Depuis quelques années, un malaise s’est installé dans la culture contemporaine. Ici on récrit des textes classiques ou certains best-sellers pour les purger du racisme et du sexisme, ailleurs on en appelle à une surenchère de contextualisations.
Et si la question qui sous-tend ce vaste débat était mal posée ? S’il s’agissait, dans bien des cas, d’argent et non d’éthique ? Et si la censure n’était pas du côté qu’on croit ? Et si les précautions prises à tout contextualiser produisaient à terme un effet pervers ?
À l’aide de quelques exemples, Laure Murat tente de rebattre les cartes d’une polémique qui, à force d’amplifier, brouille les vrais enjeux de la création et de sa dimension politique
Ce court essai de Laure Murat condamne la récriture des œuvres classiques racistes, sexistes, etc, prônant plutôt une réécriture, créative des textes, changeant de façon imaginative leur sens pour les adapter. En effet, les changements cosmétiques de la récriture ne suffisent à masquer la position de l’auteur, reflétée dans son oeuvre de façon plus large, et interviennent dans la création littéraire de l’auteur, sans son consentement. Elle argue que ces changements sont motivés purement par des gains commerciaux. Les préfaces qui contextualisent l’oeuvre et la position de l’auteur de façon critique présentent une « troisième voie » convaincante.
Un essai plus que nécessaire sur les problèmes liés à la réécriture de classiques afin qu'ils "passent" pour notre époque. Je suis du même avis que l'autrice : il est important de contextualiser plutôt que de réécrire ! À lire absolument !
Court et efficace, Laure Murat prend le temps de poser les questions de la censure et de la réécriture simplement, pour en donner une réponse ouverte et utile. Une lecture nécessaire pour tous les amateurs de litteratures et les enseignants.
« Depuis quelques années, un malaise s'est installé dans la culture contemporaine. Ici on récrit des textes classiques ou certains best-sellers pour les purger du racisme et du sexisme, ailleurs on en appelle à une surenchère de contextualisations (...) »
Voilà un sujet sur lequel je ne pensais pas réviser ma position. Je me suis reconnue dans "l'erreur fatale (que fait) la gauche bien intentionnée et authentiquement antiraciste" qui voit dans la récriture (l'orthographe est bonne.) « des améliorations, voire une modernisation de la lecture » là où plus certainement, nous avons affaire à « de vulgaires trucages intéressés, motivés par l'appât du gain. » Je n'irai pas jusqu'à dire que je prends cette réflexion pour argent comptant. Je ne l'intégrerai pas dans sa totalité à mes convictions personnelles, mais nuancerai sans doute certains propos. Par exemple, je ne crois pas que celle ou celui qui récrit soit "absolument ignorant et méprisant de ce que coûte une phrase à un écrivain (...) pour songer seulement à modifier l'intégrité d'un texte que l'auteur n'est plus là pour défendre" En effet, je ne pense pas que l'éditeur.ice doive respect et hommages aux textes d'auteur.ices dont les idées prônent l'intolérance (de quelque forme que ce soit). Je n'ai personnellement aucune considération pour ces auteur.ices aux idéologies racistes, misogynes, antisémites (pour ne citer que ces trois-là). Idéologies dont transpirent leurs livres, et que je méprise aussi par extension. Finalement, la conclusion logique est de cesser tout à fait de lire ces textes, plutôt que de tenter de se diriger vers n'importe laquelle de leurs versions corrigées et c'est sur ce dernier point que je rejoins l'autrice de Toutes les époques sont dégueulasses. Elle ajoute à juste titre, que le caviardage des textes ouvre la porte aux non-sens En substance : l'éditeur.ice ne doit s'empêcher de récrire par égard à l'intégrité du texte, mais plutôt parce qu'il y a d'autres récits auxquels se mettre au service. La contextualisation en pré ou postface, quand elle est honnête et ne vise pas à justifier les auteur.ices, semble néanmoins être un bon compromis.
Pour le reste, le raisonnement semble logique et les exemples exploités pertinents.
