Postface "Fortunes, qui rassemble les poèmes d'une période de dix ans (les plus récents sont vieux de cinq), me donne l'impression d'enterrer ma vie de poète. Mais, en revanche, à la faveur de l'éloignement, je puis porter sur ces vers un libre jugement. Je ne méconnais point ce qui a vieilli dans les deux premiers poèmes. J'y délimite les déserts qui séparent des passages d'une inspiration plus ardente. Mais, si une image a jamais excusé un défaut, je les comparerai à ces espaces vides où le vent se repose, où les oiseaux grands voiliers suspendent leur course. Une certaine impudeur me gêne encore dans ces textes dont l'architecture tend au grandiose mais se dégage mal d'un brouillard verbal. Une de mes ambitions, en effet, est moins de faire maintenant de la poésie, rien n'est moins rare, que des poèmes dont mes camarades et moi, vers 1920, nous niions la réalité, admettant alors que, de la naissance à la mort, un grand poème s'élaborait dans le subconscient du poète qui ne pouvait en révéler que des fragments arbitraires. Je pense aujourd'hui que l'art (ou si l'on veut la magie), qui permet de coordonner l'inspiration, le langage et l'imagination, offre à l'écrivain un plan supérieur d'activité. Ai-je réussi ? [...] Que ferai-je à l'avenir ? Si tous les projets ne se mesuraient à la longueur de la vie, je voudrais reprendre des études mathématiques et physiques délaissées depuis un quart de siècle, rapprendre cette belle langue. J'aurais alors l'ambition de faire de la "Poétique" un chapitre des mathématiques. Projet démesuré certes, mais dont la réussite ne porterait préjudice ni à l'inspiration, ni à l'intuition, ni à la sensualité. La Poésie n'est-elle pas aussi science des nombres ?" Robert Desnos.
mis à part les critiques que j'ai déjà pu émettre vàv de Corps et biens, ce recueil montre la naissance de nouvelles formes poétiques chez Desnos que j'espère tellement retrouver ds les les 2 que je n'ai pas encore lus : ces longues poésies emplies d'amour et de sensualité (The night of loveless nights, Le Satyre,..), ces poèmes en 2 strophes dont la dernière "reste suspendue (et non inachevée)" (v. la postface),... bref Desnos tjrs dans mon cœur
"Tu viens de loin, c'est entendu, vomisseur de couleuvres, Héros, bien sûr, assassin morne, l'amoureux, Sans douleur disparait, et toi, fils de tes œuvres, Su*cidé, rougis-tu du désir d'être heureux"
Fer anémone drap. Fer de lance perce l’anémone qui saigne sur le drap. Fer teinté du sang des anémones blancheur des draps. Un fer au cœur une anémone à la blessure un drap pour linceul. Fer anémone drap. Et ce drap rougi d’un sang d’anémone flotte à la hampe du fer Et le drap essuie le fer qui trancha l’anémone. Jette l’anémone flétrie! Restent le fer et le drap. Jette le fer rouillé! Reste le drap. Reste le drap qui pourrira plus longtemps que le cadavre qu’il enveloppe. Reste le drap qui ne laissera pas de squelette. Jette le drap! Reprends le fer! Cueille l’anémone! La chair autour du fer de ton squelette: Ton corps Drapeau rouge replié.