presque, chacune exhibant en gros corps les huit lettres qui composent le mot autodafé. Gâcher littéralement le papier est une bonne introduction humoristique à ce livre cynique et niche.
Et puis on plonge dans les méandres psychiques et spirituels de l’auteur-narrateur. On décèle un mal-être, une tristesse lasse qui imprègne les pages autant que son esprit. Des considérations cyniques, un espoir perdu. Un récit sans lieu ni temporalité comme la spirale qu’est devenue sa vie d’écrivain raté.
Que se passe-t-il quand les livres sont nos seuls remèdes, réceptacles, miroirs ? Que se passe-t-il quand la fiction prend le pas sur notre vie, jusqu’à empoisonner notre âme d’histoires ?
C’est l’histoire d’un homme à contre-courant, qui a le mal du siècle et qui s’est fait emprisonner dans et par le papier.
« La vérité c'est que tous les écrivains sont des losers. S'ils passent autant de temps chez eux, c'est qu'ils n'ont pas le choix. Peut-être qu'à ce jeu, les femmes s'en sortent mieux. Il y a quelque chose d'utile, de public, à être une femme qui écrit. Au xxI siècle, on comprend pourquoi elles le font. Mais les hommes? Qui a encore envie de lire ce qu'ils ont à raconter ? »
Entre déclaration d’amour et de haine, un texte intéressant, percutant et poétique, soulignant le rapport presque religieux qu’on entretient avec les livres.