C'est vraiment une fascinante anthologie de textes, billets, articles d'Adrienne Monnier, fondatrice de la librairie-bibliothèque La Maison des amis des livres fondée en 1915 sur la rue de l'Odéon sur la rive gauche de Paris. Se bouscule des opinions littéraires, une certaine histoire de la littérature de l'entre deux guerres et de l'émergence du surréalisme, des portraits de très très très nouveaux auteurs (tous les nommer seraient trop long, notons quand même deux, trois femmes dont Rachilde et Raymonde Linossier parmi les plus discutées).
On y trouve aussi un éloge du livre "pauvre" (un livre cheap sans prétention), des considérations sur la collection d'une librairie ou d'une bibliothèque, des réponses, parfois cinglantes, à des critiques de toutes sortes (du critique littéraire au jeune écrivain qui critique l'absence de son livre en vitrine), elle y décrit aussi quelques voyages (et tombe souvent un peu trop dans les stéréotypes nationaux et ethniques en plus du déterminisme national propre aux romantiques ce qui est un petit moins dans ses réflexions). J'avoue ne pas toujours être de son goût littéraire, mais ses réflexions sont toujours fascinantes et on comprend très bien d'où elles émergent.
Il y a quelques moments où on parle aussi des débuts de la traduction de l'Ulysse de James Joyce, on est alors dans les descriptions de l'édition, des questions de traduction, des contraintes (de temps, d'argent, de talent, de toutes!), c'est vraiment fascinant comme ouvrage puisqu'on est justement pas seulement dans la vente ou le prêt de livre (et la description d'une communauté littéraire), mais on parle vraiment de presque toutes les étapes d'un livre au final!! à travers un récit beaucoup plus personnel et intime concernant ce rapport au livre. Cela, plutôt qu'un simple récit chronologique de comment s'écrit un livre à sa distribution et sa vente.
J'ai été fasciné des descriptions de lancement où la librairie payait le porto, les entremets et les grignotines (où la librairie fait-elle son profit??? nous payons seulement les croustilles, payer le vin reviendrait à perdre tous les profits (et davantage) du lancement). Aussi fasciné par ses anecdotes d'écrivains tellement "homme" (acheter un gâteau au chocolat pour un lancement, dans une librairie... où il n'y a évidemment pas d'ustensile ou d'assiettes), ces écrivains qui passent leur journée à donner leur opinion et à parler de littérature, ce qu'Adrienne Monnier adore, mais dont sa première partenaire de librairie exécrait puisqu'elle devait rester à des heures indues à écouter ce monsieur et semble avoir presque eu une dépression à un moment (honnêtement, on la comprend, on a presque l'impression que Monnier dresse un peu trop rose comme portrait de l'écrivain).
On découvre aussi le portrait d'une société, d'écrivains, de libraires, de gens qui adorent la littérature à tout prix, qui veut la diffuser, la faire découvrir et la partager de mille et une façon. C'est définitivement une libraire/bibliothécaire qui écrit ici! On sent cette passion des rencontres et des livres et de l'envie de les partager avec tous!!!
L'explosion de textes, d'idées, de portraits, d'aspect des livres, d'édition, de partage, d'anecdotes, etc. rend vraiment cet ouvrage unique, exceptionnel et un must à lire pour les libraires!