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Impardonnable

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Deux récits, deux voix, deux ennemis a priori. Lui s’appelle Paul Dufourcq. Jusqu’à peu, il avait une situation, une famille, un grand appartement dans le XVIème arrondissement de Paris, une vie. Mais un soir, il rentre en voiture après avoir bu, renverse un jeune homme à scooter et prend la fuite. L’accident tue l’adolescent et envoie Paul derrière les barreaux d’une prison. Elle s’appelle Anna. Elle a perdu sa fille, Lucie, dans des circonstances similaires, mais son coupable à elle s’en est sorti avec un bracelet électronique. Depuis, Anna va de rage en peine. La justice les a broyés tous deux, murant l’une dans la colère et l’autre dans la culpabilité. Pour les aider, on leur propose de participer à une autre forme de justice, dite restaurative. Anna devra rencontrer Paul, l’écouter, lui parler. De son côté, Paul pourra enfin s’excuser. Mais peut-on accorder son pardon à celui qu’on ne hait que par procuration ? Et peut-il affranchir de la culpabilité ? On suit d’abord à tour de rôle les récits séparés d’Anna et Paul, revivant avec eux leur histoire, du procès aux murs de béton ou de rage entre lesquels ils vivent depuis deux ans. Jusqu’à leur rencontre, point d’acmé de ce roman tendu comme une corde sur laquelle Mathieu Menegaux, funambule attentif, évolue pour nous faire éprouver les sentiments qui rongent ses personnages, honte, rage, peur et désir de vengeance, et éclairer aussi bien les impasses d’une justice qui punit, que les espoirs d’une autre appelant au pardon. Un roman poignant que la tendresse habite.

Kindle Edition

Published January 8, 2025

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Mathieu Menegaux

10 books17 followers

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Displaying 1 - 9 of 9 reviews
Profile Image for Aude Bouquine Lagandre.
725 reviews223 followers
January 9, 2025
Dans son nouveau roman « Impardonnable », Mathieu Menegaux nous interroge sur une thématique universelle et pourtant terriblement intime : le pardon.

« Impardonnable » s’ouvre sur deux existences bouleversées. Anna a perdu sa fille Lucie, renversée par un chauffard qui a pris la fuite. Sa vie s’est figée dans une boucle d’accès de colère et de désirs de vengeance. Paul, quant à lui, porte le poids de sa culpabilité après avoir tué un jeune homme en scooter en revenant d’une soirée. La fuite qui suit l’accident ne le protège pas longtemps. Il se retrouve rapidement derrière les barreaux, contraint de faire face à son acte.

Ces deux voix, celle d’une mère endeuillée et celle d’un homme brisé par ses actes, brossent un tableau saisissant des conséquences à la fois intimes et sociétales que provoque un drame routier. Ou peut-être devrais-je dire d’un « homicide involontaire par conducteur d’un véhicule terrestre à moteur commis avec circonstance aggravante » qui est la formulation légale.

Comme souvent, Mathieu Menegaux nous attribue un rôle de témoin. Il nous appartient d’écouter les émotions à vif de ses protagonistes et d’éprouver leurs blessures rationnelles, morales et émotionnelles. En alternance, Anna, puis Paul s’expriment. En alternance, nos émotions tambourinent à la porte de notre raison. Faudra-t-il choisir un camp ? Serons-nous en mesure d’éprouver de la compassion pour la victime ET pour le délinquant de la route ?

Mathieu Menegaux évite les jugements tranchés. Son style, à la fois précis et empreint de justesse, nous pousse à regarder au-delà des apparences. Paul n’est pas décrit comme un monstre, mais comme un homme dont une erreur fatale a bouleversé la vie et celle de nombreux autres. « Nous attendions des monstres, et nous avons vu arriver des hommes (…) » Anna, quant à elle, ne se limite pas à la seule figure d’une victime. Sa colère, sa peine et son désir de justice sont dépeints avec une profondeur qui touche au cœur. « Le procès, c’est toujours la grande désillusion pour les parties civiles. »

Le talent de l’auteur réside dans sa capacité à équilibrer « Impardonnable » entre introspection personnelle et critique de la société en général, et de la justice en particulier. En mettant l’accent sur les failles du système judiciaire et carcéral français, il propose un réquisitoire mesuré, mais implacable.

