Aux derniers temps du Moyen Age, les ultimes descendants des Vikings tentent désespérément de survivre sur les rivages glacés du Groenland. Un homme au lourd passé, en quête d'une seconde chance, débarque parmi eux. Leur apportera-t-il le salut ou précipitera-t-il l'effondrement de la « Terre verte » ?
Alain Ayroles is the author of De Cape et de Crocs (published in German as Mit Mantel und Degen, in Italian as La Piuma e l'Artiglio and in Dutch as Sabels en Galjoenen) and Garulfo (published in German as Vom Teich ins Schloss), as well as other comics.
Et si Richard III n’était pas mort à la fin de la pièce éponyme de Shakespeare. Et s’il était devenu un mercenaire en route pour le Groënland avec un évêque de Rome dépêché sur place pour remettre les rares habitants de cette terre désolée sur le chemin de Dieu. Et si, tel un impitoyable Machiavel, il avait œuvré pour devenir l’indiscutable monarque de ce royaume gelé. Avec tous ces si Alain Ayroles et Hervé Tanquerelle ont imaginé une histoire d’une profondeur et d’une puissance exceptionnelles, tout simplement la meilleure BD que j’ai lue depuis très longtemps. Déjà, coup de chapeau à l’éditeur pour avoir décidé de publier cette saga de près de 300 pages en un seul volume alors qu’il aurait sans doute été plus lucratif de la sortir sous forme de trilogie. Dans ce one shot aussi dense qu’intense, les auteurs prennent le temps de développer leur intrigue. L’arrivée dans l’ancienne colonie viking, les conditions de vie extrêmes, les rouages politiques de cette micro communauté, la peur des autochtones, la prise de pouvoir par l’évêque puis son éviction par Richard et enfin l’avènement puis la chute de ce dernier, tout est décrit avec une maîtrise narrative qui force l’admiration. Les complots se multiplient, la violence surgit, le bruit et la fureur précèdent la pure folie, c’est limpide, imparable, finalement très moderne et universel tant les manigances politiques, la vanité et la soif de pouvoir restent d’une dramatique actualité. Et puis quelle incarnation hallucinée d’un Richard III diabolique et manipulateur. Les dialogues sont ciselés, le dessin puissant, le rythme parfait, non, vraiment, cette tragédie en cinq actes, tellement ambitieuse, est proche de la perfection !
1492. Christophe Colomb découvre l'Amérique, tandis que les derniers descendants des Vikings qui ont découvert l'Amérique plusieurs siècles auparavant disparaissent peu à peu. Leur isolement et leur petit nombre sont sans doute la clé de l'une des toutes premières démocraties, un pays libre unique en son genre à l'époque. Et pourtant, sous la double menace des Inuits et du changement climatique, le peuple du Groenland s'amenuise et périt...
Un navire en provenance du Danemark amène un évêque idéaliste qui espère raviver la foi, et un noble cynique qui espère obtenir un nouveau royaume pour remplacer celui qu'il a perdu. Ils vont affronter une jeune fille innocente mais sensée qui ne se soucie que de la survie de son peuple, dans une aventure fascinante aussi troublante et profonde que n'importe quelle tragédie shakespearienne. (C'est divisé en trois actes, et les références théâtrales abondent.)
Pourquoi Ayroles est-il obsédé par la cruauté innée de l'humanité ? Et pourquoi, en vieillissant, préfère-t-il des protagonistes horribles et antipathiques qui masquent leur cruauté par des sourires ? (Oui, j'ai détesté Richard. Et le chevalier de Saint-Sauveur. Et - mais un peu moins - Don Pablo.)
Cette saga a exactement les mêmes hauts et les mêmes bas que les albums précédents d'Ayroles - elle est écrite de main de maître, elle est drôle (parfois) tragique (souvent) et elle devient de plus en plus difficile à aimer au fil des pages. Intellectuellement stimulant ? Tu parles. Amusant ? Non. Pas vraiment.
Et si Tanquerelle est un bon artisan et que son style correspond à l'histoire, cette approche assumée rend ses pages tout aussi peu agréables que l'histoire - rudes, désagréables, exactes et expressives, oui, bien sûr, dépeignant des panoramas froids et épiques, des gens sales et difformes, la mort et la misère et l'espoir et les trahisons et ainsi de suite. Aura-t-il une fin heureuse ? Je ne le dirai pas.
