Dans un service d'addictologie, Lara accompagne l'équipe qui soigne des adolescents drogués aux écrans. Il y a Julien, un collégien déscolarisé depuis trois ans, Lou, neuf ans, qui passe ses nuits sur son portable, ou Stefania, tétanisée à l'idée de sortir de chez elle. Les failles de ces enfants sont pour Lara le miroir de ses propres addictions. Celles dont elle peut parler en riant, celles qui lui pèsent et qu'elle essaie régulièrement d'abandonner, celles plus honteuses qu'elle tait. Au fil des consultations, ses souvenirs refont surface. Cinq ans plus tôt, Lara a eu une liaison avec son médecin. Pendant quelques semaines, elle s'est laissé prendre au piège, dans une frénésie de messages et de photos intimes. Jusqu'à perdre le contrôle. Époque est un roman féroce et viscéral, celui d'une génération dévastée par les écrans.
Manque de nuance, pré-mâché, et à côté de la plaque sur pas mal de sujets à mon sens, c'est dommage, alors que le numérique est un réel sujet dont il y a tant à dire. Je me demande avec quoi les lecteurs, lectrices ressortent de cette lecture, avec quelles conclusions sur leur propre vie. Les passages relatifs au docteur m'ont toutefois semblé intéressants, bien qu'un peu sensationalistes parfois.
Laura Poggioli traite ici principalement des conséquences de l’omniprésence des écrans dans la vie des jeunes et des moins jeunes, mais pas seulement. Il y est aussi question des addictions, sous toutes les formes, des plus socialement acceptées à celles qu’on fait tout pour cacher, à soi même autant qu’aux autres.
Ce que j’ai le plus apprécié dans cet ouvrage, c’est l’introspection que le texte nous incite naturellement à faire. Est-ce que mon usage des écrans a un effet délétère dans ma vie que je ne saurais m’avouer? Cette « chose » que je fais quand ça va bien, quand ça va mal, et dont je pense pouvoir me passer, ne serait-ce au final qu’une béquille?…
En bref, un ouvrage qui nous donne une loupe pour observer nos zones d’ombres et qui traite de questions pas encore suffisamment explorées à mon sens. J’ai toutefois, selon les chapitres, eu l’impression d’être parfois dans un roman, parfois dans un essai très informatif et clinique. Il y manquait, à mon avis, un certain travail pour brouiller la frontière entre les deux et proposer un récit plus enveloppant et plus profond dans son exploration d’un ou deux thèmes principaux.
Un topo sur les dangers du numérique avec des exemple d'ado en service d'addictologie et sur l'histoire personnelle de la narratrice Lara, etudiante en psychologie, confrontée au cyberharcèlement. Se lit vite, mais lenlivre reste assez en surface avec des exemples dado dont la vie est à peine évoquée.
Je suis passée complètement à côté de cette histoire. Le style est très plat, les enjeux, pourtant passionnants, ne sont souvent qu'effleurés et les personnages ne sont pas suffisamment creusés. La narratrice met en parallèle son parcours personnel à celui des patient.es d'un hôpital psychiatrique spécialisé en addictions numériques où elle réalise un stage. La comparaison manque, à mon sens, de pertinence et de legitimité et dresse un portrait très nombriliste du personnage principal.
Un essai archi-lu sur l'addiction aux réseaux, qui se contente de survoler le sujet avec la froideur clinique d'un numéro d'Envoyé Spécial, mais qui cache en miroir une histoire d'adultère mal digérée.
Époque c'est un roman très actuel qui reflète notre société et nos addictions au numérique.
Réfléchissez un instant, quelle est en général une des premières choses faite le matin ? ou le soir avant d'aller dormir ? Je suis certaine que la majorité d'entre vous répondra jeter un œil sur mon téléphone.
Nous sommes devenus des esclaves de nos petits écrans! Alors imaginez ce que cela donnera sur les enfants et les adolescents.
Comme l'autrice, je repense à mon enfance sans écran si ce n'est que la télé, à un temps où on pouvait s'ennuyer, jouer dehors, s'occuper avec de vraies personnes. On a grandi comme ça sans écran et pourtant aujourd'hui on est devenu pour la plupart accro à nos téléphones portables.
