Écrire cette critique m’attriste, mais j’ai besoin de le faire.
Je suis ÉFFONDRÉ.
J’ai ADORÉ la plume : délicate, fluide, une vraie merveille qui se distingue parmi de nombreuses publications. Cela faisait des mois que je n’étais pas tombé sur un récit qui m’a tant remué, chaque mot, chaque phrase, étaient de purs délices. Les chapitres sont courts, divisés en trois parties, ne font que 4/5 pages maximum, ne rendant, en plus de son lyrisme impressionnant, la lecture que plus agréable et satisfaisante.
CEPENDANT !!!! Je suis dépité, dégoûté et totalement choqué que finalement, tout n’est que recommencement et cycle sans fin. J’ai passé tout le début du récit à me dire que « quelque chose cloche ». Une ouverture d’esprit notable - cool, ça change -. Une exposition des conditions des migrants dans les pays riches et favorisés - mais c’est génial -. Mais pourquoi ai-je l’impression qu’une partie de cette histoire repose sur un trop grand aspect « cru » ? « Provocateur » ?
Déjà, premier « arg » : on précise la transidentité d’un des personnages principaux dans le résumé, pourquoi faire ?? Son histoire et son parcours sont superbement écrits et j’ai rarement lu une représentation et des termes si justes employés par un auteur cis, alors POURQUOI le dire dans le résumé ? POURQUOI ne précise-t-on pas que les autres personnages sont cisgenres alors ? Donc déjà ça, c’était maladroit, mais je me suis quand même dit qu’aller go, on fonce, pour une fois qu’il y a un personnage trans dans un policier, je ne vais pas passer à côté. … AH ! Elle embrasse un garçon de QUATORZE ANS, qu’elle considère quelques pages plus tôt (et plus tard) comme son fils, avec qui elle veut former une famille, qu’elle veut protéger du monde extérieur, des tordus, ou à travers duquel elle projette l’enfant qu’elle a été. … Au SECOURS !! Pourquoi les personnages Queer doivent ils tous être tristes et malheureux, ou problématiques et pédophiles ??? Ça me fait lourdement penser à la représentation de la communauté à travers les films, au cinéma par exemple, qui y sont majoritairement dépeints comme je l’ai dit plus tôt. Bref, je suis particulièrement déçu. Surtout qu’honnêtement, à part, quelques phrases (qui ne se regrouperaient même pas sur un paragraphe de 5 lignes), où sont glissés des questionnements « suis-je en train de tomber amoureuse de lui ? » puis deux pages après « je l’embrasse »… Il n’y aurait rien eu de problématique ! Leur relation se construisait bien, confiance, tendresse, maternité, etc… le compte y est ! Bon, elle serait restée triste et malheureuse, mais pas pédophile et déjà je crois que j’aurais préféré. Dommage, pour une fois qu’un personnage transgenre était bien écrit (une femme en plus, et c’est rare vu les codes de masculinité toxique véhiculés dans notre société et très bien représentés dans le genre du polar).
Bon, il faut aussi ajouter et préciser que, certes, on dénonce les conditions de vie assez infâmes dans lesquelles vivent les migrants après leur arrivée en ville, tout ça pour que ça ne soit finalement que des agresseurs, des trafiquants… bref les GRANDS MÉCHANTS, ce sont TOUJOURS TOUS, sauf les blancs. Le flic blanc qui a frappé sa femme « une fois » mais bon, ce n’était « qu’une dérive qui a tout gâché » - comme son mariage - (même l’assistante sociale dit que c’est moche ce qui lui arrive… bichette). Bref, on lui pardonne. Envoyer une baffe n’est pas comparable à un réseau de prostitution. Mais bon, je me suis dit que l’aborder pourrait être une manière de le dénoncer… mais que nenni, il reste le HÉROS du livre, et plus personne n’a plus rien à lui reprocher parce qu’il est trop trop gentil il a démantelé le réseau, c’est vraiment le meilleur enquêteur de tous les temps. Il est même affligé (sans pourtant vouloir agir durant tout le livre, sauf à la fin parce que peut-être que son ex-femme sera impressionnée par tant d’engagement, WoW) que les autres policiers n’agissent pas pour sauver les femmes embrigadées dans les réseaux de prostitution parce que ce serait « risquer des accusations racistes » parce que « la majorité des criminels y sont étrangers »….. la grosse blague. C’est vrai que les tontons, les beaux-pères et tout le tintouin (dont parle l’assistante sociale plusieurs fois !), certes, ils sont agresseurs aussi, mais bon, on s’en fout un peu (parce qu’ils sont blancs). Bref. C’est moins mon sujet, donc je ne veux pas trop m’étendre non plus, mais même en tant que blanc j’ai eu beaucoup, beaucoup, de mal avec ça.
Si le livre est une tentative de prouver que tous les humains sont horribles, moralement immondes (frapper sa conjointe, trafiquer de la drogue dure et des êtres humains, profiter d’enfants en détresse…), l’auteur à réussi. Sinon, j’attends de comprendre…
Je suis vraiment vraiment très déçu, parce que c’est une plume qui m’a bouleversé et que sur 280 pages, on aurait honnêtement pu en retirer une trentaine maximum de réellement problématique (le reste étant du roman noir / policier en somme toute original, avec une ambiance particulière et encore une fois, une de ces écritures WOW). C’est ce qui me choque le plus : habituellement, soit un ouvrage est problématique dans son ensemble (on le ressent par les thèmes abordés, la manière dont ils le sont) soit il est clean de chez clean… Dommage, il appartient à la première catégorie donc, car malgré mon adoration pour l’écriture, mes valeurs ne me laisseront pas apprécier dans son ensemble une œuvre qui véhicule des idées et des représentations de ce genre.
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