Enfant de Semur-en-Auxois comme Augustin Mouchot, j’étais curieux de lire "L’inventeur", le dernier livre de Miguel Bonnefoy qui raconte la vie de cet obscur scientifique semurois dont je ne connaissais jusqu’alors que la rue qui porte son nom et un exemplaire poussiéreux de machine solaire exposée dans la tour de l’Orle d’Or.
Dans cette biographie romancée, Miguel Bonnefoy délaisse l’Amérique du Sud pour s’intéresser à ce précurseur et inventeur de génie qu’était Augustin Mouchot. Né en 1825 dans l’atelier de serrurerie de son père, le petit Augustin est un enfant fragile, chétif et maladif. Sa mère, notant ses aptitudes intellectuelles, l’envoie à l’école ou il décroche le baccalauréat. Il devient professeur de mathématiques et se découvre une passion pour l’énergie solaire en lisant un livre. Il se lance alors dans la fabrication de machines à énergie solaire qui vont lui permettre tout au long de sa vie de rencontrer des personnages de premier plan et de vivre des moments de gloire et de misère, de grandeurs et de décadences.
"L’inventeur" est un récit étonnant en raison de son unique personnage principal. Alors que Miguel Bonnefoy nous avait plongés avec "Héritage" dans une incroyable saga familiale grouillant de nombreux protagonistes, ici, il se concentre sur un seul, entouré néanmoins de singuliers personnages secondaires. C’est d’autant plus audacieux que l’auteur dresse de ce scientifique méconnu le portrait d’un homme équivoque. Comblant les nombreux vides de sa vie par de la fiction, il fait de ce génie scientifique un être terne, maladif, sans charisme. Augustin Mouchot n’a pas grand-chose pour plaire, mais Miguel Bonnefoy, grâce à son écriture fluide et sa langue charnue, réussit à nous rendre sympathique et attachant ce héros de l’ombre au caractère réservé. Je trouve que l’auteur s’en sort plutôt bien, là où d’autres se seraient fourvoyés. Son héros est distant, impassible, besogneux, obsessionnel, solitaire, connait les plus grands triomphes et les plus cuisants échecs. Froid comme un reptile, il est attiré par le soleil et Miguel Bonnefoy va jouer avec ces contradictions entre la froideur du personnage et la chaleur du soleil pour rendre un tantinet épique et magique sa vie si peu réussie.
Et cela a plutôt fonctionné pour moi, même si ce nouveau récit est plus tranquille et retenu que le précédent. J’ai trouvé par contre dommage que Miguel Bonnefoy ne développe pas plus la veine historique en mettant en avant des événements importants de l’Histoire de France du XIXe siècle, comme la Révolution de 1848, les grands travaux haussmanniens ou la Guerre Franco-Prussienne de 1870. Il n’a certainement pas voulu dévier de son fil narratif tenu, fruit d’un grand travail de recherche.
"L’inventeur" sort donc de l’oubli un scientifique énigmatique en suivant la chronologie d’une biographie classique, choix qui auraient pu en rendre la lecture fastidieuse. Mais Miguel Bonnefoy, avec sa verve de conteur au talent certain, écrit là un roman plutôt plaisant à lire permettant de se cultiver sans s’ennuyer. Et tout cela en réussissant à semer dans son récit des références à ses romans précédents avec des clins d’œil à ses anciens personnages.