Être la première personne à commenter ce livre, quel honneur !
J'adore le style d'écriture de Hemley Boum, c'est mon troisième livre de sa plume. J'ai également eu la chance de la rencontrer au salon du livre de Genève et d'échanger trois mots avec elle - et je lui ai promis de lire ce livre, même si je n'avais pas l'argent pour l'acheter sur place.
Dans cette histoire, elle m'a convaincue avec l'idée de raconter la vie de trois générations en parallèle.
D'un côté, nous suivons Zacharias et Yalana dans les années 50 à Campo, sur la côte camerounaise, où leur vie change radicalement. L'arrivée d'une entreprise forestière change leur mode de vie basé sur la pêche et le jardinage, une vie en communauté vers une vie pleine d'aspirations nourrie par les idées du capitalisme, vers une dépendance à l'argent. La petite famille de Zacharias n'en sortira pas indemne.
Il n'en faut pas beaucoup pour comprendre que dans le deuxième fil narratif, à New-Bell, un quartier défavorisé de Douala, Dorothée est la fille de Zacharias et donc que son fils Zachary est le petit-fils de Zacharias. Nous suivons les conséquences désastreuses de ce déracinement pour Dorothée, et comment une vie qui a commencé dans la pauvreté détermine les choix que son fils fera plus tard.
Mais il y a aussi un troisième fil narratif, dans lequel Zachary trouve un moyen de sortir de la pauvreté et du désespoir et arrive dans la France d'aujourd'hui, où il étudie, trouve une femme et fonde une famille. Mais sa vie n'est pas complète sans qu'il apprenne d'où il vient et quel est son héritage culturel.
« Il manquait des centaines de pages au récit de sa vie, Dorothée lui montrait qu’elles avaient toujours été là, collées les unes aux autres, elle les détachait une à une, lui désignant les liens, les transitions… »
C'est une histoire touchante sur une famille et la transmission intergénérationnelle (il y en a tellement des références, sur tous les niveaux, j'ai beaucoup aimé!) , sur les conséquences de la mondialisation et de l'exploitation des matières premières dans des régions qui n'avaient pas été touchées par le mode de vie occidental jusque-là.
En même temps, elle m'a fait réfléchir à quel point, en tant qu'Européenne, je suis prise dans la même dynamique entre l'envie, le besoin d'argent, l'achat.