Une île : Maurice, la narratrice du roman. Quatre personnages : un oncle las de la vie, sa nièce, unique lumière pour lui, une femme qui vient de quitter son mari, un chef de bande assoiffé de vengeance. Une journée où tout va exploser : la cité, les haines, peut-être l’île. Enfin, d’étranges animaux qui attendent patiemment que les humains finissent de détruire ce qui leur reste – leur humanité, leur foyer – pour vivre seuls, en paix : les caméléons. Unité de lieu, de temps, d’action. Le compte à rebours est lancé, le drame peut commencer. Mais reprenons. Le roman s’ouvre, la ville est à feu et à sang. Zigzig, le caïd meneur, tient dans ses bras une fillette ensanglantée. Les plus pauvres viennent de s’attaquer aux plus riches dans le centre névralgique de l’île : le shopping center, désormais en ruines. Au loin, un volcan gronde. Comment en sommes-nous arrivés là ? Quelques heures plus tôt, Zigzig partait avec les siens attaquer ses rivaux tandis que Sara regardait danser une femme libérée sur une plage abandonnée. L’île rembobine et nous raconte. On suivra tour à tour chacun des personnages jusqu’à ce que leur destin se mêle. On remontera aussi le cours de l’Histoire pour comprendre comment les peuples, les servitudes et les logiques du monde moderne ont saccagé cette terre de merveilles et divisé ses habitants. Avec sa langue tour à tour tendre et ironique, tranchante et poétique, Ananda Devi nous emporte dans un roman impossible à lâcher pour nous plonger dans le chaos des hommes. Le destin est en marche. Mais dans cette histoire-là, ceux qu’on croit les plus féroces seront peut-être les seuls héros.
Ananda Devi is a Mauritian writer. Her novel, Eve de ses décombres, won the Prix des cinq continents de la Francophonie in 2006, as well as several other prizes. It was adapted for the cinema by Sharvan Anenden and Harrikrisna Anenden. In 2007, Devi received the Certificat d'Honneur Maurice Cagnon du Conseil International d'Études Francophones.[1] She has since won other literary prizes, including the Prix du Rayonnement de la langue et de la littérature française of the Académie française. During 2010 she was bestowed with Chevalier des Arts et des Lettres by the French Government.
Je ne connaissais pas l’autrice mais j’ai beaucoup aimé son style ! A travers sa plume j’ai entendu gronder l’île, vibrer les caméléons et senti monter la haine et la violence !
Maurice, île paradisiaque pour les touristes et pour les blancs qui s’enrichissent depuis des décennies sur le dos des descendants d’esclaves, d’indiens “importés” et des métis, population pauvre, creuset des gangs.
Sara, fillette de 10 ans, devenue femme avec son premier sang, part avec son oncle, homme égaré, dépressif, pour l’école mais il décide de l’emmener sur un coin de littoral qu’il aimait au temps lointain. Ils croisent la route de Nandini qui vient de quitter son mari et se joint à eux ! Le lieu est devenu un dépotoir, croisement de l’affrontement de deux gangs défoncés au terrible sang de caméléon !
La violence se déchaine et plus rien n’arrêtera la colère qui déborde des corps, aveuglée par le ressentiment et les injustices !
Malgré toutes les horreurs que ses mots décrivent, l’autrice est poétique. Elle incarne tour à tour, l’île et les caméléons, Sara et Nandini, l'oncle et Zigzig, les victimes et les tueurs et leurs pensées nous prennent aux tripes !
Lecture déroutante, envoûtante et révoltante tout à la fois ! N’attendez pas pour vous y plonger. Les caméléons seront toujours là !
Ce livre m’a fait l’effet d’une claque. C’est un style dont je n’ai pas l’habitude et j’avais parfois l’impression de répétition mais j’ai aussi compris que c’était voulu. Les idées sont originales et cela bouscule nos sentiments et peut être même notre vision de ce qui se passe autour de nous. Tout est question de points de vues (au pluriel) et même sans connaître l’histoire mauricienne, cela peut s’appliquer à tant d’endroit où l’homme s’auto-détruit.
L'auteure, le livre (272 pages, 2023) : Ananda Devi est une auteure mauricienne, d'origine et culture indiennes comme beaucoup de ses compatriotes. Ses parents étaient venus d'une région du sud-est de l'Inde où l'on parle le telugu. Ses romans (qu'elle écrit en français) donnent une image de Maurice, [ce petit paradis ensoleillé, ensablé, nappé de sirop de canne], très éloignée de celle des catalogues de voyage idyllique. Une image beaucoup moins lumineuse. Avec Le jour des caméléons l'auteure entame une sorte de chronique d'un chaos annoncé : l'île à l'indépendance toute récente va sombrer dans l'enfer des tensions et des divisions engendrées par une Histoire complexe et tourmentée.
