La collection où Marie Ndiaye publie "Le Bon Denis" est consacrée à l'écriture de soi. On dirait bien que c'est de son propre père absent que l'autrice de "Papa doit manger" est censée traiter. Mais immédiatement les souvenirs de sa mère mettent au premier plan un autre homme, Denis, censé avoir élevé la narratrice dans son jeune âge, et dont elle n'a aucun souvenir.
Le récit est composé de quatre parties partiellement convergentes mais également divergentes. L'identité du fameux Denis est aussi mouvante que le passé de la narratrice, qui ne cesse de lui glisser entre les doigts. Ce recours à l'autofiction relève peut-être de la discrétion (comme Proust avant elle, Ndiaye évacue son frère du tableau) mais il est surtout typique de la manière de l'autrice. Malgré l'autorité apparente d'un style souverain, la vérité échappe sans cesse dans une atmosphère troublante et onirique, voire parfois cauchemardesque.