Depuis quelques années, un malaise s’est installé dans la culture contemporaine. Ici on récrit des textes classiques ou certains best-sellers pour les purger du racisme et du sexisme, ailleurs on en appelle à une surenchère de contextualisations.
Et si la question qui sous-tend ce vaste débat était mal posée ? S’il s’agissait, dans bien des cas, d’argent et non d’éthique ? Et si la censure n’était pas du côté qu’on croit ? Et si les précautions prises à tout contextualiser produisaient à terme un effet pervers ?
À l’aide de quelques exemples, Laure Murat tente de rebattre les cartes d’une polémique qui, à force d’amplifier, brouille les vrais enjeux de la création et de sa dimension politique
Ce court essai de Laure Murat condamne la récriture des œuvres classiques racistes, sexistes, etc, prônant plutôt une réécriture, créative des textes, changeant de façon imaginative leur sens pour les adapter. En effet, les changements cosmétiques de la récriture ne suffisent à masquer la position de l’auteur, reflétée dans son oeuvre de façon plus large, et interviennent dans la création littéraire de l’auteur, sans son consentement. Elle argue que ces changements sont motivés purement par des gains commerciaux. Les préfaces qui contextualisent l’oeuvre et la position de l’auteur de façon critique présentent une « troisième voie » convaincante.
Dommage que je sois plus sur Facebook parce que ce livre m’a donné des arguments à opposer aux armées de boomers dans tous les commentaires de toutes les publications
Un essai plus que nécessaire sur les problèmes liés à la réécriture de classiques afin qu'ils "passent" pour notre époque. Je suis du même avis que l'autrice : il est important de contextualiser plutôt que de réécrire ! À lire absolument !
es bien dicho que quien no conoce la historia está condenado a repetirla y laure ahonda de una manera muy particular la censura en los clásicos, la re interpretación de éstos para acomodarlos a una época donde hay palabras que no se pueden pronunciar o descripciones en las que no se puede profundizar.
la narración es de las pocas visiones directas que tenemos de los problemas sociales de la época, si borramos subjetivos racistas, homofóbicos o machistas cómo van a entender futuras generaciones lo arraigado que estaba en la mente del pueblo, lo pertinente que era o la crudeza con la que se tomaba.
« Depuis quelques années, un malaise s'est installé dans la culture contemporaine. Ici on récrit des textes classiques ou certains best-sellers pour les purger du racisme et du sexisme, ailleurs on en appelle à une surenchère de contextualisations (...) »
Voilà un sujet sur lequel je ne pensais pas réviser ma position. Je me suis reconnue dans "l'erreur fatale (que fait) la gauche bien intentionnée et authentiquement antiraciste" qui voit dans la récriture (l'orthographe est bonne.) « des améliorations, voire une modernisation de la lecture » là où plus certainement, nous avons affaire à « de vulgaires trucages intéressés, motivés par l'appât du gain. » Je n'irai pas jusqu'à dire que je prends cette réflexion pour argent comptant. Je ne l'intégrerai pas dans sa totalité à mes convictions personnelles, mais nuancerai sans doute certains propos. Par exemple, je ne crois pas que celle ou celui qui récrit soit "absolument ignorant et méprisant de ce que coûte une phrase à un écrivain (...) pour songer seulement à modifier l'intégrité d'un texte que l'auteur n'est plus là pour défendre" En effet, je ne pense pas que l'éditeur.ice doive respect et hommages aux textes d'auteur.ices dont les idées prônent l'intolérance (de quelque forme que ce soit). Je n'ai personnellement aucune considération pour ces auteur.ices aux idéologies racistes, misogynes, antisémites (pour ne citer que ces trois-là). Idéologies dont transpirent leurs livres, et que je méprise aussi par extension. Finalement, la conclusion logique est de cesser tout à fait de lire ces textes, plutôt que de tenter de se diriger vers n'importe laquelle de leurs versions corrigées et c'est sur ce dernier point que je rejoins l'autrice de Toutes les époques sont dégueulasses. Elle ajoute à juste titre, que le caviardage des textes ouvre la porte aux non-sens En substance : l'éditeur.ice ne doit s'empêcher de récrire par égard à l'intégrité du texte, mais plutôt parce qu'il y a d'autres récits auxquels se mettre au service. La contextualisation en pré ou postface, quand elle est honnête et ne vise pas à justifier les auteur.ices, semble néanmoins être un bon compromis.
Pour le reste, le raisonnement semble logique et les exemples exploités pertinents.
Court et efficace, Laure Murat prend le temps de poser les questions de la censure et de la réécriture simplement, pour en donner une réponse ouverte et utile. Une lecture nécessaire pour tous les amateurs de litteratures et les enseignants.
