Plus les tomes passent, plus on sent que nous sommes vraiment dans une géopolitique au féminin et au-delà du fait que c’est à la mode placer un regard féminin, ici, c’est bien plus sérieux et surtout proche de la grande Histoire que d’habitude où c’est 100% fictif.
C’est ainsi vraiment plaisant de plonger dans les complexes relations qu’entretiennent les différentes épouses du Kahn actuel, fils du plus célèbre d’entre eux. Celles-ci, souvent épouses par la contrainte, ne sont pas là de gaieté de coeur et donc leur programme est avant tout de faire chuter leur époux ou leurs rivales, ce qui rend la lecture assez addictive. Pour autant, ce n’est pas toujours simple de s’y retrouver non plus. Le dessin de Tomato Soup n’aide pas vraiment. Parfois, elles se ressemblent un peu toutes et en plus leur ordre au sein des épouses changent ou encore leurs histoires ne sont pas si éloignées les unes des autres. Dur dur.
Mais cela reste passionnant à lire car on se retrouve plongé dans les arcanes du pouvoir et qu’on voit la complexité de gouverner des peuples aussi différents, de par leur culture, leur langue, leurs coutumes ou leur origine géographique. Cela nous montre également sans phare ou hypocrisie la dure vie de femme trophée, d’épouse contre son gré, ce qui change, puisque trop souvent on transforme ces tensions entre époux en prélude à une relation amoureuse à la Roméo et Juliette… Ici, ce n’est pas le cas.
Et puis, Fatima se retrouve au milieu de tout ça. Esclave issue d’un peuple conquis, devenue dame de compagnie d’une épouse déchue et proche d’une épouse rebelle, elle est en plein coeur de ces jeux de pouvoirs opérés par la première des épouses du Khan pour assurer sa place. Avec ses connaissances, son intelligence et son adaptabilité, forcément, elle se creuse sa place. J’ai particulièrement aimé ici le tournure »épouse empoisonneuse » que prend la série avec Boraqchin. Cela montre à la fois les connaissances de l’époque, les croyances également et la puissance cachée de ces actrices des coulisses de l’Histoire.
Par contre, il faut vraiment suivre, car il est question des tensions et tractation entre l’ensemble des épouses, mais également de la politique du Khan envers les peuples qu’il a conquis, certains à l’instant, d’autres depuis plus longtemps, et cela n’a rien de simple. On sent qu’on est sur une vraie poudrière et l’autrice avec plein de petits détails dessine un tableau complexe et propice à exploser à tout moment. C’est aussi fascinant qu’inquiétant.
Lecture de plus en plus plaisante où le décalage des dessins continue à me jouer des tours mais où la richesse de l’histoire me passionne. J’aime découvrir l’Histoire des Mongols à travers les complots des épouses de leur chef ou encore des craintes des hommes et femmes conquises qu’il a mis sous sa coupe. Cela offre un regard particulier qui rend la lecture aussi immersive que prenante et pétillante.