Les romans historiques sur la Seconde Guerre Mondiale sont souvent emprunts d'industrialisation : les armées, les camps, les convois... Ici c'est tout l'inverse, on a fait le choix du local.
J'ai aimé cette structure chaînée où chaque chapitre correspond à un habitant du village de Mirabelle, agissant au quotidien pour protéger ou aider un tout petit peu Marguerite, son fils et son neveu, à échapper à la déportation. Ce fil narratif est d'ailleurs un choix pas facile à assumer, et peut induire le doute quant à la probabilité d'une telle chaîne de solidarité. J'ai personnellement eu une lecture "dézoomée" : Mirabelle et ses habitants sont un agrégat des actes de Résistance qu'on a pu voir un peu partout à cette époque. Le personnage de Marguerite quant à lui, devient une figure emblématique de tous les persécutés contraints de se cacher.
Ce roman m'a semblé un témoignage beaucoup plus probant, intime et concret dans sa représentation de la Résistance du quotidien que "Résister" de Salomé Saqué.
Le roman est intéressant, mais je n’ai pas trop accroché au style de l’auteur, car en fait on a les points de vue de beaucoup d’habitants du village, alors que j’aurais préféré suivre la trame depuis le point de vue de l’héroïne. Mais il faut reconnaître que ça fait l’originalité du livre
3,5 / Le dernier roman de Véronique Mougin (autrice qui me tient à cœur depuis son brillant et magnifique récit « Où passe l’aiguille ») parle de la Seconde Guerre Mondiale d’une manière si discrète que l’on pourrait presque oublier le contexte dans lequel on navigue pendant la lecture. À travers les pages, l’auteure retrace les gestes d’anonymes qui, sans gloire ni reconnaissance, ont sauvé des vies, et notamment celle de sa grand-mère. Ce récit nous plonge dans l’intimité de la guerre, mais d’une manière étonnamment douce et pleine de gratitude.
Ce qui m’a particulièrement frappé, c’est la bonté des personnages dans chaque chapitre. Chacun d’entre eux semble incarner une forme d’humanité pure, agissant avec un sens profond de solidarité, même si ces gestes paraissent insignifiants au premier abord. Tout comme dans ses livres précédents, la plume de Véronique Mougin est une force majeure dans le récit. Une élégance littéraire dans ses mots, une profondeur émouvante avec parfois une touche d’humour légère et juste.
Les interludes en italique furent pour moi les moments les plus touchants du roman. Peut-être car on avait vraiment l’impression d’être à côté de l’autrice et de sa grand-mère lors de l’écriture de ce titre. En quelques lignes seulement, ces interludes nous font traverser toute une palette d’émotions : de la douceur à la douleur, de la gratitude à la transmission. Ils sont d’une grande justesse et réussissent à capter l’essence de ce que signifie la solidarité, même dans les moments les plus désespérés. Des petites perles de tendresse et de réflexion qui ajoutent une profondeur particulière à l’ensemble du récit.
Toutefois, bien que j’aie été ému par la lecture, la structure du livre, qui consiste à raconter l’histoire à travers un personnage par chapitre, fut originale mais fut à l’origine d’une certaine distance avec les protagonistes. Chaque personnage reste en retrait. On ne les rencontre que brièvement, pendant quelques pages. Et bien que l’on perçoive la générosité de chacun, on ne tisse pas un lien profond avec eux. Il manque peut-être un peu d’intrigue ou de continuité narrative pour renforcer cette connexion. Le récit prend la forme d’un carnet de notes, une sorte de compilation de souvenirs et d’extraits de vies qui, parfois, peut sembler fragmentée. Ce fut pour moi le petit élément mitigé de ma lecture.
Dans l’ensemble, c’est un roman qui, par sa simplicité et son humanité, nous rappelle que les petites actions, souvent invisibles, peuvent avoir un impact énorme. Véronique Mougin rend hommage à ceux qui ont fait preuve de courage, d’altruisme et de discrétion, et elle parvient à nous toucher profondément sans sombrer dans la facilité de la narration dramatique. C’est un livre empli de gratitude et d’espoir, un hommage aux Justes de tous les jours, à ces héros invisibles qui ont fait une différence.
Merci à l’autrice et à Flammarion pour cette jolie découverte et ces retrouvailles avec la plume de l’autrice !