L'album reprend la diatribe écologique qu'était le bouquin de Norek. Plus qu'une alerte, c'est une véritable alarme et qui résonne très fort. Le fond comme le ton sont sans appel : un thriller pré-apocalyptique.
Tout comme Caryl Férey, Olivier Norek fait partie de ces écrivains qui aiment adapter leurs romans en albums de bande dessinée. Et on aime bien ça. Comme son polar Surface par exemple (Michel Lafon - 2022). Cette fois-ci il n'a pas choisi son bouquin le plus facile : Impact (sorti en 2020), un véritable pamphlet écologique, assez controversé d'autant qu'une lecture rapide pouvait laisser croire à une apologie de l'éco-terrorisme. L'album reprend le titre du roman, Impact - Green War, et c'est Fred Pontarolo qui prend les pinceaux, avec pour commencer cette belle couverture d'un panda qui pleure des larmes de sang. Une histoire qui pourrait être une version romancée du Monde sans fin de Jancovici et Blain.
Depuis le roman, l'histoire est connue : Virgil Solal, ancien militaire, ancien flic, a basculé du côté obscur à la naissance de sa fille. Une enfant mort-née pour cause de pollution. Après ce drame, Virgil est devenu un éco-terroriste, et pour faire court : Norek Virgil est en colère. La trame du récit est donc celle d'un thriller policier (Norek est aux commandes !) : après le PDG du Groupe Total et une dirigeante de la Société Générale, qu'est-ce qu'ont prévu les "terroristes", comment les arrêter alors que les réseaux sociaux s'enflamment pour la cause défendue ? C'est une psychologue, une "profileuse", qui va faire avancer l'intrigue. Elle se soigne aux anxiolytiques contre divers troubles : « agoraphobie, haptophobie, entomophobie, germaphobie, hypocondrie, rien qui ne puisse gêner la mission ».
➔ L'album reprend cette alerte planétaire, cette diatribe écologique qu'était le bouquin. Plus qu'une alerte, c'est une véritable alarme et qui résonne très fort. Même si le discours reste soigné et mesuré : « Je n'ai rien d'un utopiste. Et je connais les faiblesses des énergies renouvelables. Le rendement des éoliennes est trop variable. Les panneaux photovoltaïques sont faits de métaux rares, recouverts du sang des gosses qui les sortent des mines. Les voitures électriques ont leurs batteries et le nucléaire a ses déchets. » Mais le fond comme le ton sont sans appel et l'album est imagé d'encarts qui illustrent les pires désastres écologiques de notre planète, tout cela est bien documenté. Pour dire vrai, je n'ai pas lu le bouquin original mais je me demande si cette mise en images n'est pas encore plus appropriée au message qui nous est délivré. ➔ Côté dessins, le crayon de Pontarolo est connu et peut déconcerter ou même sembler brouillon, d'autant que même les cases se gondolent parfois. On aime ou on n'aime pas. Nous pas trop, mais cela ne justifie pas de passer à côté du texte, généreusement retranscrit dans les pages de cet album. ➔ D'autant que le ton du pamphlet très didactique n'est guère édulcoré par les images : État et Justice sont mis au banc des accusés, quand « l'appareil politique, désarmé, n'est plus que le syndic des ambitions des plus riches ». Olivier Norek n'oublie pas de poser quelques bonnes questions : « L’écologie sans révolution, c’est du jardinage.». Ou bien encore : « Nous ne ferons rien sans nous allier au capitalisme. ». ➔ Alors rendez-vous dans quelques années puisque « les glaciers disparaîtront probablement tous d'ici 2040. Nous savons ce qu'il se passe et ce qu'il faut faire. Vous seul(e)s saurez si nous l'avons fait. ». C'est le résumé de l'épitaphe qui figure sur une plaque apposée en 2019 sur les restes du glacier pyrénéen Arriel. Dans son récit, Norek évoque plusieurs scénarios possibles pour notre futur de 2040 mais je ne suis pas sûr de croire beaucoup à celui que les auteurs ont choisi pour clôturer cet album.