« La justice de son pays estime que la circulation automobile est vitale au point de tolérer quelques écarts et de ne les sanctionner que marginalement, le législateur estimant que chacun peut avoir ses moments de faiblesse. L’avocat songe que c’est le même phénomène pour les féminicides. Après tout, les hommes sont violents, depuis toujours. Alors oui, des femmes tombent sous les coups de leur mari ou de leur ex, c’est dans l’ordre des choses. L’État ne se mobilise pas vraiment. L’opinion ne se scandalise ni suffisamment, ni suffisamment longtemps. Et la litanie des morts continue, dans les foyers comme sur les routes. »

Les délais interminables, les peines perçues comme symboliques, la sensation pour les familles que leur douleur est reléguée au second plan… tous ces éléments s’inscrivent dans une réflexion plus large sur la justice et son incapacité à réparer les âmes brisées.

Le tournant du récit survient lorsque Paul et Anna se voient proposer un échange dans le cadre d’une expérience de justice restaurative. Cette approche, qui repose sur une conversation directe entre victime et responsable, invite à reconsidérer le rôle du pardon. Il existe plusieurs formes de justice restaurative, mais Paul et Anna choisissent le face-à-face. Vous avez peut-être vu le film « Je verrai toujours vos visages » qui traite précisément de ce sujet. C’est la première fois que j’entendais parler du sujet. Et pourtant… une loi a bien été votée en 2014. « Tout le sujet (…) c’est de dissocier qui vous êtes de ce que vous avez fait, des actes qui vous ont conduit ici. »

La question, « Peut-on pardonner l’Impardonnable ? », hante le roman. Que va apporter cet entretien quand la justice elle-même n’est pas parvenue ni à soulager Anna ni à condamner Paul de la bonne façon ? (j’entends par là, « contribuer à réparer, au lieu d’être bêtement puni »)

Mathieu Menegaux s’appuie sur des réalités contemporaines pour nourrir ses réflexions autour d’« Impardonnable », offrant ainsi une dimension presque documentaire à son récit. La mise en abîme entre les réponses frustrantes de la justice et les débats autour de la pertinence de la justice restaurative trouve ici un écho vibrant à l’utilité de la peine. Peut-on vraiment écouter celui qui nous a fait du mal ? Et pour celui qui a causé l’irréparable, y a-t-il une rédemption possible ?

Peut-on entendre, dénouer l’ » impardonnable » ? Anna doit affronter celui qu’elle considère comme le symbole de sa souffrance. Paul, lui, espère que cet échange pourra apaiser son âme tourmentée. Ce moment de confrontation figure parmi les plus bouleversants du roman, car s’écouter c’est aussi apporter la preuve que toute humanité n’a pas totalement disparu. L’écriture tendue de l’écrivain excelle à retranscrire la peur, la haine, mais aussi la lueur d’espoir, le pardon, l’écoute qui naissent tout au long du chemin.

Loin de tout manichéisme, « Impardonnable » met en lumière les zones grises de l’âme humaine et force le lecteur à écouter deux versions d’une même histoire. Ce n’est pas chose facile. Nous avons tous suivi les histoires du célèbre cuisinier qui perd son fils, de l’humoriste qui cause un accident mortel, et de cas identiques dans nos sphères personnelles où les accidents de la route suscitent un émoi fort. La révolte, l’opinion tranchée, la volonté de punir sont des réactions humaines. L’écoute, le pardon, et parfois la compassion, aussi. Comme le lecteur, Anna et Paul, loin d’être figés dans leur existence, évoluent au fil du récit. Les ressentis s’affinent, et des réponses trouvent un chemin.

Au-delà des trajectoires individuelles, « Impardonnable » interroge les lacunes de notre système judiciaire. La lenteur des procédures, le manque d’écoute envers les victimes et leurs frustrations, l’état du système carcéral sont autant de sujets que Mathieu Menegaux est désireux d’aborder.

« La vraie question, celle que personne ne voulait entendre, c’est qu’est-ce que je fais en prison ? C’est absurde. Un non-sens. Je n’y apprends rien, on n’y corrige rien, et on ne protège personne, parce que je ne crois pas représenter un quelconque danger pour la société. Est-ce qu’il n’aurait pas mieux valu me condamner à une énorme amende, à une contribution à la sécurité routière, ou alors me forcer à travailler dans un service d’urgences, dans une unité de rééducation post-traumatique, je ne sais pas, quelque part où j’aurais eu l’impression de contribuer à réparer, au lieu d’être bêtement puni, isolé entre quatre murs, à coûter de l’argent à l’État ? »

À travers Paul, il questionne l’utilité de la prison comme outil de réhabilitation. Est-elle seulement une sanction, ou peut-elle devenir un espace de réflexion et de transformation ? À travers le parcours d’Anna, il met en évidence le vide laissé par une justice qui ne répond pas aux attentes émotionnelles et morales des victimes.

