Le livre retrace l'historique du fascisme italien et allemand et montre les liens entre les fascistes et les magnats de la finance. Faisons un résumé de tout cela.
1. Face à ses contradictions, le capitalisme a généré une crise. Ainsi les profits diminuent.
2. Pour éviter la révolution, la bourgeoisie a subventionné massivement les fascistes afin de permettre leur développement local.
3. Ce développement a permis aux fascistes de se rendre indispensable au grand capital en cassant les grèves, en tuant les syndicats ouvriers et en occupant les lieux de contestation comme les ports et les institutions ouvrières.
4. En parallèle, l'idéologie fasciste, ou plutôt la foi fasciste, s'infiltre dans les milieux et prend de l'ampleur, toujours avec le soutien de la bourgeoisie. En confondant le culte de l'homme providentiel avec le culte de la patrie.
5. Les fascistes adoptent une rhétorique "anti-capitaliste" pour ratisser la classe ouvrière et prendre le pouvoir. Dans les faits, l'objectif affiché n'est pas socialiste mais libertarien (ce que je déduis ce ce qui est écrit), c'est à dire que l'État ne doit être là que pour assurer la concurrence entre les travailleurs en détruisant les monopoles.
6. Une fois le pouvoir pris, les fascistes interdisent la grève et les syndicats, ce qui induit une baisse des salaires de 50 à 60% en 5 ans, augmentent le pouvoir des industries monopolistique, donnent des exonérations fiscales à la bourgeoisie et privatisent tout ce qu'ils peuvent. On peut ajouter aussi le fait que les femmes ont été retirées des usines pour que les hommes chômeurs puissent avoir du travail.
7. Le parti fasciste absorbe l'État et teinte l'ensemble des institutions de son idéologie, par exemple l'armée impose ses conditions pour accepter le changement de régime, ce qui va faire que les SA et les SS vont perdre tout leur pouvoir. De même, les administrations se multiplient, donnant une bureaucratie très puissante mais coûteuse.
8. En parallèle, il y a une épuration des plébéiens au sein du parti pour tuer tous les marxistes qui espéraient faire une deuxième révolution, socialiste cette fois ci, après la prise du pouvoir. C'est ce que Guérin nomme l'absorption du parti par l'État.
Régulièrement, Guérin invite indirectement à l'autocritique, rappelant que la naïveté et le légalisme bourgeois de la gauche a bloqué cette dernière dans sa lutte contre le fascisme. C'est effectivement logique que de faire confiance à l'État, c'est faire confiance aux dominants qui subventionnent le fascisme, donc pas le meilleur plan dans le contexte.
Guérin passe énormément de temps à développer comment le fascisme s'articule avec le capitalisme pour s'imposer comme religion suprême. Ce qui sous entend une démagogie particulière, une tactique donnée et une doctrine. Je ne développe pas dessus car je préfère le laisser découvrir aux personnes intéressées.
Le livre démontre point par point que le fascisme a créé un système économique basé sur le "en même temps" à l'avantage des riches et n'a pas su gérer les temps de crise économique, faisant que le "plein-emploi" affiché et revendiqué n'était qu'une façade car derrière, les salaires diminuaient et les prix augmentaient. La politique agricole était déplorable car même en temps de crise, elle était à l'avantage des grands propriétaires.
Pour conclure ce résumé, il n'y a que les ignares profonds qui peuvent penser une seule seconde que les nazis étaient socialistes parce qu'il y avait socialisme dans national-socialisme alors que ce n'était qu'une façade. Et que finalement "une bonne vieille dictature" ça fonctionne pas comme on pourrait le penser, sauf pour tuer des révolutions dans l'oeuf, car c'était exactement le résultat de la doctrine fasciste, à savoir une jeunesse incapable de penser l'existence du communisme ou du socialisme.
Le livre est long (511 pages) pour un prix de 20€, c'est cher mais c'est largement rentable pour comprendre ce qu'est le fascisme et surtout ce que veut le grand capital à terme. Il faut comprendre les dynamiques de classe en jeu pour les dépasser et s'adapter. S'il y a bien un livre que je recommande, en plus de "10 questions autour de l'anarchisme", c'est celui là.