C'est ce thème que Laura Poggioli aborde dans son roman mêlant habilement le je de l'autofiction pour son personnage (miroir ?) Lara et la troisième personne pour décrire les enfants, les ados ou le personnel médical ou accompagnant dans un centre d'addictologie d'un hôpital.
Lara est titulaire d'un master en psychologie, elle veut ouvrir un centre pour aider les jeunes addicts aux écrans à se réapproprier leur vie. Elle aussi a ses addictions, elle a été il y a cinq ans, victime de cyberharcèlement.
Dans ce récit docu-fiction, Laura Poggioli nous secoue, nous fait prendre conscience de la nécessité d'informer, d'agir pour réduire le temps passé sur écran, que nos comportements d'adulte, de parents ont de graves conséquences sur les enfants. N'avez-vous jamais été témoin de parents qui conduisent les enfants au parc et sont absents psychiquement car ont les yeux fixés sur leur téléphone, ou encore dans un resto ou un moment entre amis donnant dès le plus jeune âge un écran à leurs jeunes enfants. Les écrans qui changent le regard des jeunes se pensant entourés et en réalité de plus en plus seuls, isolés, désespérés.
Les réseaux prétendent ouvrir une fenêtre sur le monde alors qu'ils ne font que souder les barreaux d'une prison.
C'est bien documenté avec en parallèle l'histoire de Lara, victime de cyberharcèlement. Le livre se lit très vite, l'écriture est fluide, sensible, hyperréaliste, descriptive. L'autrice a un regard lucide sur notre monde, notre époque et présente aussi des solutions, information, sensibilisation, décrochage progressif d'une heure par jour avec une activité de substitution.
Un livre actuel à mettre dans un maximum de mains.
Ma note : 9.5/10
Les jolies phrases
Il y a les heures que les plus jeunes passent sur les écrans, mais aussi tous les moments pendant lesquels nous, parents, sommes davantage absorbés par nos smartphones que par leur quotidien.
Qui n'a jamais ressenti un malaise en arrivant au parc et en constatant que plusieurs adultes ont les yeux rivés sur leur portable au lieu d'échanger avec leurs enfants ? pour autant, ne le faisons-nous pas tous, parce que c'est plus fort que nous ? On le fait même quand on sait qu'il ne faudrait pas. On le fait même si on a lu des études sur les méfaits de tous ces moments où l'adulte est là sans être là, présent physiquement mais indisponible psychiquement.
J'ai l'impression que chez tous ces jeunes les écrans ne font que rendre les peines plus intenses.
Entre ces murs, je repense souvent au sentiment de solitude qui m'enveloppait quand j'étais enfant. Je ne le sentais pas partagé, il m'appartenait. J'avais droit à l'ennui et au silence. Aujourd'hui, l'ultra-connexion digitale nous déconnecte paradoxalement les uns des autres, et le sentiment de solitude se fait sociétal.
Les suicides de plusieurs adolescents victimes de harcèlement scolaire ont mis en lumière l'effet amplificateur des réseaux sociaux à l'âge décisif de la construction sociale de l'identité.
Se faire toujours mal pour avoir moins mal.
Si vos enfants vous voient tout le temps sur votre téléphone, ils se disent que c'est ça devenir grand.
Les réseaux prétendent ouvrir une fenêtre sur le monde alors qu'ils ne font que souder les barreaux d'une prison.
Le numérique a ce pouvoir inédit d'étendre ce mal-être à chaque instant puisque nos appareils nous suivent partout, tout le temps.
À l'hôpital, je cherchais des réponses. J'y ai trouvé un condensé de souffrance et d'anxiété, mais aussi de l'espoir et une profonde humanité. Des femmes et des hommes agités de questions. Juste des humains, en somme.
Les problèmes d'addiction et d'autodestruction prennent bien souvent leurs racines dans une simple volonté de supporter la douleur physique que provoquent les émotions.
Plus je stimule un enfant, plus je dois continuer de le stimuler afin d'avoir toute son attention.