« c’était l’époque », assumez juste que les idées des gens qu’on idolâtre depuis des de décennies voire des siècles sont questionnables en tout points de vue, ça va bien se passer promis. personne ne vous demande de brûler vos livres (vraiment, on a déjà essayé et ça pourrait s’avérer être contre productif), il suffit simplement d’avoir la maturité d’accepter que c’est un chef d’œuvre qui a marqué l’art et la culture pour diverses raisons MAIS écrit par un connard qui retranscrit, et cela même malgré lui, ses idées de merde dans ses textes (je me permet de ne pas être inclusive, oui les femmes peuvent être des connasses ; R(IP?) Brigitte Bardot ; mais comprenez, le temps qu’elles aient le droit de publier des livres, le racisme, l’antisémitisme, le sexisme et j’en passe étaient déjà moins à la mode).
C'est un tout petit livre qui réfléchit aux enjeux de la récriture/réécriture. Faire la différence entre les deux notions permet de savoir de quoi on parle. Réécrire, c'est réinventer, à partir d'un texte existant, une forme et une vision nouvelle (e.g. Racine avec Andromaque ou Phèdre à partir d'Euripide) ou bien traduire. Récrire, c'est remanier un texte à une fin de mise aux normes (typographiques, morales, etc.) sans intention esthétique. "La réécriture relève de l'art et de l'acte créateur, la récriture de la correction et de l'altération".
L. Murat montre ensuite que la récrire est, par définition, voué à l'échec car on ne s'attaque pas à l'inconscient collectif ou à l'esprit du temps par des interventions ponctuelles et cosmétiques. En fait, dans la plupart des cas c'est plus une affaire de gros sous que de morale lorsqu'il s'agit de textes dont on veut prolonger le succès (Agatha Christie, Ian Flemming, Roald Dahl). La série de distorsions et de falsifications actuelles devient le plus sûr chemin vers le contresens historique.
Elle prône plutôt une contextualisation par des préfaces par exemple pour déconstruire la violence envers des groupes mis en cause (Noirs, Juifs, femmes, etc.). Elle prône aussi un enseignement qui remette en question le canon traditionnel et permette d'aborder des textes trop souvent méconnus comme l'Ourika de Claire de Duras (roman dont l'héroïne est une femme noire).
Enfin elle attire notre attention sur la confusion qu'il y aurait à crier à la censure due au wokisme quand une censure d'Etat bien réelle existe et prolifère très concrètement, en particulier aux USA où L. Murat enseigne.
Bien mené, intéressant et pertinent. Je crois que j'aurais bien aimé que ça parle davantage de la censure réactionnaire qui est en réalité la plus répandue et efficace.
Moué... Pour ce genre de livre, j'attends un récit couo de poing. Ce n'était pas cas du tout. J'attends de ce genre de texte d'être choquée ou d'avoir la rage, enfin de ressentir quelque chose (que ça bouscule mon point de vue ou que ça le renforce...). Je suis assez déçue. Je pense que c'est un titre qui conviendra à quelqu'un qui veut s'introduire à la "problématique" de la réécriture de texte... et encore. C'est assez consensuel. Il n'y a pas de prise de position claire.
Court et brillant essai de Laure Murat qui répond enfin de manière intelligente au conflit entre l’art et la morale. La distinction qu’elle fait entre récriture et réécriture est très éclairante, comme son analyse du rôle de la préface. J’aime beaucoup Laure Murat, un esprit libre et une pensée limpide qui défient toutes les hypocrisies contemporaines.
C’est court, c’est simple et c’est efficace. J’ai rien à redire. J’ai adoré, ça a fait grand sens quand je l’ai mis en parallèle avec ma lecture du moment « le futur au pluriel: réparer la science-fiction ».
premier lecture de la sélection Exemplaires 2026 sur le thème de la censure... super intéressant ! en espérant trouver d'autre livre sur ces thème à l'avenir !
