2,5 ⭐️ Sujet essentiel et réflexions pertinentes, mais je ne suis pas fan de l'angle philosophique choisi par l'auteur. Manque d'une analyse plus concrète.
C’est la question dérangeante que nous pose le sociologue Rodolphe Christin dans Peut-on voyager encore? Réflexions pour se rapprocher du monde.
« L’essentiel est de retourner à une beauté aimable des lieux. Le tourisme a illustré cette tentative, mais elle a mal tourné, prise en charge par des marchands ayant oublié l’intérêt commun au profit d’intérêts privés. »
Chasser les marchands du temple, dit le sociologue qui critique la marchandisation du voyage. Devenu objet de consommation, le tourisme s’est imposé à nous. Il est devenu une norme sociale qui conditionne le temps libre de chacun au point que « le fait d’être en vacances a été recouvert, et presque effacé dans l’inconscient collectif, par celui de partir en vacances ». Rien ne semble plus banal que de partir. Mais peut-on partir encore? La question, légitime, ne concerne pas seulement les émissions de GES qui sont en forte hausse dans cette industrie – elles ont augmenté de 40% entre 2009 et 2019 –, mais également la concentration excessive de visiteurs dans un nombre restreint de sites touristiques, concentration qui favorise l’envolée du prix des logements en raison du développement d’une offre de type Airbnb.
Sous couvert de démocratiser le tourisme, de défendre le droit de chacun à jouir du plaisir des vacances hors de chez soi, l’industrie touristique de masse fait le lit à une dénaturation des espaces emblématiques d’un territoire en vidant ses plages, ses rues et ses points de vue panoramiques des locaux qui y sont remplacés par les seuls touristes.
Existe-t-il une autre manière de voyager? Malheureusement, sur ce dernier point, le lecteur restera sur sa faim.
Ce livre consiste plus en une critique du capitalisme qu’une réelle réflexion sur le voyage. Malgré que ces deux thématiques soient intimement liées, l’organisation des différentes sections de cet essai laisse croire que le sujet principal est la critique du système capitaliste en place. Une meilleure organisation textuelle et une meilleure centralisation des thématiques abordées permettraient de mieux répondre à la question : « Peut-on encore voyager? »
Quelques éclairs de génie ici et là, mais surtout énormément d’errements philosophiques. Pas désagréable comme lecture, mais je ne recommanderai pas non plus.