« Impardonnable » a suscité bien des questionnements… et à même était l’objet d’âpres discussions familiales. Je dois avouer qu’au début du roman, j’avais des idées bien arrêtées sur le sujet. Comme pour les affaires de femmes battues par leurs conjoints, il m’apparaissait très clairement que les peines rendues par la justice n’étaient jamais à la hauteur du préjudice et de la souffrance endurés. J’ai souvent comparé les décisions de justice française, à celles données aux États-Unis, qui, pour le coup, peuvent être totalement disproportionnées. La notion de « réparation » par une peine de prison lourde fait partie de notre ADN. La faculté d’écouter, de comprendre, et d’entrevoir que l’on peut séparer l’acte de la personne qui l’a commis, l’est également. « Ce ne sont pas des monstres. Ce sont des hommes, qui ont commis des actes monstrueux. Et c’est très différent. »

Alors, il est vrai que je n’ai pas eu à me positionner sur ce sujet à titre personnel. Je n’ai perdu aucun proche dans des circonstances similaires. Pourtant, je suis parvenue à comprendre les argumentations et les émotions des deux parties. L’aversion que je ressentais pour Paul, au début du roman, a laissé place à plus de compassion alors que ce que j’ai ressenti pour la peine d’Anna est demeuré identique.

Sans doute est-ce là, la volonté première d’« Impardonnable »… Décrire avec toutes les nuances de gris possibles, les deux visions d’une même pièce. En ce sens, Mathieu Menegaux a parfaitement rempli sa mission. Les personnages, écorchés vifs, restent profondément humains, malgré l’ambivalence de leurs situations. La complexité qui en découle, autant axée sur une analyse froide que sur une explosion des émotions, remue l’esprit et le cœur. Je ne peux savoir comment je réagirais face au drame que vit Anna, je ne peux imaginer la culpabilité que je ressentirais si j’étais responsable d’un accident de la route, ayant entraîné la mort. Mais je pense, sincèrement, que de tels romans ont au moins la volonté de nous faire réfléchir et de nous faire mesurer l’ampleur des cataclysmes qui viennent frapper des vies.

Face à l’« impardonnable », sommes-nous capables de pardon ? Toute la question demeure là, et chacun tentera d’y apporter une réponse. Je ne peux que vous recommander de faire face à cet insoutenable cas de conscience.
Profile Image for Alice Alexandre.
587 reviews6 followers
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January 7, 2025
Tout peut basculer en un crissement de pneus : un moment d’inattention, un surcroît de fatigue… et un bruit sourd qui met un point final à une vie trop courte !

On s’en veut de ne pas lui avoir dit non, des soirées entre potes, il y en aurait d’autres. Mais lorsque l’on nous apprend que le conducteur, qui sortait d’une soirée arrosée, a pris la fuite, en laissant la chair de notre chair dans le fossé, agonisant, la rage s’ajoute à la tristesse. Ce salaud doit être châtié ! Qu’il aille pourrir en prison ! Qu’il ne puisse voir ses enfants grandir qu’à travers les barreaux ! Et qu’il ne vienne surtout pas geindre, ses enfants, à lui, sont encore en vie !

Je pense ne pas dire de bêtise si j’affirme que nous avons déjà, tous autant que nous sommes, condamné Untel ou Unetelle en regardant les infos. Je peux également vous dire que Mathieu Menegaux parvient, avec ce roman court et, pourtant, si intense, à chambouler toutes nos certitudes.

L’auteur nous plonge dans les abîmes de l’humain : d’un côté, une mère endeuillée, qui se bat pour que justice soit faite, de l’autre, un homme emprisonné, qui n’est plus que l’ombre de lui-même. La seule chose qui les unit, la haine : la haine que cette mère voue à celui qui lui a volé sa fille, la haine que cet homme se voue à lui-même pour avoir tué ce garçon dont il ne parvient même pas à prononcer le prénom.

Sans jamais faire pencher la balance d’un côté ou d’un autre, l’auteur dissèque les états d’âme de l’une et de l’autre, tout en passant au crible les défaillances du système pénal français et de la notion même de réinsertion, le tout porté par un style incisif.

Et que dire de la fin ? Eh bien, rien du tout, pour ne rien divulgâcher, si ce n’est qu’elle est magistrale.

