Dans le sud de la France, une vieille dame se fait voler trente-cinq euros et sa carte bleue, chez elle, alors qu’elle prépare son déjeuner. Les hommes du village viennent à son secours. Puisqu’ils doivent réparer l’injustice, défendre la société, ils désignent un coupable. Ce sera l’étranger du village, « La Casquette », « L’Autre » ou encore « L’Arabe », bouc-émissaire implacablement désigné. La traque peut commencer. La narration alterne entre deux mouvements principaux. D’un côté, la chasse, la horde qui se forme et la tentative de fuite du présumé coupable. De l’autre, les portraits de tous les hommes qui participent à l’expédition punitive, vingt-et-un personnages dont on découvre les vies, les désirs et les frustrations, les hontes ou les colères. La masse a ses secrets. Ils nous sont exposés ici en galerie, comme autant d’individualités propres qui s’agrègent pourtant autour d’une haine commune, d’une violence qui les unit. Racisme, instinct grégaire, rumeur, voilà le cœur de ce récit haletant. Écrit comme dans un souffle court, celui de l’homme traqué dont on sent la panique et qui jamais ne sera directement nommé, Un arabe regarde au microscope les rancœurs et les peurs qui crèvent le cœur de notre société.
Oscar Coop-Phane dépeint l’escalade, point par point, de la colère populaire dans un village suite à un délit. Ce roman noir illustre le processus par lequel une communauté identifie arbitrairement un coupable, sans fondement, dans le seul but d’assouvir un désir de revanche, tout en se persuadant de la légitimité de sa justice personnelle. Une savante analyse fictionnelle du phénomène de groupe qu’on appelle, à la fois, racisme et loi du talion.
Quand une vieille femme se fait voler sa carte bleue et quarante-cinq euros, ses deux voisins, Patrick et Daniel, essayent d’attraper le coupable. Ils n’y arrivent pas. Normalement, on porte plainte et on attend qu’une enquête s’établisse et que justice se fasse.
La communauté se réunit au Café Balto, microcosme de ce village de L’Escarpe. Comme un théâtre, IL voit défiler nombre d’individus qu’Oscar Coop-Phane présente en quelques traits, souvent savoureux, mais tous d’une étrange banalité et d’un désœuvrement sans limite.
Philippe et son chien de meute, sans meute, Nono. Bertrand, toujours aussi avare, profitant des tournées générales sans les rendre : « Les radins, quand on les démasque, payent ainsi : on les méprise en chœur ». Sami est le vidéaste qui croit à sa chance. Etc.
Bien qu’ils n’aient pas fait de découvertes révolutionnaires, leurs opinions manquent de profondeur. Néanmoins, chacun endosse un rôle qu’il a plus ou moins sélectionné, mais qu’il assume probablement. Voilà la Comédie Humaine tel que le propose Oscar Coop-Phane, sans jamais avoir ce ton de condescendance qui serait attendue dans pareilles descriptions. « Ils sont aussi impressionnants que dégueulasses. Ce qui les rend puissants, c’est le nombre. Les groupes — comme les armes — changent nécessairement la donne. »
Au cœur de ce village où il ne se passe rien, naît l’idée de se venger ! Dix hommes s’en convainquent et s’organisent autour d’une chasse, sauf qu’ici son but est la traque d’un homme. « Il faut bien protéger la société. »
Mokhtar est l’individu suspecté d’une infraction dont sa culpabilité n’a pas été établie. Son caractère étrange a plus à voir avec un trouble psychique que la délinquance. Son seul crime aimait la solitude et puis être étranger. Au fil de cette histoire de vengeance populaire, il n’a plus de prénom, on l’appelle la Casquette. Puis il devient l’Autre, puis l’Arabe. La dépersonnalisation produit son effet : ne plus se sentir coupable des actes exécutés.
Sa petite amie Virginie, épileuse dans son salon professionnel, connaît toutes les femmes du village, et les racontars qu’elles ne cessent de partager pendant les soins. Pourra-t-elle éviter le lynchage ?
Petit à petit, le climat de L’Arabe devient irrespirable. L’angoisse monte devant cette fin redoutée mais qu’on sait irrémédiable. À partir du portrait dressé de tous les protagonistes de façon très factuelle, Oscar Coop-Phane n’abandonne pas la préoccupation sociale de son écriture. Il dépeint la bassesse, la lâcheté et l’intolérance et livre un roman noir et social parfaitement réussi ! Chronique illustrée ici https://vagabondageautourdesoi.com/20...
Quelle puissance, quelle dureté. Ce récit se lit d’une traite, avec une urgence douloureuse, celle de connaître le sort d’un homme traqué pour un délit qu’il n’a peut-être pas commis. C’est homme, c’est l’Autre, l’Arabe. Lourd témoignage du racisme dans notre société.
"Dans le sud de la France, une vieille dame se fait voler trente-cinq euros et sa carte bleue, chez elle, alors qu’elle prépare son déjeuner. Les hommes du village viennent à son secours. Puisqu’ils doivent réparer l’injustice, défendre la société, ils désignent un coupable. Ce sera l’étranger du village, « La Casquette », « L’Autre » ou encore « L’Arabe », bouc-émissaire implacablement désigné. La traque peut commencer. La narration alterne entre deux mouvements principaux. D’un côté, la chasse, la horde qui se forme et la tentative de fuite du présumé coupable. De l’autre, les portraits de tous les hommes qui participent à l’expédition punitive, vingt-et-un personnages dont on découvre les vies, les désirs et les frustrations, les hontes ou les colères. La masse a ses secrets. Ils nous sont exposés ici en galerie, comme autant d’individualités propres qui s’agrègent pourtant autour d’une haine commune, d’une violence qui les unit. Racisme, instinct grégaire, rumeur, voilà le cœur de ce récit haletant. Écrit comme dans un souffle court, celui de l’homme traqué dont on sent la panique et qui jamais ne sera directement nommé, Un arabe regarde au microscope les rancœurs et les peurs qui crèvent le cœur de notre société."