Sur une rive l’enfance, les rues de Tunis, l’affection troublante pour Zeïneb, les moqueries des camarades de classe, la mloukhia de la grand-mère Mima. Sur l’autre, la France et ses assignations racistes, la fac, la rencontre avec Sally, l’énergie du militantisme, la nuit et ses soirées qui tirent jusqu’à l’aube. Et partout, le regard des hommes. Il dévisage, insiste, déçoit, et habite le souvenir d’un square sans nom. C’est en plongeuse que la narratrice explore progressivement son nouveau monde, fond marin au sein duquel les créatures sont tantôt menaçantes tantôt rassurantes. Pour trouver des repères à soi, se construire et se reconstruire, d’une rive à l’autre, entre ici et avant.
Une écriture tellement belle et poétique à la fois, plus j’ai lu et plus j’ai aimé ce roman, je n’avais pas envie d’arriver à la fin du livre et j’aurais aimer savoir la suite de ce qu’il se passe après mais j’imagine une fin heureuse et pleine d’espoir pour concilier toutes ces dualités auxquelles la narratrice fait face. J’ai beaucoup aimer les mises en relation en parallèle avec l’encyclopédie de la mer et des poissons . Bref merci pour ce récit important sur la quête du soi et l’acceptation de ses identités plurielles dans un monde toujours trop étriqué.
Quand j'ai commencé ce livre, je me suis d'abord dit que c'était un livre jeunesse, vu le ton accessible et la manière dont les souvenirs d'enfance étaient abordés. Puis je suis tombée vers la moitié du livre sur une scène de sexe, dont j'ignorais avant de la lire qu'elle manquait à ma culture littéraire lesbienne. C'était à la fois cru et viscéral. On suit les aventures d'une héroïne d'origine tunisienne qui débarque en France pour ses études et désire à tout prix se fondre dans la masse, être acceptée, surtout ne pas montrer en quoi elle est différente, ni qu'elle vient d'ailleurs. C'est un livre qui abord avec beaucoup de finesse les amours d'adolescence inabouties, la honte d'être étrangère, sa propre place au sein d'un groupe, les amitiés et ce qu'elles permettent de construire en tant que lieux d'exploration et d'appartenance. Il y a de plus des fulgurances poétiques, comme le très beau "je me défais du flou" ou encore "notre relation a toujours existé à la façon dont le temps s'étire sans mots." Plus j'ai avancé dans ma lecture et plus j'ai aimé, c'est vraiment un très beau livre, que je ne suis pas prête d'oublier.
L'héroïne débarque en France pour ses études supérieures, après avoir passé son enfance et adolescence en Tunisie. Elle se sent vide et elle pense à en finir, mais elle se retrouve par hasard à intégrer un groupe féministe queer qui va la faire tenir. En parallèle à son évolution, elle se remémore ses années en Tunisie.
Les pages les plus intéressantes sont celles sur son passé, sur la Tunisie, sur sa relation avec Zeïneb la fille qu'elle aimait et qu'elle a quitté. Il y a un vrai travail sur la psychologie du personnage, sur les moments où ça se craquelle, on sent bien l'expertise de l'autrice qui est psychothérapeute. Son personnage vacille entre les scènes au présent et celles au passé, entre la France et la Tunisie, et retranscrit bien cette double absence qui montre qu'elle n'est plus là-bas mais pas pour autant intégrée ici. Face à la violence de son quotidien (celle des hommes, la honte de ses origines), elle se réfugie dans une encyclopédie sur la mer, et la narration se coupe pour décrire divers phénomènes aquatiques - le style est très poétique mais ça n'alourdit pas non plus le propos, c'est que ça fonctionne.
Les poils... J'ai tout aimé. Le style comme l'histoire et sa narration entre passé et présent. C'est divinement bien écrit. Je viens de le refermer et je suis encore transportée d'émotions.
J’ai bien aimé mais je pense que je m’attendais vraiment à adorer ! Et ça n’a pas été le cas car j’ai trouvé certains moments assez tirés en longueur, certaines des pensées du personnage principal n’étaient pas tout le temps fondées pour moi. Par contre j’ai vraiment aimé la fin ! « Mon cœur bat encore au rythme des BPM. Les chants que ma voix laisse échapper au-dehors viennent d'ail-leurs. Il n'y a que dans les moments où personne ne me regarde que je peux être entière. » « J'ai cru que la vie ne démarrerait jamais. » « De moi, je ne sais pas trop ce qu'elle a réussi à deviner. Elle a dû finir par comprendre qu'entre ici et avant il y a une mer, et j'ai perdu le chemin pour revenir. On a toutes les deux traversé d'artificielles frontières méticuleusement dessinées bien avant nous. On se tient la main dans l'après, pantelantes, les yeux écarquillés d'avoir osé, pas très sûres de la direction à donner au pas d'après. »