Cette bande dessinée, portée par le trait expressif de Simon Géliot et le récit implacable de Valérie Villieu, s’impose comme une œuvre marquante sur l’histoire du camp d’internement de Drancy pendant l’Occupation. Avec une narration précise et une mise en scène bouleversante, elle met en lumière le rôle tragique de ce lieu, où près de 90 % des Juifs déportés de France ont transité avant d’être envoyés vers les camps d’extermination.
À travers les destins de plusieurs personnages – Béno, Nathan, Jean, Chil, Samuel, Klara – on découvre des fragments de vie brisés par la barbarie. Les conditions de détention y sont décrites avec un réalisme glaçant : la faim, le froid, la maladie, les violences quotidiennes et, toujours, l’angoisse du départ. Ce que l’on sait, mais que les prisonniers ignorent encore, donne une puissance tragique au récit, accentuée par la répétition implacable des convois. L’une des pages les plus marquantes reste celle où près de 800 visages miniatures figurent les déportés du convoi n°40, un choc visuel qui en dit long sur l’horreur de la déportation.
Loin d’être une simple reconstitution historique, cette BD interroge aussi la responsabilité de la France, trop souvent passée sous silence. Le rôle des gendarmes français dans les rafles, la collaboration active avec l’occupant, mais aussi les trahisons et les dénonciations, sont ici traités avec justesse et sans concession. Pourtant, malgré la noirceur du sujet, l’humanité subsiste : l’entraide, la solidarité et la dignité des personnages offrent un contrepoids à l’horreur ambiante.
Graphiquement, le style de Simon Géliot, allié au choix d’une monochromie dominée par le bleu, confère une atmosphère pesante et mélancolique. Cette esthétique renforce l’émotion du récit sans jamais tomber dans le pathos. Le texte, sobre et percutant, laisse toute la place aux images pour exprimer l’indicible.
Difficile de parler d’un “coup de cœur” face à une œuvre aussi bouleversante, mais il est certain qu’elle doit être lue. C’est une BD essentielle, un devoir de mémoire qui ne peut laisser indifférent.
Dans cette bande dessinée en noir et blanc par Simon Géliot, Valérie Villieu nous raconte l'histoire du camp d'internement de Drancy pendant l'occupation nazie de la France.
Monté dans un HLM de la cité de la Muette, on y suit le quotidien d'un panel de personnages principaux d'horizons variés, qui se retrouvent dans ce camp car juifs. Déshumanisés et humiliés, tant par les soldats français qui font du zèle, que par les SS ou même parfois par les autres prisonniers.
On nous dépeint évidemment le pire de l'humanité comme le meilleur, avec ses personnages principaux attachants qui gardent et ceux qui perdent espoir.
Si les personnages ignorent avec précision ce qu'il est en train de se passer, la narration est particulièrement claire à ce sujet et nous liste même en temps réel le nombre de convois déportés vers l'Est, donc vers les camps d'extermination, c'est particulièrement glaçant.
Le trait de Simon Géliot se prête particulièrement bien à cette oeuvre, ses personnages sont particulièrement expressifs, tant dans leurs joies que dans leurs douleurs.
Cette histoire très sérieuse donne beaucoup de dignité à ses personnages principaux, ce que j'ai apprécié, et sensibilise sur la responsabilité de la France dans l'horreur nazie. Sans être expert sur le sujet, j'ai l'impression que cette partie de l'histoire, à savoir l'implication de l'autorité française dans la déportation, reste évoquée de manière marginale, aussi cette BD est particulièrement intéressante pour se renseigner à ce sujet et je ne peux que la conseiller.
Je remercie vivement Netgalley et la Boîte à Bulles pour leur envoi d'une version numérique de la Muette