« Pour toi, la fin justifie les moyens. Mais tes fins, se justifient-elles ? Que vaut une vie sans amour, sans espoirs et sans rêves ? » / « Je forme beaucoup d'espoirs, et mes cauchemars sont plus grands que tes rêves. Quant à l'amour... »
Je remercie les éditions Delcourt de m'avoir permis de découvrir cet ouvrage via la plateforme NetGalley.
En toute transparence, lorsque j'ai commencé ma lecture, je n'avais plus en tête le résumé de ce récit. On nous propose ici une uchronie réaliste se déroulant dans les paysages glacés du Groenland. On nous livre une version crédible d'un monde qui aurait pu exister. Tout est plausible, documenté, solidement ancré dans l'histoire. Le travail documentaire est solide, les références historiques et anthropologiques sont bien intégrées sans être pesantes. L'uchronie sert avant tout de cadre à une réflexion sur le pouvoir, la mémoire et les choix individuels. Richard est présenté comme un personnage ambivalent, entre remords, ambition et résilience.
Graphiquement, une véritable atmosphère est créée : les paysages glacés, les visages burinés, les couleurs discrètes mais efficaces, ... Tout cela renforce la sensation de froid, de tension et d'enfermement.
Malgré cette richesse visuelle et contextuelle, mon ressenti est en demi-teinte. La figure centrale du récit peine à susciter l'empathie, et ce malgré sa complexité. Il est tout en retenue, ce qui rend difficile l'implication du lecteur. Il en va de même pour plusieurs personnages secondaires : bien caractérisés, mais pas toujours pleinement exploités. Le récit semble vouloir beaucoup dire - sur le pouvoir, l'exil, la mémoire, la foi, la survie - mais le fil rouge se dilue parfois dans une narration trop cérébrale. On sent la volonté d'intellectualiser, de donner du poids historique et symbolique à chaque dialogue ou confrontation. Malheureusement, cela se fait parfois au détriment de l'émotion ou de la tension dramatique.
La Terre verte est une œuvre ambitieuse. Elle propose une vision originale d'un monde oublié, entre Histoire et fiction. Toutefois, cette ambition freine par moment l'élan narratif. L'album impressionne plus qu'il n'emporte et laisse une sensation de distance : intellectuellement stimulant, mais émotionnellement un peu froid.
Cette bande dessinée, qui se déroule au Groenland en 1492, suit Richard, un personnage au passé trouble et physiquement déformé, prêt à tout pour obtenir le pouvoir, quel qu’en soit le prix. J’ai particulièrement apprécié l’ambiance du village viking, confronté à un froid glacial et à la nécessité de survivre à un nouvel hiver rude. La vie quotidienne au village, la rencontre avec les Inuits, les conflits, le bouffon qui m’a rappelé Floki (je suis une grande fan de la série Vikings), les guerriers et la guerrière vikings… tout ce qui gravite autour du village m’a captivée.
En revanche, j’ai eu plus de mal avec le personnage principal. Richard est sombre, plein de défauts et complexe, et malgré tout ce qu’il obtient au fil de l’aventure et l’aide de ses proches, il ne semble jamais évoluer ni se remettre en question. On a l’impression de tourner en rond avec lui, ce qui le rend de plus en plus antipathique. J’aurais aimé une fin différente, même si elle reste cohérente avec le personnage. Cela dit, le scénario est bien construit et m’a tenue en haleine jusqu’au bout.
J’ai également été séduite par les illustrations : les paysages du Groenland, les scènes d’hiver magnifiquement représentées, les jeux de couleurs, notamment le rouge et l’orange dans les scènes de chasse ou de violence, sont très immersifs. Les détails sont nombreux et j’ai apprécié la fidélité historique et culturelle.
Malgré un protagoniste que je n’ai pas réussi à apprécier, c’est un très bel ouvrage, porté par une histoire prenante. Cela me donne envie de découvrir d’autres œuvres de cet auteur et de cet illustrateur, qui sont manifestement très talentueux.