De façon plus diffuse, le rapport aux corps des adolescents, tout particulièrement celui des jeunes filles, est altéré par leur usage des réseaux sociaux, générant de la dysmorphophobie - des pensées obsédantes sur un défaut imaginaire ou une légère imperfection de l'apparence physique - des troubles du comportement alimentaire, un recours précoce à la chirurgie esthétique. Comment pourrait-il en être autrement quand l'adulte que je suis ne peut s'empêcher de cliquer lorsque son fil d'actualités Facebook lui propose des articles sur des personnalités qui auraient mal vieilli ?
Lara, 38 ans, mariée et mère de trois enfants, prépare un Master de psychologie et effectue un stage dans un service d'addictologie où elle suit Blanche, pédopsychiatre, et son équipe de soignants et éducateurs, Pascale, Maxime, Philippe qui se dévouent corps et âme pour aider leurs jeunes patients. Dans ce cabinet, défilent des enfants surexposés aux écrans depuis leur plus jeune âge, des parents eux-mêmes dépendants de leurs smartphones, démunis devant le mal-être de leurs enfants. L'auteure prend le pouls de notre époque et d'une "génération ultra connectée qui multiplie les cas de phobie sociale et scolaire", se réfugiant dans une vie virtuelle, offerte par les jeux vidéos ou les réseaux sociaux où règnent la fascination de la mise en scène de soi. Scroller, tchater, liker commenter, jouer... Lara Poggioni explique comment ces heures passées devant les écrans, stimulant la dopamine, déconnectent inexorablement de la vraie vie. Le cerveau des enfants /adolescents n'est pas en mesure de gérer le niveau de stimulation que leurs imposent les contenus qui défilent sur leurs écrans et qui génèrent fatigue irritabilité, ... J'ai trouvé ce roman documentaire édifiant et je le referme avec un sentiment de malaise. La lecture de cet ouvrage interroge forcément notre propre rapport aux écrans, la place qu'ils occupent dans nos vies et ce dont ils nous privent, ce dont on se prive... donnant l'envie de déconnecter pour se reconnecter à l'essentiel.
Août 2023. Bien sûr que ça m’a fait reconsidérer pour la millième fois ma propre dépendance à mon cell. (Quelle ironie d’être sur mon cell à partager ça sur une app! Ichhh!) Je ne nie pas non plus que la relation de la narratrice avec « le docteur » qui s’est transformée en cyber harcèlement faisait froid dans le dos. J’ai d’ailleurs lu le roman d’une traite.
Cela dit, j’avais plus l’impression de lire un article dans une revue de psycho-pop. Ça m’apparaissait parfois comme un enchaînement descriptif. Allez! On remplit des pages de description de patients, on y met des références pour un enrobage bien didactique, avec au travers l’histoire personnelle de la narratrice et surtout son infidélité avec une personne qui était en situation d’autorité et qui en a abusée. Cette « relation » propulsée par la technologie omniprésente et toxique parce créée pour être addictive, etc.
Finalement, ça devient assez bof, sans profondeur réelle, mais les réflexions qu’il suscite sont intéressantes et on comprend bien le message: prudence avec l’usage des écrans. (Ou ça nous fait une piqûre de rappel.)
Ce n'est pas le genre de livre que j'ai l'habitude de lire, mais je connais très bien Laura Poggioli donc j'ai eu envie de lire son livre et de l'encourager.
Ce livre est très bien écrit et très ancré dans le réel. Née à la fin des années 80, je me suis reconnue dans pas mal de souvenirs de l'héroïne Lara. Le récit est très dur puisqu'il traite des addictions et en particulier des addictions chez les enfants et les ados, ainsi que toutes les horreurs qui en découlent et/ou en sont la cause. Étant moi-même nouvelle maman, j'ai lu avec une pointe d'angoisse tout cela. L'histoire se concentre aussi en parallèle avec la relation toxique puis le harcèlement immonde de l'héroïne par un médecin, qu'elle a rencontré quelques années plus tôt. Si j'en crois la dernière phrase de l'autrice, elle aurait vraiment vécu cette histoire, ce qui amplifie l'horreur des faits.
Bref, ce livre ne laisse pas indemne et nous demande de questionner nos rapports (pas si sains que ça) aux réseaux sociaux. Alors, posons le téléphone et lisons, lisons, lisons 🩵
J’ai vraiment passé un agréable moment de lecture, avec des passages qui poussent à la réflexion.
