Imaginez un monde dans lequel nous amputerions les garçons d’un bras à la naissance. Nous y verrions sans aucun doute un scandaleux acte de maltraitance, et à juste titre. Alors pourquoi, lorsque nous faisons de même avec l’une de leurs émotions, cela ne nous interpelle-t-il pas davantage ? Pire, la plupart d’entre nous participons à perpétuer ce mauvais traitement. Les petits garçons aujourd’hui s’entendent encore souvent dire cette phrase en apparence anodine : « Tu vas pas pleurer comme une fillette », dans sa version améliorée. Nous la prononçons même en pensant bien faire. Avec elle, nous entendons leur enseigner les codes attendus de la virilité pour leur permettre de s’adapter au mieux à la vie en société. Nous leur transmettons qu’ils doivent être forts, moralement et physiquement. Pourtant, tout ce que véhicule cette antienne est destructeur : constitution d’un capital émotionnel et psychique atrophié, rejet d’une partie de son humanité, mépris du féminin, fabrication de comportements toxiques envers soi-même et les autres, production de souffrances psychologiques, engendrement de coûts humains et financiers colossaux…
Il serait grand temps que nous cessions de gâcher des vies par la transmission de ces injonctions viriles appelant au rejet de tout ce qui est considéré comme de la faiblesse. En coupant les petits garçons de leur sentiment de vulnérabilité, pensant créer des hommes forts, nous les rendons faibles. Au passage, nous portons préjudice à la société tout entière. Demandons-nous ce que nous souhaitons vraiment pour nos garçons et les hommes qu’ils seront demain. Est-ce un monde dans lequel ils seront empêchés de vivre leurs émotions, incapables de gérer leurs ressentis, de se développer sur le plan psychique et de s’épanouir pleinement ? Un monde en proie à la montée des régimes autoritaires, dans lequel les études rapportent que les jeunes hommes sont de plus en plus nombreux à adhérer aux propos masculinistes valorisant la violence et la domination des femmes ?
Encore un super livre de Lucile Peytavin, publié par une maison d’édition que j’adore découvrir. Les éditions La Meute donnent aux autrices la possibilité d’aborder des thématiques importantes avec beaucoup plus de liberté, ce que j’apprécie particulièrement.
Celui-ci nous parle du patriarcat comme d’un système qui asservit tout le monde, y compris les hommes, à travers les injonctions masculinistes et virilistes. Cela conduit à une société qui ne peut fonctionner sans violence ni domination. On se retrouve alors avec des hommes souvent inaptes à la vie en communauté.
La solution avancée : l’éducation, grand pilier de notre société, mais aujourd’hui encore beaucoup trop genrée, ce qui entraîne inégalités et différenciations. Je suis convaincue, comme Lucile Peytavin, qu’en restructurant notre système éducatif, on pourrait largement limiter les violences dans notre société et permettre aux hommes de développer une intelligence émotionnelle essentielle à leur adaptabilité.
Excellent ! Après avoir vu des documentaires et lu des articles, il était temps de lire un essai sur le sujet (histoire de gâcher le prochain goûter d'anniversaire auquel je suis invitée). Bien documenté, qui parle de problèmes systémiques tout en restant accessible. Une étoile supplémentaire pour l'objet livre incroyable ✨️ Les critiques que j'ai vues et qui reviennent concernent les redites de l'autrice par rapport à ses précédentes œuvres. Je ne les ai pas lues donc hé ne peux pas me prononcer la dessus