Bref, si vous ne lisez pas ce roman, dont je peux vous assurer que la force narrative vous saisira aux tripes, vous ne vous le pardonnerez pas !

https://www.instagram.com/aliceintheo...
Profile Image for Anne-Laure.
103 reviews
January 19, 2025
Mathieu Menegaux explore à nouveau les thèmes qu'on retrouve dans ses précédents titres, et avec brio. La culpabilité, la vengeance, le pardon, la justice des hommes....
Ici on suit Anna, dont la fille de 16 ans a été tuée, renversée par un conducteur alors qu'elle circulait à vélo. On suit tout son cheminement, sa douleur profonde et indicible, sa tentative de reconstruction,...
Et on suit Paul, qui a renversé un jeune homme en scooter et l'a tué. Ici assi on suit son cheminement, ses regrets, ses remords, sa tentative de reconstruction...

J'ai adoré cette lecture, comme chaque titre de cet auteur. Il m'a arraché des larmes.
Je suis maman de deux ados, ce que vit Anna peur arriver à n'importe quelle mère, y compris moi.
Je suis conductrice, un accident involontaire qui entraine blessure ou mort peut arriver à n'importe qui, (un virage, du brouillard, un soleil trop éblouissant...), y compris moi.

l'auteur invite à la réflexion, rien n'est facile dans ce genre d'histoire ou la dimension émotionnelle se frotte à la raideur administrative.

Bon maintenant, y a pu qu'à attendre son prochain "banger" comme diraient mes ados !


Profile Image for wati bogosse.
67 reviews8 followers
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January 22, 2025
C'est bien que ce genre de bouquins existe (ça parle de justice restaurative pour les gens de mon feed qui ont rien demandé) mais littérairement parlant j'ai trouvé ça pas terrible + les bourgeois parisiens j'en ai par-dessus la tête 🌝
73 reviews1 follower
May 31, 2025
À quoi sert la prison ? À punir le criminel ? À lui faire prendre conscience de l'immoralité de ses actes ? À dissuader chacun de commettre un crime ? À venger la victime ? À écarter de la société une personne représentant un danger ? Mais quand ce criminel est un chauffard responsable d'une mort pour avoir pris le volant en ayant bu quelques verres sans pour autant être ivre, mais également un individu comme vous et moi, pas un violeur ni un dangereux mafieux, non, plutôt une personne qui a agi de façon criminelle sans avoir jamais ne serait ce qu'imaginé commettre un crime, à quoi sert la prison ? La punition elle est donnée par la société qui l'exclut. La prise de conscience le hante au quotidien. La victime ne sera jamais vengée, elle ne reviendra pas à la vie et ses proches resteront eux, condamnés à vivre avec cette douleur. Le chauffard n'est de toute façon plus un danger et il y a fort à parier que ne serait-ce que conduire sera difficile pour lui. Quant aux autres citoyens, soit ils sont déjà suffisamment du danger de l'alcool au volant, soit ils auront probablement plus peur d'un contrôle que de commettre un accident parce que "mais ça va , je peux conduire, je n'ai pas bu tant que ça"...
Est-ce à dire qu'il ne faut pas emprisonner les chauffards responsables d'un accident mortel ? Ce n'est ni mon propos, ni celui de Mathieu Menegaux. Mais son roman interroge le lecteur de façon percutante sur ce sujet et plus largement sur celui de la justice.
D'un côté il y a Anna, mère dévastée par la mort de sa fille, adolescente, percutée par un chauffard qui a pris la fuite, chauffard qui est par ailleurs, un citoyen modèle, un homme bien sous tout rapport.
De l'autre, il y a Paul, cadre supérieur, qui a causé la mort d'un jeune garçon en rentrant d'une soirée et qui ne s'est pas arrêté. Deux accidents, deux morts qui n'ont pas de lien sauf la similitude évidente des situations.
Pour tous les deux, l'une victime, l'autre coupable, la vie s'est arrêtée avec l'accident, même si l'un en est responsable et l'autre ne fait que le subir. Et la narration laisse place tour à tour à chacun des deux, à travers la voix de Paul d'une part et d'un narrateur extérieur, peut être pour introduire plus de distance et moins de pathos, nous racontant la vie et le chagrin d'Anna.
La vraie question n'est pas de savoir si c'est normal d'emprisonner si peu les criminels de la route ou de savoir si la justice doit être individualisée, même si ces questions traversent le roman. Non la vraie question c'est à qui profite la prison et comment atteindre une justice qui répare vraiment les victimes blessées comme les criminels déviants par rapport à la société.
Cela pourrait rester du ressort de la philosophie ou du moins de la réflexion théorique, de l'opinion personnelle. Mais là où l'auteur réussit un tour de force c'est qu'à travers son roman aussi fort qu'un coup de poing et aussi touchant qu'un drame, il propose de vraies solutions. Sans doute pas une panacée mais une vraie idée qui touche à la fois à la morale et à la justice pour les réconcilier.
Profile Image for Nathalie Vanhauwaert.
1,092 reviews45 followers
February 9, 2025
C'est le sixième roman de Mathieu Ménégaux et le sixième que je lis toujours avec autant d'intérêt et de plaisir.