Le récit est alterné entre Lara qui est amenée à rencontrer différents patients dans un service d’addictologie, et l’histoire de ceux-ci, et la propre histoire de Lara.
J’ai beaucoup apprécié la prise de perspective de Lara qui, confrontée à la situation d’un des patients, voit l’impact lié aux écrans. Souvent elle le met en perspective avec sa propre histoire, avant l’ère des écran et des réseaux sociaux à tout-va.
Cela m’a permis, indirectement, de replonger dans certains souvenirs d’enfance, à une ère où les écrans et réseaux sociaux ne prenaient pas tant de place.
J’aurais cependant peut-être aimé que l’on creuse un peu plus l’aspect relationnel au sein du service d’addictologie, qu’on creuse un peu plus dans l’histoire de ces patients. A mon sens, l’autrice est restée un peu dans la superficialité sur cet aspect-là.
En revanche j’ai énormément apprécié l’histoire avec le « docteur ».
En résumé, une lecture accessible à tous, pas trop longue, et qui permet de se questionner sur le phénomène de société des addictions, et notamment celle des écrans et des réseaux sociaux.
3,5 disons. Le sujet du numérique me passionne. Les effets des réseaux sociaux sur notre cerveau, des IA sur notre planète. J’ai eu la sensation que ce livre avait trop d’ambition, qu’il voulait trop dire et de ce fait, n’a réussi qu’à dire en surface. On a un patchwork de portraits rapides d’adolescents accros au numérique, entrelacé de la vie de la narratrice et de son propre rapport aux écrans. Le tout ressemble plus à une publicité de prévention, assez alarmante. Je ne sais pas si c’est le meilleur moyen de servir ce propos. C’est dommage parce que j’ai beaucoup aimé le récit de chacun, et il me semble qu’ils auraient été intéressants s’ils avaient eu la place d’un livre pour eux tout seul, plutôt que de devoir se serrer dans 250 pages, et d’une manière un peu aléatoire aux yeux du lecteur.
Je trouve que le titre Époque est trop ambitieux, certes la présence du numérique est excessive dans la vie de presque tous nos contemporains, mais ce qui est décrit dans le livre n'est pas "banal" et concerne généralement des personnes très fragilisées, qui auraient eu beaucoup de difficultés également sans l'omniprésence des écrans. Ce qui m'a le plus marqué est l'histoire de la narratrice, j'ai eu plus de mal à m'accrocher aux histoires des patients. J'ai trouvé très choquants l'emprise et le harcèlement exercés par le docteur, et le sentiment qu'il allait continuer son mode opératoire auprès d'autres victimes.
Un roman qui aborde très bien son titre. A travers le personnage de Lara, nous retrouvons une véritable fresque de notre société et de ses déboires numériques et sociales. C'est un texte qui fait de la prévention tout en soulevant les nombreuses problématiques présentent à diverses échelles.
3.5 ! Les thèmes abordés (addiction, numérique, adolescence, infidélité, abus de pouvoir) m’ont beaucoup intéressée, l’écriture est fluide cependant il y a quelques répétitions et quelques manques parfois.
2.5 J’ai beaucoup aimé le sujet mais son traitement frôlait parfois le sensationnalisme, ne faisant pas grand chose des histoires des patients et patientes qu’elle rencontre.
Je m’attendais à une approche nuancée de la dépendance aux écrans, un peu dans la lignée de “les enfants sont rois” de Delphine De Vigan, mais j’ai été déçue par ce roman (cet essai?) autocentré et peu abouti. Les addictions sont abordées de manière très superficielle, on ne s’attarde pas sur les causes et très peu sur les traitements et les conséquences. Les jeunes ne font que passer entre les pages, la narratrice préférant mettre le focus sur sa propre histoire.
La version audio est lue par l’autrice, ce qui rend la narratrice encore plus geignarde et moralisatrice qu’à l’écrit. Je suis complètement passée à côté et je l’aurais abandonné certainement s’il avait été plus long !
« Il se nourrissait de ce que j’avais en moi et que lui n’avait pas, et plus il m’aspirait, plus je perdais de ma lumière, de mon intégrité, de ma lucidité… »