Et refleurir
Comme toujours Kiyemis manie la plume avec douceur, justesse et poésie. Dans ce premier roman, elle nous fait voyager du Cameroun à la France pour nous partager un récit épique (si, si) d’Andoun, femme forte et résiliente, inspirée de sa grand-mère. Andoun, qui par la force des choses et sa volonté de liberté sera tour à tour Anne-Marie, puis Coco. Des identités pour mieux s’adapter, survivre et construire l’avenir que ses rêves lui promettent, pour elle, sa fille, et toute sa famille.
J’ai aimé le mélange entre la forme narrative et la poésie qui vient couper les chapitres pour casser le rythme. Une poésie qui apporte une touche de profondeur, une force onirique, un soupçon de magie, dans un récit de vie criblé d’embûches. Une poésie qui nuance la profondeur du roman et parfois nous permet d’appréhender autrement les complexités du personnage principal. Une poésie qui dénonce, l’injustice, le racisme. Une poésie qui salue, loue la force des femmes noires, de nos mères, soeurs, tantes mais également de nos pères, ceux qui s’érigent comme des milliers dans nos communautés. Un rôle que beaucoup trop de femmes doivent assumer, en l’absence de ceux-ci dans certaines familles.
Le récit d'Andoun c’est aussi celui de deux mondes qui s’affrontent, le sien et celui de sa communauté : les coutumes africaines qui enferment sa soif de liberté. Cette opposition questionne aussi nos rapports familiaux tout en montrant la nécessité de garder un ancrage avec nos pairs, notre terre. Qu’importe le sol que nous foulons, celui où nous sommes nées, les années qui passent et les différences de mentalités, il est capital de garder un ancrage à nos racines, à nos villages, à nos ancêtres.
C’est un premier roman réussi, qui m’a rappelé l’envie de (re)nouer avec ma terre, la force de la résilience et l’importance de conserver les récits de nos lignées.