C’est court, c’est simple et c’est efficace. J’ai rien à redire. J’ai adoré, ça a fait grand sens quand je l’ai mis en parallèle avec ma lecture du moment « le futur au pluriel: réparer la science-fiction ».
Solide, Godard il aurait dit il y a la récriture qui est la règle et la réécriture qui est de l’exception (streamez « je vous salue, Sarajevo » ça dure 2 minutes)
Bah c’est grave bien merci pour tout merci au J pour cette passe et merci au A pour l’appuie remise
Par contre les notes en fin de livre au nom c’est mieux j’en parle pas mais azz azz
C'est un tout petit livre qui réfléchit aux enjeux de la récriture/réécriture. Faire la différence entre les deux notions permet de savoir de quoi on parle. Réécrire, c'est réinventer, à partir d'un texte existant, une forme et une vision nouvelle (e.g. Racine avec Andromaque ou Phèdre à partir d'Euripide) ou bien traduire. Récrire, c'est remanier un texte à une fin de mise aux normes (typographiques, morales, etc.) sans intention esthétique. "La réécriture relève de l'art et de l'acte créateur, la récriture de la correction et de l'altération".
L. Murat montre ensuite que la récrire est, par définition, voué à l'échec car on ne s'attaque pas à l'inconscient collectif ou à l'esprit du temps par des interventions ponctuelles et cosmétiques. En fait, dans la plupart des cas c'est plus une affaire de gros sous que de morale lorsqu'il s'agit de textes dont on veut prolonger le succès (Agatha Christie, Ian Flemming, Roald Dahl). La série de distorsions et de falsifications actuelles devient le plus sûr chemin vers le contresens historique.
Elle prône plutôt une contextualisation par des préfaces par exemple pour déconstruire la violence envers des groupes mis en cause (Noirs, Juifs, femmes, etc.). Elle prône aussi un enseignement qui remette en question le canon traditionnel et permette d'aborder des textes trop souvent méconnus comme l'Ourika de Claire de Duras (roman dont l'héroïne est une femme noire).
Enfin elle attire notre attention sur la confusion qu'il y aurait à crier à la censure due au wokisme quand une censure d'Etat bien réelle existe et prolifère très concrètement, en particulier aux USA où L. Murat enseigne.
« c’était l’époque », assumez juste que les idées des gens qu’on idolâtre depuis des de décennies voire des siècles sont questionnables en tout points de vue, ça va bien se passer promis. personne ne vous demande de brûler vos livres (vraiment, on a déjà essayé et ça pourrait s’avérer être contre productif), il suffit simplement d’avoir la maturité d’accepter que c’est un chef d’œuvre qui a marqué l’art et la culture pour diverses raisons MAIS écrit par un connard qui retranscrit, et cela même malgré lui, ses idées de merde dans ses textes (je me permet de ne pas être inclusive, oui les femmes peuvent être des connasses ; R(IP?) Brigitte Bardot ; mais comprenez, le temps qu’elles aient le droit de publier des livres, le racisme, l’antisémitisme, le sexisme et j’en passe étaient déjà moins à la mode).
Bien mené, intéressant et pertinent. Je crois que j'aurais bien aimé que ça parle davantage de la censure réactionnaire qui est en réalité la plus répandue et efficace.
Moué... Pour ce genre de livre, j'attends un récit couo de poing. Ce n'était pas cas du tout. J'attends de ce genre de texte d'être choquée ou d'avoir la rage, enfin de ressentir quelque chose (que ça bouscule mon point de vue ou que ça le renforce...). Je suis assez déçue. Je pense que c'est un titre qui conviendra à quelqu'un qui veut s'introduire à la "problématique" de la réécriture de texte... et encore. C'est assez consensuel. Il n'y a pas de prise de position claire.
Court et brillant essai de Laure Murat qui répond enfin de manière intelligente au conflit entre l’art et la morale. La distinction qu’elle fait entre récriture et réécriture est très éclairante, comme son analyse du rôle de la préface. J’aime beaucoup Laure Murat, un esprit libre et une pensée limpide qui défient toutes les hypocrisies contemporaines.
"Mais gardez bien en tête, pour reprendre la formule d'Antonin Artaud, que « toutes les époques sont dégueulasses » et que, fatalement, le siècle prochain éprouvera un malin plaisir à débusquer nos aveuglements actuels."
premier lecture de la sélection Exemplaires 2026 sur le thème de la censure... super intéressant ! en espérant trouver d'autre livre sur ces thème à l'avenir !
ce livre m’a passionnée en tant que librairie, en tant qu’éditrices, que chercheuse et en tant que lectrice ! mon seul regret : ne pas l’avoir lu plus tôt