Le chaos numérique déferle en silence. Les Big Techs ont remodelé notre quotidien, et l'intermédiation algorithmique est devenue hégémonique. Les environnements numériques s’infiltrent partout où il y a un marché, y compris dans l’industrie de l’opinion et de la politique. Penser à une philanthropie digitale serait naïf, car les réseaux sociaux jouent un rôle central dans les dysfonctionnements politiques. Ils offrent une illusion de liberté, limitée par des dynamiques économiques favorisant le spectaculaire au détriment du substantiel. Ce n’est plus la vérité qui triomphe, mais la viralité.
Désormais, l’Homo Numericus produit des pensées basiques, dénuées de profondeur, aux antipodes de l’exigence intellectuelle. Ce fonctionnement saborde la réflexion, remettant en question des millénaires d’efforts humains pour cultiver la lucidité. À travers les chapitres, se dessine une réalité troublante, celle de la dérive émotionnelle. L’espace digital devient le terrain des passions collectives, opérant un conditionnement dans une spirale dystopique. La marchandisation de l'influence sociale et l’essor du capitalisme de surveillance ont malmené la démocratie.
Dans ce paysage numérique, la promesse d’émancipation se révèle être un instrument de contrôle et de propagande. La crise dépasse les enjeux électoraux ou la montée du populisme : elle fragilise les institutions et érode la confiance publique, conduisant à une véritable déconstruction démocratique. En cette ère des algorithmes, des bulles de filtre et de l’isolement informationnel, la pérennité démocratique fait face à un défi titanesque. Entre la prépondérance des BigTechs et la détresse des États, la bataille pour la régulation est loin d'être remportée. La réflexion critique est atomisée et l'obédience à l’humeur de la foule domine le discours politique.
Ce livre offre une cartographie des facteurs à l’origine de ce chaos. Croire que ces dysfonctionnements sont temporaires serait crédule. L'éthique et la responsabilité n'émaneront pas des sources de ce désordre. Loin d'être un simple réquisitoire, il est un appel à mesurer l'ampleur de la menace, à prendre conscience de la polarisation croissante des sociétés, de débats publics gangrénés par la désinformation, et d'une vérité vacillante. Ces phénomènes ne sont pas des accidents. Ce livre pointe la responsabilité de ceux qui façonnent ces environnements virtuels.
Face à ce pouvoir tentaculaire, l'indignation ne suffit plus. Législation, sensibilisation, éducation, réorganisation des institutions, reconfiguration des modes de scrutin, chaque aspect doit être repensé à l’aune de ce fléau. Sans une réaction globale, les Big Techs continueront à façonner le monde à leur guise, laissant des démocraties fragilisées, des citoyens désinformés et des sociétés divisées. La mobilisation doit être totale, et à bride abattue.