Irlande du Nord, 1993. Abigeál O'Keegan aime les histoires qui font peur. Celles qu'elle raconte à Joe, son petit frère malvoyant. Celles qui font écho aux changements qu'elle perçoit dans son corps d'adolescente. Celles qui laissent libre cours à son imagination. Lorsqu'elle quitte Belfast avec sa famille pour s'installer dans une vieille et grande maison en forêt, la réalité rattrape Abigeál. Dans la maison et aux alentours, se produisent des phénomènes étranges, inquiétants. Des objets disparaissent. Des rêves bizarres peuplent ses nuits. Et que veulent ces cerfs qui rôdent là-dehors ? Quelle histoire oubliée se cache à Fianna Sinn ?
Ce roman m’a complètement bousculé, me sortant de ma zone de confort comme peu de lectures y parviennent. Inspiré de l’histoire des blanchisseries de Magdalene en Irlande, il mêle avec une justesse troublante surnaturel, adolescence, folklore irlandais et réalité historique.
Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est sa force et son engagement. C’est un texte qui ose, qui dérange, qui prend position sans détour sur un sujet encore brûlant : le droit à l’avortement et, plus largement, le droit des femmes à disposer de leur corps. Cette thématique mêlée à la présence très forte de la religion catholique dans la famille d’Abigaél, questionne une influence qui peut parfois sembler absurde, mais qui nourrit aussi une forme d’empathie en donnant à voir toute la complexité des croyances et de leur transmission. Le parallèle entre la situation de la maman d’Abigaél et celui des blanchisseuses, le fait que l’adolescente est porteuse de la voix de la modernité ancre le récit dans une proche réalité.
À travers des personnages profondément humains, le roman met en lumière une réalité dure, longtemps étouffée, ainsi qu’une bataille jamais gagnée d’avance.
Un roman à la fois poignant, révoltant et nécessaire. Impossible d’en sortir indemne.