Dans cet essai, Laure Murat donne sa position concernant le débat sur la réécriture des classiques de la littérature, en gommant les aspects racistes, sexistes, ou autres. Sa position est à la fois limpide et très tranchée. Elle montre que la réécriture opérée à ce jour dans les œuvres de la littérature (les grands classiques, la littérature enfantine) répond avant tout à une logique de commercialisation : pour continuer à vendre ces romans à notre époque, les éditeurs enlèvent les passages discriminatoires, ou qui ne correspondent plus aux valeurs actuelles. Cette réécriture pose de nombreux problèmes. En effet, une idéologie est présente dans une œuvre de façon diffuse : dans les personnages, l'intrigue, le style, etc. Supprimer les passages les plus ouvertement racistes (par exemple) ne suffit pas à ôter le racisme de l'oeuvre. De plus, modifier une œuvre a posteriori prive le lecteur de se rendre de la réalité du contexte historique et de l'idéologie de l'auteur. Plutôt que de modifier les œuvres, elle propose plutôt de faire confiance au lecteur, de l'aider à contextualiser les œuvres (grâce à des préfaces ou des outils pédagogiques pour des jeunes lecteurs), de mettre à l'honneur d'autres œuvres notamment d'auteurs des catégories discriminées, ou de proposer des récritures complètes. Je suis tout à fait d'accord que les lecteurs sont capables d'esprits critiques, à tous les âges. Plutôt que d'édulcorer des textes, il vaut mieux une réelle éducation à une lecture critique et à l'identification de la façon dont un texte littéraire peut contribuer à véhiculer des idéologies et à discriminer des catégories. Et tant mieux si cette analyse critique nous permet modifier nos appréciations de ces livres et de modifier les ventes. Prendre conscience du racisme par exemple d'Agatha Christie ou d'Hervé m'amènera certainement à avoir moins de plaisir à lire leur production, mais c'est le prix à payer de la lucidité et peut être que cela m'amènera à découvrir d'autres auteurs qui conviennent mieux à mes valeurs.
La question que pose Laure Murat dans ce tout petit essai est de comprendre pourquoi les textes classiques sont retouchés. Courant de la cancel culture ou du wokisme, il y a deux axes en vigueur actuellement. Le premier est une réécriture au sens de création. La seconde est une récriture au sens de remaniement, de correction et, à terme, de falsification du texte. Écris dans un langage simple, avec les notes placées à la fin, cet essai fait le point sur les démarches de cancel culture, prônée, insiste-t-elle, par des arguments mercantiles. Chronique complète et illustrée ici https://vagabondageautourdesoi.com/20...
Réécrire ou récrire des ouvrages pour ne pas blesser ou pour mieux vendre ? Dans ce petit, tout petit livre, Laure Murat tente de préciser la question et d’éclaircir un peu le sujet afin d’arrêter de tout mélanger. Et elle le fait très bien !
Mais ça ne va pas beaucoup plus loin que l’éclaircissement. Et même si elle y précise bien son point de vue, le sujet est bien vite clos.
Une excellente introduction pour commencer à penser sur de bonnes bases en ayant précisé de quoi il était sujet
Prendre quelques minutes (une cinquantaine de pages, format réduit) pour se poser et réfléchir sur les questions d'adaptation, de traduction, d'édition, de censure, de cancel, des oeuvres littéraires selon les époques.
pour qui ? pour quoi ? (spoiler : l'argent justifié par "les enfants")
à travers ce court texte, documenté, notes à l'appui pour aller plus loin, on peut se faire un avis intéressant sur un sujet complexe.
bref recommandé pour prendre du recul et ne pas tomber dans l'écume de qui a raison/qui a tort
j’avoue que je ne savais pas trop quoi penser de ces remaniements de textes, de ces corrections de textes d’auteur•ice•s mort•e•s et ce court essai a su vraiment m’aiguiller.
il y avait des choses que j’ignorais, sur James Bond par exemple, ou sur Hergé (vis-à-vis de son soutien et admiration pour Charles Maurras) !
je suis complètement d’accord avec l’analyse que fait Laure Murat tout au long du bouquin
Un court texte issu de conférences qui vise à expliquer ce qu’il se joue derrière les tentatives de modifier les textes classiques. Elle est vraiment convaincante (mais je partageais déjà ses idées, parfois intuitivement). Elle montre l’importance de contextualiser plutôt que d’effacer, ou encore que les réécritures de classiques sont souvent motivées par des questions d’argent.
Une réflexion qui est du bon sens. Sauf que notre époque en est vachement dépourvue. Il faut que le bon sens, la nuance, la contextualisation, le débat constructif, le respect de l’altérité et les valeurs universalistes reviennent !