À travers son Journal de bord, l'auteur partage le quotidien de sa famille et de son peuple, les moments de souffrance, mais aussi l’espoir d’un ciel sans drones ni missiles, d’un toit qui ne serait pas fait d’un tissu de tente. Il livre avec une grande précision la chronique effarante de la guerre menée par Israël à Gaza, de la destruction des hôpitaux, des écoles et des universités, des édifices religieux, des infrastructures urbaines du territoire. Il raconte les exodes incessants au rythme des injections de l’armée israélienne et des bombardements massifs. Il raconte les innombrables victimes des bombes, ces vies pulvérisées de gens ordinaires, épuisés par des décennies de guerre et d’occupation, démoralisés par l’abandon du monde.
Journaliste palestinien, Rami Abou Jamous tient son "Journal de bord de Gaza" plusieurs fois par semaine sur le site Orient XXI. Francophone, fondateur de Gaza-Press, un bureau qui fournissait aide et traduction aux journalistes occidentaux, il a dû quitter en octobre 2023 son appartement de Gaza-ville avec sa femme Sabah et leurs enfants, sous la pression de l’armée israélienne. Réfugié d’abord à Rafah, il vit désormais sous une tente à Deir El-Balah.
"Personne ne peut comprendre ce que veut dire l'humiliation, s'il ne l'a pas vécue. L'humiliation de mourir alors qu'on n'a rien fait. L'humiliation de mourir chez soi. L'humiliation de mourir parce que l'on est en train de donner de l'eau à ses voisins. L'humiliation de ne pas retrouver nos corps, déchiquetés et dispersés par les bombes, dont on ramasse les morceaux pour les mettre dans des sacs en plastique. L'humiliation de retrouver un gamin de 6 ans, dévoré par les chiens. C'est ce que cherchent les Israéliens. Nous garder dans l'humiliation." Récit, par ceux qui le subissent, de plus d'un an de génocide.
Si je devais résumer ce livre en deux mots, je choisirais « humiliation » et « résilience ».
Rami Abou Jamous détaille jour par jour les conséquences du génocide actuellement en cours à Gaza. Il y témoignage son quotidien et celui de son entourage : qu’il s’agisse de sa femme, ses enfants, ou le commerçant du coin qui essaye de survivre en réparant des tongs en plastique. Si les images que l’on a sous les yeux ne vous suffisent pas à mesurer l’ampleur de la gravité, ses descriptions pointues, mais pragmatiques, illustrent la vie sous blocus, sous la mort, sous le désespoir. Il ne s’agit pas juste de tuer pour exterminer. Les attaques israéliennes sont pensées pour infliger la plus haute humiliation. Humiliation infligée par la famine, la destruction du passé, de la culture, des infrastructures, des écoles, de la santé, de l’éradication de la jeunesse, de la mémoire, des attaches, du bonheur, des rêves. En somme, de la vie.
La résilience dont le peuple palestinien fait preuve quotidiennement depuis 1946 amène à une profond réflexion.