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Au-delà d'un simple récit, L'Abolition permet de mieux comprendre un homme, avec ses émotions, ses peurs et ses moments de doute, qui a pour seule arme sa robe d'avocat. Ce livre n'est pas un cours d'histoire sur l'abolition. C'est l'histoire de l'abolition vue de l'intérieur. Robert Badinter signe un témoignage poignant. Symbole d'un combat très personnel.
Je regardai l'horloge : il était douze heures et cinquante minutes, ce 30 décembre 1981. Le voeu de Victor Hugo, "l'abolition pure, simple et définitive de la peine de mort", était réalisé. (...) Je pensai à tout ce qui était advenu. Puis je rentrai chez moi, le long des allées. C'était fini, la peine de mort.--Nathalie Robert
286 pages, Pocket Book
First published August 28, 2000
C’était donc des magistrats et des jurés, et d’eux seuls, que dépendait la vie ou la mort de Patrick Henry. Mon rôle consistait à les placer face à cette responsabilité inouïe. D’en faire jauger le poids à chacun d’entre eux, jusqu’à la fin de ses jours. De les éclairer aussi complètement que possible. Puis de les rendre à la terrible solitude de celui qui doit décider. Alors ils mesureraient réellement ce que signifiaient les mots : condamner à mort. Je me souvenais de la phrase de La Rochefoucauld : “Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement.” Eh bien, je mettrais magistrats et jurés face à la mort de Patrick Henry.
Le propos d’Antigone, dans la pièce d’Anouilh, me revenait en mémoire : “C’est reposant, la tragédie, car on sait qu’il n’y a pas d’espoir.”
Durant le trajet, il me dit qu’il comptait sur moi pour continuer le combat. Je protestai avec toute l’énergie qu’on met dans ces moments-là à faire partager au malade une conviction feinte. Il me répondit : “Tu sais, mon rêve, ce serait d’être enterré dans un petit champ de courses provençal. Tu imagines : être là, sous la pelouse, et entendre pour l’éternité le galop des chevaux au-dessus de moi…”