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Et le viol devint un crime

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21 août 1974. Dans les calanques de Marseille, deux jeunes touristes belges sont agressées et violées par trois hommes. C'est le début d'une affaire qui va marquer durablement les esprits. Car la question du viol révèle la misogynie profonde de la société, "réactionnaires" et "progressistes" confondus. "Le fait de porter des jeans moulants, de se parfumer, de se maquiller est-il sans effet ? La femme qui s'habille ainsi porte, à mon avis, une part de responsabilité si elle est violée" assène ainsi sans ambages un commentateur de l'extrême gauche.
Même les féministes se divisent sur la question, certaines allant jusqu'à s'insurger devant la lourdeur de la peine : "Ce n'est pas l'emprisonnement de l'agresseur qui changera sa mentalité", s'exclame la représentante de la Ligue du droit des femmes... En libérant la parole des victimes, en attirant l'attention des médias et des politiques, le procès qui a lieu à Aix-en-Provence en mai 1978 est bien plus que l'épilogue d'un fait divers : il est un des jalons qui ont changé l'histoire et fait avancer la cause des femmes.

160 pages, Paperback

First published March 6, 2014

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About the author

Jean-Yves Le Naour

160 books10 followers
Historien, né en 1972 à Meaux (Seine et Marne), docteur en histoire, spécialiste de la Première Guerre mondiale et de l'histoire du XXe siècle . Il est l'auteur de plusieurs films documentaires portant sur la Grande Guerre ainsi que sur le XXe siècle.
Deux de ses essais ont reçu un prix : L'affaire Malvy a remporté le prix Henri Hertz 2008, Les soldats de la honte, le Grand-Prix du livre d'histoire Ouest-France-Société Générale 2011 ainsi qu'une seconde distinction : le prix de l'Académie de Médecine Jean-Charles Sournia qui récompense "un travail original récent consacré à l'histoire de la Médecine".

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January 27, 2016




Ce livre d’histoire nous ramène quarante ans en arrière, dans la France des années 1970. Il s’agit d’examiner comment les viols étaient considérés, comment les agresseurs et les victimes étaient traitées par la justice et l’opinion, ce qui n’allait pas, ce qui a été fait pour que ça change, et quelles en ont été les conséquences.

Ça a été pour moi une découverte que la qualification du viol en crime soit si récente, à peine le début des années 1980. Ces agressions semblaient n’être qualifiées auparavant qu’en terme de coups et blessures, et se réglaient par une amende. Ce sur quoi les auteurs mettent le doigt, mais qui ne m’a par contre pas étonné, c’est que la misogynie était répartie dans toutes les strates de la société, depuis les plus puissants jusqu’aux plus humbles, de l’extrême gauche à l’extrême droite, des moins instruits jusqu’aux plus réputés des soi-disant philosophes. L’idée était que les femmes victimes d’agression ne méritaient pas tant que cela d’être plaintes, car le fait même qu’elle puisse être agressées faisaient peser sur elles les soupçons suivants : elles avaient provoqué les hommes, et elles avaient dans le fond plutôt bien apprécié la manière dont elles avaient été traitées, du fait de leur nature prétendu passive, bref, toute une ribambelle de préjugés et de fausses raisons, issues de fumeuses théories freudiennes et d’usages moisis et dépassés, permettant d’ignorer l’injustice des rapports de sexe et la réalité des souffrances subies. En somme, une femme est un bien, la propriété d’un homme : si elle appartient à un homme et qu’on l’agresse, on lèse cet l’homme-là qui est son propriétaire légitime, mais si la femme n’appartient pas à un homme, elle appartient alors à tout le monde, et surtout pas à elle-même, et personne n’est donc lésé s’il lui arrive d’être violentée.



Ces idées étaient assez bien implantées pour permettre de rendre les femmes assez timides pour ne pas oser demander justice, d’une part à cause de la honte que l’opinion faisait peser sur les victimes, et d’autre part car l’issue des longues démarches était fort incertaine. Également, n’importe quelle raison extravagante et sans rapport avec le problème venait se mettre en travers de la justice pour dédouaner l’agresseur, et cela tout particulièrement chez ceux qui étaient habités par l’esprit de parti. A droite, les sempiternelles et fatigantes criailleries contre la libéralisation des mœurs, et les oraisons lénifiantes appelant à revenir bêtement aux usages du passé. A gauche, l’incapacité notoire à penser les rapports humains autrement qu’en rapports économiques, d’où la propension à voir l’agresseur avant tout comme une victime d’autres injustices bien plus importantes. Ces sottes de victimes égoïstes ne voient donc elles pas l’importance du véritable combat ? Que viennent-elle entraver le glorieux projet révolutionnaire avec leurs simagrées ridicules, leurs prétentions outrées, à la veille du grand soir ? Bref, si l’agresseur n’est pas un malade mental, un désaxé, un fou dangereux et frénétique, mais simplement monsieur tout le monde, ça ne colle pas à l’image qu’on s’en fait, et le déni arrive : un ingénieur a violé ? Impossible, un monsieur si bien, si comme il faut, ça ne lui ressemble pas. Un ouvrier émigré a violé ? On ne va pas tout de même pas le dénoncer, ça paraîtrait raciste et donnerait du grain à moudre à l’extrême droite. Les philosophes ? Jean-Paul Sartre se demande «si l'acte sexuel n'est pas un viol consenti» et si le corps qui se refuse n'éprouve pas «un plaisir particulier à faire l'objet d'une violence». Et de soutenir que toute pénétration repose sur une part d'agressivité. Et de se demander si l'homme pourra expurger de l'acte sexuel cette forme de brutalité, et si les femmes le souhaitent puisqu'elles en tirent du plaisir. Pour Michel Foucault «Que l'on foute son poing dans la gueule de quelqu'un ou son pénis dans le sexe, cela n'appelle pas de différence». L’ouvrage met le doigt sur les réactions des journalistes en couvrant tout le spectre des sensibilités politiques, et le résultat est une somme effarante de sottises, de mollesses, de lâchetés, d’aveuglements et de frissons velléitaires.

