En examinant les divers récits qu'il a produit au cours de ces longues années, Didier Tronchet a retrouvé des figures du passé, masquées sous la forme d'avatars, de personnages idéalisés ou caricaturés. Et puis, un jour, tout est devenu clair : la fiction faisait écran, son vécu n'étant qu'une histoire à trous, qu'il a comblé, comme il a pu, autant par goût du jeu que par peur du vide. Mais ce travestissement a fini par atteindre ses limites. Armé d'un simple cahier à spirale, il décide de partir à la rencontre de ce personnage qu'il a mille fois mis en scène, jusqu'à ne plus savoir lui-même déceler le vrai du faux, cette personne dont il sait qu'elle détient forcément la vérité : sa mère. Avec cet obstacle majeur, aux allures immuables : jamais au grand jamais, il n'a eu de véritables échanges avec elle, le non-dit a régné en maître, telle une règle entre les deux, qu'il serait dangereux de briser.
Auteur de sommets d'humour comme Jean-Claude Tergal, Tronchet est aussi passé maître dans les intrigues psychologiques, nostalgiques et touchantes. Après Le Chanteur perdu et L'Année fantôme, il conclut ce cycle personnel avec Le Cahier à spirale.
Didier Vasseur se révélera comme un des dessinateurs les plus subversifs de la fin du XXe siècle, détournant les choses de la vie d'un couple de Français moyens pour en tirer de mini-épopées délirantes dans son célèbre "Raymond Calbuth". Ce personnage fut lancé dans le magazine Métropoche, petite publication d'informations locales lilloises dont il fut rédacteur en chef de 1983 à 1986, après des études de droit et de journalisme. À force de volonté et de travail, il inventera graduellement une écriture graphique d'une grande efficacité, au style personnel. Calbuth fera une escale dans PILOTE, puis passera chez Glénat en 1987. Tronchet va s'attacher à dynamiter les conceptions classiques de l'humour. Il parodie le héros traditionnel d'aventure dans trois épisodes de "Raoul Fulgurex", dessinés par Dominique Gelli pour Glénat. Il s'essaie aux strips humoristiques avec "La Bite à Urbain" et "Sacré Jésus !", deux volumes chez Delcourt aux titres révélateurs. Les maisons d'éditions les plus iconoclastes s'arrachent ses visions de personnages alternant grotesque accompli et grandes tragédies de la vie en société : "Les Damnés de la terre" (récits semi-réalistes chez Delcourt en 1987), la série des mésaventures loufoques de "Jean-Claude Tergal" (chez Audie depuis 1990), "La France au fond des yeux" dans le magazine L'Écho des Savanes, le scénario de "Bienvenue à Welcome Land" pour Al Coutélis (chez Fluide Glacial/Audie en 1998) et celui de "Patacrèpe et Couillalère" pour Gelli chez Delcourt. Désormais assuré d'avoir les rieurs de son côté, il s'abandonne de temps à autre à des oeuvres plus sérieuses, telles que "Le Quartier évanoui" sur scénario d'Anne Sibran (Glénat, 1994) ou le très fleur bleue "Toi et moi" (Delcourt, 1998). Malgré une production devenue […]
Pour Tronchet, le filon autobiographique est apparemment inépuisable - mais est-ce que la patience de ses lecteurs l’est tout aussi ? :) Car, cette fois, il copie soi-même littéralement, en remplissant de pages entières de références et de citations de ses best sellers - Les Poissart, Le fils du yéti, L'année fantôme, Jean-Claude Tergal etc.
Ces vieilles saynètes, accompagnées par de nouvelles, composent à la fois un portrait de famille, une méthode créative, un manifeste artistique et une collection de références pop culture. Seul gros problème? Il n’y a pas de récit proprement dit, même si certaines séquences sont assez épiques (la jeunesse de mamie) ou tragiques, voire lugubres (un tas d’autres…) et je me suis lassé rapidement (une moyenne de trois jugements philosophiques par planche, c’est vraiment trop). La structure disjointe qui oblige le lecteur a vraiment faire attention n’aide pas non plus.
Et l’humour dans tout ça? Euh, oui, il y en a :) Mais ce n’est pas assez, selon moi. Un album pour les fans (presque 2.5).
Pour découvrir le “vrai” Tronchet, je vous recommande Deux Cons, Jean-Claude Tergal et Le Chanteur Perdu.
Avertissement : j'ai reçu ce livre de NetGalley pour en faire un compte-rendu équitable. Ce qui n'a pas influencé mon opinion de quelque manière que ce soit.
Tronchet a déjà souvent raconté des bouts de sa vie dans ses bandes dessinées, des bouts de vie sous forme de fiction. Ici, il revient sur une grande partie de ces histoires, mais cette fois-ci, sans mensonge. Il évoque son père disparu, la vie de sa mère, sa fratrie qui n’en est pas une. Petit à petit, il creuse ce passé obscur et y découvre des éléments ignorés et des choses enfouies au plus profond de lui. C’est un peu fouillis, un peu intense, mais c’est touchant de lire cette vie reconstruite par bouts. Le dessin de Tronchet est toujours le même, avec des palettes de couleurs que j’ai parfois trouvées plutôt tristes cette fois. Une jolie autobiographie en images.