Quelle claque! Mathieu Ménégaux n'en a pas terminé avec la Justice, cette fois c'est de la justice réparatrice qu'il nous parle.

Dans ce roman en écho deux personnages, deux visions diamétralement opposées en présence.

- Anna, une mère ayant perdu sa fille Lucie d'un accident de roulage avec délit de fuite. Elle va combattre pour que Lucie ne soit pas morte pour rien, il faut que le chauffard soit puni, privé de liberté. Elle est en colère. Le procès sera nécessaire pour lui permettre de faire son deuil, mais ne réparera rien, juste l'aider à accepter. Le coupable s'en sortira avec une peine dérisoire.

- Paul qui lui a tout perdu, privé de liberté écopant d'une peine exemplaire pour des faits similaires.

Ces deux voix sont enfermées l'une dans la colère, l'autre dans la culpabilité.

Au fil du récit, l'auteur décortique minutieusement les rouages de la justice et de la procédure, il se pose les questions sur cette justice punitive et aborde avec beaucoup d'humanité et d'espoir la justice restauratrice qui permet à des victimes et coupables de même faits de se rencontrer et d'échanger.

La construction est parfaite, les récits et introspection en miroir pertinents. Ce récit m'a interpellée car cette fiction pourrait un jour être réalité, nous ne sommes pas à l'abri d'un accident. Comme à chaque fois l'écriture est parfaite, remplie de justesse, d'émotion et de sensibilité même si par moment elle est très journalistique et tellement bien documentée.

Ma note : ♥♥♥♥♥


Les jolies phrases

Quand on dort, on ne pleure pas ; quand on dort, on peut encore voir sa fille, la toucher, la sentir, l'entendre, la serrer dans ses bras, la chatouiller, lui brosser les cheveux et l'embrasser encore et encore. Au lieu de devoir la mettre en terre.

Inspiration, expiration, l'air qui emplit les poumons, transmet l'oxygène au sang et se retrouve expulsé, bon à rien, chargé de dioxyde de carbone. Le cycle de la vie, si naturel que personne n'y prête plus attention. Jusqu'au jour où la mort d'un être cher nous pétrifie et remet au centre de nos vies ces mécanismes essentiels et invisibles.

C'est un des rôles du procès, de vous permettre de verbaliser, d'exprimer votre douleur et de confronter l'auteur aux conséquences de son acte.

Croyez-moi, j'en ai tant vu sortir d'un procès plus abîmés qu'ils n'y étaient entrés. Considérez le passage devant le tribunal comme une étape du deuil, une autre, mais rien de plus.

Tout sauf l'indifférence. Être honni, au moins c'est exister. Alors qu'être banni, c'est comme une mort, petit à petit, une longue agonie.

La prison abîme les auteurs d'infractions plus qu'elle ne sert son objectif initial, tel que le décrit le code pénal, qui consiste à favoriser leur amendement, leur insertion ou leur réinsertion.

À quoi sert de condamner un chauffard à la prison ? Il va y apprendre à mieux conduire ? À ne pas boire ? À ne pas abandonner un accidenté sur le bord de la route ? ..... Est-ce qu'il n'aurait pas mieux valu me condamner à une énorme amende, à une contribution à la sécurité routière, ou alors me forcer à travailler dans un service d'urgences, dans une unité de rééducation post-traumatique, je ne sais pas, quelque part où j'aurais l'impression de contribuer à réparer, au lieu d'être bêtement puni, isolé entre quatre murs, à coûter de l'argent à l'état ?

Ce ne sont pas des monstres. Ce sont des hommes, qui ont commis des actes monstrueux. Et c'est très différent.

Des existences cabossées qui retrouvent un sens, des plaies qui se pansent et l'espoir qui permet de sortir de la nuit noire.