Face à un tel front, on aurait pu penser que les femmes se soient solidarisées pour défendre le simple droit d’exister comme être humain, libre, indépendant, et en sécurité. Et bien pas du tout ! Non seulement ces mêmes préjugés sont partagés par de nombreuses femmes, mais les féministes elles-mêmes se déchirent sur des questions de politique, de pouvoir, de moyens, et toutes les petites misères de la vie militante. Certaines féministes sont même si excédées par l’injustice qu’elles en viennent à appliquer aux hommes en général les mêmes préjugés essentialistes dont elles sont la cible : l’homme devient à leur yeux un prédateur naturel, essentiellement porté à faire le mal et à trouver le plaisir dans la souffrance d’autrui. D’autres étendent la notion du viol à des limites fort lointaines, englobant presque tous les rapports entre sexe pouvant avoir une couleur équivoque. Au lieu d’une heureuse réconciliation des hommes et des femmes par la réforme des comportements abusifs, on voit presque se profiler chez certaines des plus radicales la rhétorique d’une véritable guerre des sexes. De telles extravagances ne facilitent certainement pas les choses, en tout cas pas le progrès de leur cause dans l’esprit des sceptiques et des gens non prévenus. Au milieu de cette cacophonie, la vérité et la justice semblent bien malmenées. Mais encore une fois, ce n’est pas de la raison raisonnante, de la philosophie jargonnante et pompeuse, de la tradition rigide et aveugle, ou de la politique partisane et calculatrice qu’elles vont surgir, mais bien de la lumière naturelle, celle qui gît au fond du cœur humain lequel ne demande, pour réfléchir ces rayons bienfaisants, que d’être éclairé par le flambeau de l’examen, allumé par l’étincelle du choc libre des opinions contraires, et entretenu par un recueillement attentif et serein.

Le tournant de l’opinion va se matérialiser dans la médiatisation d’une affaire de viol exercé par trois types sur deux femmes qui faisaient du camping dans les calanques. Les auteurs relatent en détail toutes les péripéties du procès, les avanies subies par les victimes par les médecins, les procureurs, les avocats, les associations féministes qui ne songent qu’à se pousser plutôt qu’à aider. Par une campagne active, énergique, pleine de tensions, l’intérêt en vient à se focaliser sur la question. Le cinéma et la télévision s’emparent de la question, la manière dont le problème est envisagé gagne de nouvelles perspectives, l’attention et les sensibilités s’éveillent. Lors du procès, très long, alors que la sympathie allait plutôt vers les trois accusés dont on s’apitoyait comme étant poursuivi par des femmes hystériques, les perceptions changent : le ton hautain, la morgue goguenarde, l’effronterie insultante avec laquelle les violeurs se défendent étonne, stupéfie, impatiente, puis finalement écoeure, et appelle sur eux une vive réprobation. Les partis, attentifs aux mouvements de l’opinion, commencent à changer de ton et à lui emboîter le pas. Finalement, le jugement est rendu dans le sens de la reconnaissance du crime. La loi suit bientôt le mouvement. Quel plaisir de voir la vérité sortir de l’erreur, le bon sens du préjugé, la justice de l’arbitraire, le courage de la lâcheté, la lumière de l’obscurité ! C’est que tout homme a bien au fond de lui un sens de sa propre de propre dignité qui a en horreur l’erreur et la honte, pourvu qu’on la lui montre, et qu’on lui donne les moyens de les peser les choses sereinement, en rentrant dans lui-même, sans être assailli par les alarmes des circonstances et des intérêts, où est ce qui est conforme à sa propre nature au-delà des habitudes.

J’ai beaucoup apprécié que ce petit livre m’éclaire sur des faits que j’ignorais, et m’en donne un éclairage équilibré et complet. La conclusion est en mi-teinte : d’un côté les évolutions législative ont permis de faire évoluer les mentalités et à opposer aux comportements criminels la crainte d’un châtiment, autant dans les faits les dénonciations et prises en charge par la justice restent insuffisantes, pour diverses raisons parmi lesquels les pressions sur les budgets de fonctionnement de la justice ne sont pas étrangers. Très instructif.


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