Quelle aventure. Après Les Indes Fourbes, Alain Ayroles pond un nouveau classique de la bande dessinée avec la Terre verte qui raconte principalement l'histoire de Richard, guerrier bossu et boîteux qui débarque au Groenland avec des rêves qui vont vite le dépasser.
L'on va voir l'évolution de ce personnage qui va rapidement révéler sa nature machiavélique, au milieu d'une tripotée de personnages secondaires plus ou moins mis en avant, dont surtout la fameuse Terre Verte qui, comme l'indique l'un des personnages, porte très mal son nom.
Le Groenland dépeint ici est très hostile à la vie humaine, glacial et dangereux, est un personnage à part entière et pour notre plus grand bonheur, ses paysages sont particulièrement bien adaptés et variés à cette bande dessinée.
Ce récit complet qui s'apparente à un récit historique (de fiction) mêlant aventure et intrigue politique, est découpé en plusieurs "actes" et "scènes" plutôt courtes, si bien que les évènements s'enchaînent rapidement.
Comme les Indes Fourbes, dont le héros est inspiré d'un roman du XVIIème, l'auteur récidive en nous révélant que son héros est le même que celui d'une fameuse pièce de Shakespeare, d'où ce découpage sous forme de pièce de théâtre, très beau clin d'oeil.
Une découverte passionnante qu'on conseillera fortement aux fans de Game of Thrones et Vikings ou plus généralement aux fans d'aventures !
Un très grand merci à Netgalley et aux éditions Delcourt pour l'envoi d'une version numérique 🙏
Le Groenland est une terre où vivre est extrêmement difficile. L'hiver est rigoureux et il fait jour pendant des mois durant l'été et c'est pareil pour la nuit durant l'hiver. De plus, il n'y a ni bois ni fer. C'est dans ce royaume que Richard, un mystérieux chevalier anglais déformé, debarque. Une fois sur place, il flaire le potentiel pour lui de combler ses ambitions en jouant les locaux les uns contre les autres. Mais qui est-il et que cherche-t-il à faire exactement?
La terre verte est un roman graphique époustouflant qui nous mène aux Groenland au XVe siècle, lieu rarement exploré dans les bandes-dessinées. C'est donc un choix original qui permet aux lecteurs de découvrir la dure réalité des colons européens qui vivaient là-bas, ainsi que celles des autochtones. Le récit montre bien l'ascension progressive d'un homme rongé par la soif de pouvoir et qui fait une sorte de fuite en avant pour arriver à sa chute alors qu'il était au début source d'espoir. Les personnages sont savamment introduits de sorte qu'on comprend vite ceux qui joueront un rôle important et chacun est bien construit, lui donnant une identité propre. Le tout est englobé dans une atmosphère shakespearienne et magnifiquement dessiné dans un format généreux qui permet à l'histoire de se développer avec la profondeur suffisante pour immerger le lecteur.
Bref, c'est pour moi l'une des meilleures bandes-dessinées de 2025.
Avec cet album magistral, Alain Ayroles se pose en digne héritier de Shakespeare. J'avais véritablement l'impression de lire les vers du Barde, admirablement mis en image par Tanquerelle. Le découpage permet de nombreux emprunts au théâtre, comme par exemple des personnages en avant-plan qui s'adressent directement au/à la lecteurice, pendant que l'histoire continue de se dérouler derrière eux. Les auteurs ont su tirer le meilleur de ces 2 arts pour raconter cette tragédie. Le travail de la couleur par Merlet et Alvarez est tout aussi admirable : avec des tons pastels et assez peu de contraste, iels retranscrivent bien ce "soleil trop froid pour réchauffer, mais qui baigne toute chose d'une perpétuelle clarté" où "Laideur et Honte, privées de refuge, s'exposent aux yeux de tous". Une œuvre incontournable, sans nul doute l'une des meilleures BD de 2025.
Je ne sais pas trop quoi penser de ce roman graphique. Le scénario et les dessins sont très bons, l'idée est originale mais le personnage principal est tellement noir qu'il m'a fait éprouver un certain malaise.
C’est une masterclass franchement, les personnages sont parfaits, l’histoire fonctionne hyper bien, les dessins sont cools, la construction de l’histoire est nickel !