Le droit qu'on ne peut retirer à personne, c'est le droit de devenir meilleur.

https://nathavh49.blogspot.com/2025/0...
Profile Image for Matatoune.
630 reviews29 followers
January 6, 2025
Mathieu Menegaux oppose dans son Impardonable deux faces d’un même problème, le délit de fuite après un accident de la route et décès de la victime.

Anna est une mère éplorée qui vient de perdre sa fille Lucile dans un accident de la route avec délit de fuite. Antoine est son mari. La rage vengeresse habite son cœur.

Paul Dufourcq, ex-directeur financier, est accusé d’un accident de la route ayant entraîné le décès d’un adolescent avec délit de fuite et possible alcoolémie. Lui est complètement conscient de son geste. Il a déjà perdu son travail. Sa femme va le quitter au moment du délibéré de son procès. Prison ou pas, il porte déjà toutes les conséquences de ses actes.

Entre vengeance et repentir, Mathieu Menegaux place son lecteur dans une position impossible. Car, tour à tour, comme l’alternance des chapitres, le lecteur oscille entre deux identifications, celle a Anna et celle à Paul.

L’attente du procès, puis celui-ci, projette Anne dans les affres de sa rage et son ressentiment. Du quotidien d’une maison d’arrêt puis d’une centrale, Paul raconte son quotidien, sa solitude, sa demande de pardon qu’il répète inlassablement la nuit dans sa cellule mais qu’il n’a pas su dire au procès.

Seulement Mathieu Menegaux à un autre combat pour livrer son lecteur à l’âpreté d’une telle situation. Peut-être une volonté que la justice ne soit pas uniquement punitive. Et, surtout l’envie de redonner à chacun leur dignité humaine.
Chronique illustrée ici
https://vagabondageautourdesoi.com/20...
1,361 reviews56 followers
March 31, 2025
Après avoir vu le film « Je verrai toujours vos visages« , je me suis dit que la justice réparative était une très bonne chose.

Ce roman met en scène deux personnages : une mère dévastée par le décès accidentel de sa fille et un chauffard condamné à la prison. Il ne s’agit pas de la même affaire.

Bien évidement, le procès n’apporte rien à la mère en terme de reconnaissance et de réparation.

Bien évidement, la peine de prison ne sert à rien pour le coupable qui ne fait que perdre son temps.

J’ai été agacé par les termes juridiques précis de : homicide involontaire par conducteur de véhicule terrestre à moteur.

J’ai aimé que l’auteur mette des mots sur les souffrances de l’une et de l’autre, leur colère, leur impossibilité à avancer.

J’ai aimé me laisser porter par le récit, ne comprenant qu’à la fin où voulait en venir l’auteur : dire ses émotions et ses questions, légitimer ses interrogations et, peut-être, obtenir des réponses pour se projeter dans l’avenir.

Bien sûr, il est question de pardon dans ces pages, mais ce n’est pas ce sujet qui m’a intéressé, plutôt celui du ressenti et de l’expression des émotions si difficile.

L’auteur a su encore une fois m’émouvoir en montrant qu’une autre justice est possible, moins aveugle, plus à l’écoute.

L’image que je retiendrai :

Celle des victimes qui ont aussi leur part de responsabilité dans les accidents.

https://www.alexmotamots.fr/impardonn...
345 reviews11 followers
April 19, 2025
Peut-on pardonner à un chauffard sous l'empire de l'alcool qui a renversé son enfant, l'accident ayant causé le décès de la victime ? C'est le sujet sensible de ce roman prenant dans lequel Mathieu Menegaux fait alterner deux voix, deux points de vues, deux souffrances : celles d'Anna et de Paul. Anna a perdu sa fille adolescente, Lucie, fauchée par un automobiliste alcoolisé alors qu'elle circulait de nuit, à vélo, sans éclairage. Paul purge une peine de prison pour avoir renversé et tué un garçon un soir qu'il conduisait en état d'ivresse. On retrouve dans ce roman les thèmes chers à Mathieu Menegaux : la justice, le remords ou encore l'enfermement psychologique. J'ai retrouvé dans ce récit sa plume concise et efficace, qui dégage une puissance émotionnelle intense.
Les derniers chapitres de ce roman m'ont rappelé le film bouleversant Je Verrai toujours vos visages, de Jeanne Herry, sur la justice restaurative.
Un roman émouvant qui met en lumière ce dispositif et cette alternative au système de justice traditionnel.
Displaying 1 - 9 of 9 reviews

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