Olivier Norek revient avec force grâce à l’adaptation en roman graphique de Impact, un thriller écologique qui marque les esprits. Cette version, scénarisée par l’auteur lui-même et sublimée par les illustrations saisissantes de Frédéric Pontarolo, qui exploite pleinement les possibilités du format BD. La planche où les mouches sortent du cadre, nous plonge dans une réalité crue et bouleversante. Cette scène d’ouverture, au Niger, dépeint un paysage de mort et de désolation où la pollution fait des ravages. Les dessins, puissants et évocateurs, traduisent avec une intensité rare l’urgence de la situation. Chaque illustration, combinée à des textes percutants, agit comme un électrochoc, amplifiant le message de l’œuvre originale. À travers Virgil Solal, personnage complexe et charismatique, Impact soulève des questions fondamentales sur l’engagement écologique et les moyens à employer pour faire bouger les lignes. Ce récit met en lumière des dilemmes moraux profonds, tout en dénonçant l’inaction des grandes puissances face à l’urgence climatique. Les dialogues, renforcés par des chiffres glaçants, ne laissent aucun répit et poussent à une prise de conscience collective. Je dois dire que cette adaptation est une réussite totale. Frédéric Pontarolo, apporte ici une profondeur visuelle incroyable. Ses illustrations amplifient chaque mot, chaque idée, et rendent cette bande dessinée accessible même à ceux qui n’auraient pas pensé lire le roman. Les pages apparaissant sous la bannière : « Les nouvelles du Monde » offrent une nouvelle dimension à l’histoire. Impact en roman graphique est bien plus qu’une simple déclinaison : c’est une œuvre puissante et nécessaire, qui invite à réfléchir et, surtout, à agir. Que vous soyez déjà familier avec l’univers de Norek ou non, cette lecture ne vous laissera pas indifférent. Une aventure artistique et narrative marquante, à découvrir sans plus tarder.
Je ne connaissais pas du tout le roman d'origine. Derrière cette magnifique couverture qui attire parfaitement l'œil (je voyais un peu "trop" cette BD lors du dernier festival d'Angoulême), se trouve un joli petit pavé de 150 pages environ.
Je ne savais vraiment rien sur l'histoire avant lecture de la toute première case. Puis je me suis laissé happer par ce scénario, excellent de bout en bout.
Sujet hyper actuel, scénario assez réaliste ma foi bien malheureusement, et vision extrême certes, dont on peut débattre (et dont il est question longuement dans cette BD et tant mieux).
Alors bien sûr, on en aurait voulu un peu plus quand même, malgré la déjà belle longueur de cette BD.
Au vu de tout ce que j'ai pu apprécier, au vu de la qualité de l'ensemble, je n'irai pas chercher la petite bête et les rares points négatifs si jamais il y en avait. Car il s'agit là d'une excellente BD qui m'a interpellé, et dont je recommande très fortement la lecture.
Une belle BD "intelligente" qui fait réfléchir, qui est dans l'air du temps, politique sans l'être vraiment (A-t-on vraiment besoin de "politique" quand on parle de sauver notre mère la Terre ??)
A mettre en toutes les mains, à propager au maximum … un jour peut-être arriverons-nous à changer quelque chose dans tout ce maelström ambiant.
As-tu déjà entendu parler de la légende urbaine de la grenouille ? Elle affirme que si l’on plonge une grenouille dans l’eau bouillante, elle bondira instantanément pour fuir, mais que si l’eau est agréablement tiède au début et qu’on la fait chauffer graduellement, la grenouille y demeurera jusqu’à ce qu’elle soit ébouillantée et meure. C’est un peu ce qu’il se passe avec notre planète bleue et ce que raconte roman graphique. Un constat écologique, dont tout le monde est conscient, une planète qui s’échauffe petit à petit. Sous fond de thriller et d’illustrations percutantes, l’auteur et l’illustrateur nous emmène au cœur d’une enquête politique et écologique avec multiple POV et temporalités. Je sors un peu de ma zone de confort avec cette BD mais je ne suis pas déçue pour autant. Une prise de conscience se fait inévitablement, les pages se tournent et on aimerait bien soutenir ce groupe du Panda : Greenwar.