𝕃𝕖 𝕡𝕝𝕦𝕤 𝕚𝕞𝕡𝕠𝕣𝕥𝕒𝕟𝕥, 𝕔𝕖 𝕟’𝕖𝕤𝕥 𝕡𝕒𝕤 𝕝𝕒 𝕣𝕖́𝕒𝕝𝕚𝕥𝕖́ 𝕥𝕖𝕝𝕝𝕖 𝕢𝕦’𝕖𝕝𝕝𝕖 𝕖𝕤𝕥, 𝕞𝕒𝕚𝕤 𝕥𝕖𝕝𝕝𝕖 𝕢𝕦𝕖 𝕧𝕠𝕦𝕤 𝕡𝕖𝕟𝕤𝕖𝕫 𝕢𝕦’𝕖𝕝𝕝𝕖 𝕖𝕤𝕥.
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Dans un futur où l’on est devenu immortels grâce à une technologie permettant de transplanter notre cerveau à l’infini dans le corps de korgs, des animaux à l’apparence humaine, Dio va rencontrer Kaya. Dio a dépassé le milliers d’années. Kaya, elle, appartient à une communauté qui prône la vie unique…
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Cette chronique va être un peu particulière parce qu’à la fois j’ai absolument adoré ce roman et je le recommande vraiment pour plein de raisons que je vais vous détailler, et en même temps j’ai pas mal de choses à lui reprocher (que je vais aussi vous exposer).
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Commençons par le positif. Déjà, il faut savoir que j’ai eu un mois de lecture assez compliqué où pas grand chose ne m’emballait. Pourtant, dès les premières pages de ce roman j’ai été complètement embarqué, fasciné même.
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Soyons très clair, il ne s’agit pas d’un roman d’action où il se passe mille choses. Tout l’intérêt de ce roman réside plutôt dans les réflexions qu’il suscite. Et il en suscite beaucoup. J’ai sincèrement trouvé passionnant tout ce que l’auteur a pu aborder ici, notamment, et c’est vraiment le cœur du roman, le rapport au corps et à la mort, le sens de la vie et ce que ça veut dire qu’être humain. Je n’ai pas tellement envie d’en dire plus sur ce qu’il dit sur ces sujets mais sachez que c’était vraiment intéressant et que ça pousse à se poser beaucoup de questions sur notre propre existence.
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L’auteur parle aussi beaucoup de la façon dont la technologie contrôle nos vies, ainsi que la façon dont on est prêt à renoncer à pas mal de choses (principalement notre vie privée, certaines libertés individuelles, et parfois même jusqu’à notre libre arbitre) pour notre confort. De la facilité avec laquelle on peut fermer les yeux sur la réalité, consciemment ou pas, pour nous focaliser sur nous même et sur notre petite vie.
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On parle aussi beaucoup d’éthique, avec notamment des parallèles évidents avec le spécisme par exemple, et notre propension à déshumaniser différentes espèces parce que leur apporter la considération qu’elles méritent nous ferait perdre trop de confort personnel.
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Voilà, en gros, pour le (très) positif. Maintenant il y a aussi pas mal de choses plus embêtantes qui, même si elles n’ont pas gâché ma lecture, doivent être mentionnées. Il faut savoir que l’auteur est né dans les années 60 et a grandi et vécu toute sa vie en Europe de l’Est. Et ça se ressent dans le roman. Notamment par des positions assez conservatrices sur pas mal de sujets (ça n’est pas forcément dit explicitement mais c’est quand même bien là).
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Par exemple, la société est complètement hétéronormée, avec un schéma familial unique. Dans chacune des vies des personnages, un homme et une femme se rencontrent, ils ont des enfants et restent ensemble jusqu’à la fin de leur vie (la vie de leur corps actuel), même si la relation ne va plus.
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Dans cet univers, les gens peuvent tout de même changer de genre au moment où ils renaissent dans un nouveau corps, en apparence sans que ça ne pose de problème à personne. Sauf que dans les faits, une personne qui était homme dans son corps précédent et qui est femme dans son nouveau corps n’en informera jamais son partenaire, sans quoi la relation serait « gâchée ». Une idée qui avait donc l’air progressiste ne l’est finalement pas vraiment, et on a plutôt une impression de stigmatisation pas complètement assumée.
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De la même façon, il y a un moment où l’auteur parle d’avortement et semble avoir un point de vue progressiste (comprenez ici une opinion juste normale et décente), sauf qu’il fait ensuite un parallèle entre l’avortement et une pratique absolument abominable qui a cours dans cette société. Ça interroge un peu sur sa vraie position sur le sujet du coup…
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En fait c’est un peu étrange mais c’est souvent difficile de vraiment savoir ce que pense l’auteur, c’est toujours un peu ambigu et jamais très franc. Ce qui est bien marqué par contre, c’est la présence de male gaze dans le récit, et ça on s’en serait quand même bien passé.
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Sinon, j’ai aussi trouvé qu’il manquait certaines réflexions pour que l’histoire soit complètement crédible. Je pense notamment au fait que les gens vivent éternellement et ont tous des dizaines d’enfants (étalés sur plusieurs centaines d’années) mais qu’à aucun moment on ne nous parle de surpopulation ou de manque de ressources. Je comprends bien que ce n’était pas de ça dont voulait parler l’auteur mais ça reste un peu dommage de complètement mettre ce sujet sous le tapis.
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Au final, j’ai donc pas mal de critiques, et des choses pas forcément anodines non plus, mais j’ai tellement été passionné par le fond du roman que j’ai réussi à faire abstraction (pas au point de ne pas en parler quand même). Pour moi, ça reste en tout cas un livre à découvrir !