On aimera ou pas : 🔴 Nos lectures occidentales sont peut-être trop souvent construites dans un style sec, nerveux aux dialogues incisifs mais d'autres lecteurs pourront aimer le style d'Ananda Devi qui ne renie certainement pas ses origines indiennes, avec une écriture riche et sensuelle, des images colorées, des saveurs épicées, des descriptions enivrantes et des odeurs entêtantes ... 🔴 Certains pourront également apprécier le rythme lent donné au récit et la très très longue mise en place des personnages, de leur rencontre et de leur rendez-vous avec un destin tragique, [comme dans un film au ralenti]. 🔴 On aimera ou pas cette fable sociale, ce regard très critique porté sur l'île, ce jugement sans appel de ces communautés qui n'ont pas véritablement appris à vivre ensemble.
L'intrigue : Pour cette chronique d'un chaos annoncé, véritable tragédie antique, l'auteure et le destin vont réunir quatre personnages : une femme qui vient de rompre les chaînes de sa servilité conjugale, un vieil homme un peu perdu, sa nièce, une jeune fille trop fraîche et trop innocente et le petit chef d'une petite bande de voyous de la banlieue de Port Louis. L'auteure et le destin les emmèneront tous les quatre non loin du Caudan, le fameux front de mer de Port Louis, pour les lâcher pris entre les feux de deux bandes rivales qui s'affrontent. Pendant ce temps les caméléons observent patiemment les hommes courir à leur perte : les reptiles ont débarqué d'un bateau à Port-Louis, sans doute en provenance de Madagascar car Maurice ne connaissait jusqu'ici que les petits gekkos. Pour celles et ceux qui aiment les reptiles exotiques.
"Une île : Maurice, la narratrice du roman. Quatre personnages : un oncle las de la vie, sa nièce, unique lumière pour lui, une femme qui vient de quitter son mari, un chef de bande assoiffé de vengeance. Une journée où tout va exploser : la cité, les haines, peut-être l'île. Enfin, d'étranges animaux qui attendent patiemment que les humains finissent de détruire ce qui leur reste - leur humanité, leur foyer - pour vivre seuls, en paix : les caméléons. Unité de lieu, de temps, d'action. Le compte à rebours est lancé, le drame peut commencer. Mais reprenons. Le roman s'ouvre, la ville est à feu et à sang. Zigzig, le caïd meneur, tient dans ses bras une fillette ensanglantée. Les plus pauvres viennent de s'attaquer aux plus riches dans le centre névralgique de l'île : le shopping center, désormais en ruines. Au loin, un volcan gronde. Comment en sommes-nous arrivés là ? Quelques heures plus tôt, Zigzig partait avec les siens attaquer ses rivaux tandis que Sara regardait danser une femme libérée sur une plage abandonnée. L'île rembobine et nous raconte. On suivra tour à tour chacun des personnages jusqu'à ce que leur destin se mêle. On remontera aussi le cours de l'Histoire pour comprendre comment les peuples, les servitudes et les logiques du monde moderne ont saccagé cette terre de merveilles et divisé ses habitants. Avec sa langue tour à tour tendre et ironique, tranchante et poétique, Ananda Devi nous emporte dans un roman impossible à lâcher pour nous plonger dans le chaos des hommes. Le destin est en marche. Mais dans cette histoire-là, ceux qu'on croit les plus féroces seront peut-être les seuls héros."
Un livre très puissant qui raconte et lie plusieurs mal-être mauritiens en un même destin. Sous le style emphatique et empreint de symbolisme de Ananda Devi (qui ne respire pas toujours l'optimisme), un futur chaotique et violent du pays se dessine. On le sent proche, à fleur de la peau. Prophécie, anticipation, exorcisme d'une issue que l'auteur sent proche et redoute ? Ananda Devi exprime ici certain fatalisme résigné face à la bêtise des hommes aux esprits étriqués qui ne cherchent que des prétextes pour laisser libre cour à la barbarerie et échapper ainsi à leurs faiblesses. Au programme, beaucoup de misère, beaucoup de médiocrité humaine, et peu d'héroisme qui sera souvent déplacé ou mal compris. L'homme et le pays pourront-ils s'en sortir par le haut ? Ou serait-il préférable pour tous de faire place nette à la nature et aux caméléons ? Voici une part anxieuse de l'envers du décor de façade paradisiaque que Maurice affiche au monde.
L'histoire est vraiment puissante et le message intéressant. Malheureusement j'ai eu du mal à accrocher avec le style d'écriture et les personnages.
"Les barrières sont hautes, aiguisées de préjugés, fortifiées par leur supériorité(...)"
"Mais bon, si l'on commence à faire le réel bilan des choses, on pourrait se demander s'ils se sont fabriqués tout seuls ou s'ils ont été assemblés dans l'usine à broyer les âmes et les corps qu'est leur joli petit pays?"
"Immortels, nous sommes, jusqu'à ce que nous mourions."