Anarchiste individualiste et défenseur acharné de la liberté sexuelle. E. Armand se livre, au beau milieu des années 1930, à un dynamitage systématique de la morale de son temps. Se prononçant avant l'heure en faveur de l'amour libre et de la camaraderie amoureuse, il fustige l'"exclusivisme en amour" ainsi que le poison de la jalousie dont les excès passionnels ne peuvent entraîner que frustration ou violence. Ami de tous les non-conformistes sexuels et lui-même pervers à ses heures, Armand refuse la pudibonderie des bien-pensants. À travers le couple monogame, c'est la structure même de la famille qui est visée, cet "État en petit" qui développe nécessairement une exclusivité affective destructrice de l'esprit de sociabilité. Théoricien doucement délirant d'un droit de jouissance pour tous, Armand en tire toutes les conséquences: contre le propriétarisme en amour, reste à expérimenter l'amour plural dans le cadre d'une camaraderie amoureuse égalitaire. Contre les logique de concurrence qui tendent à convertir en marché l'espace des rencontres amoureuses, il appelle les lecteurs à former des sortes de coopératives sexuelles où corps et caresses s'échangeraient sous forme de troc généralisé. Une utopie affective et sexuelle dont la charge subversive demeure intacte, à l'heure d'une sexualité coincée entre marchandisation du sexe et sacralisation du couple.
Emile Armand, anarchiste individualiste, débute cet ouvrage en exposant une thèse avant-gardiste, d'une grande justesse.
Au beau milieu des années 30, il théorise déjà un phénomène qui se rapproche grandement ce qui sera communément appelé, 80 ans plus tard, "féminicide". Par la dénomination "crime de jalousie", Emile Armand dénonce les meurtres des femmes par les hommes - mais également les meurtres des hommes par d'autres hommes concurrents à la même femme - tous causés par le propriétarisme qu'induit le modèle du couple monogame hétérosexuel. Il exprime la nécessité de faire cesser ce massacre : il s'agit donc d'anéantir le propriétarisme sexuel, et de détruire purement et simplement le sentiment de jalousie, poison meurtrier des femmes, ennemi des relations de camaraderie.
La jalousie n'y est pas décrite comme une émotion substantielle aux animaux humains, mais comme une construction sociale, fruit des dogmes religieux. Envisagée sous cet angle, la jalousie est donc éradicable.
Emile Armand, tout individualiste qu'il est, souhaite effectuer sa propagande par l'exemple. Suivi de quelques camarades anarchistes, il fonde une communauté qui se revendique de la "camaraderie amoureuse", concept élaboré par Emile Armand lui-même. Il s'agit d'un groupe d'individualistes libertaires, qui pratiquent les un.es avec les autres une sexualité qui se veut libérée de toute exclusivité et de tout préjugé moral. La camaraderie amoureuse, c'est-à-dire, grossièrement résumée, la libre association sexuelle entre anarchistes consentant.es, est exposée comme le seul modèle sexuel et amoureux qui n'induit pas à la jalousie.
Grâce à cette nouvelle communauté, dont les idées et règles sont communiquées dans la célèbre revue d'Emile Armand "l'en dehors", le penseur souhaite généraliser la pratique de la camaraderie amoureuse. Pour éradiquer la jalousie de nos sociétés, il faut d'abord l'éradiquer en nous-mêmes.
De prime abord, cet ouvrage semble donc avoir une dimension radicalement féministe. Détrompez-vous. J'ai délibérément extrait les idées les plus pertinentes de cet essai, pour que vous n'ayez pas à vous infliger la misogynie crasse et décomplexée son auteur. Négation du patriarcat, éloge des relations entre hommes âgés et adolescentes, responsabilisation des femmes vis-à-vis de leur sur-sexualisation, sectarisme, victimisation des hommes célibataires, qui seraient apparemment les martyrs des cruelles femmes frigides (intéressant ancêtre des théories dites incel...!), refus de nouer tout lien amical avec les femmes qui lui refusent une relation sexuelle, j'en passe.
Emile Armand aura l'audace de s'étonner qu'un nombre excessivement faible de femmes souhaite rejoindre sa communauté de camaraderie amoureuse. Deux causes me paraissent raisonnables. Tout d'abord, le mépris palpable de l'auteur pour les femmes. Puis, l'éléphant au milieu de la pièce, auquel Emile Armand ne semble pas s'intéresser : la peur du viol. Comme base de son argumentaire, l'auteur part du principe que les relations sexuelles sont un dû des femmes aux hommes. C'est une prémisse arbitraire, effectuée sans la moindre démonstration ou remise en question.
Ce livre est globalement un ramassis d'incohérences masculinistes, résumée dans la correspondance d'Emile Armand avec Marguerite Desprès. Celle-ci a invité Emile Armand à passer quelques jours en sa compagnie à la campagne, pour discuter entre camarades anarchistes et profiter de la nature. Elle lui précise cependant ne pas le désirer physiquement, trop éprise par son amant pour apprécier d'autres relations sexuelles. Emile Armand chargera une collaboratrices de répondre à sa place, en expliquant qu'une rencontre platonique était dénuée d'intérêt. C'est une insulte à l'intelligence de Marguerite Desprès, dont le seul intérêt est donc, selon sa rhétorique, ses orifices.
Dans un essai prétendument dédié à la dénonciation de la violence du couple monogame, la question de la violence n'est jamais abordée. Les violences domestiques et sexuelles sont scandaleusement étrangères aux réflexions d'Emile Armand, et cette impasse rend ses raisonnements stériles. Obnubilé par son pénis, l'auteur perd toute capacité de discernement.
Un gros flop, vraiment mec misogyne, incapable, la préface résume bien le personnage Je l'ai lu en diagonale sur la fin, juste pour le finir Je comprends pourquoi je n'arrivais pas à le trouver en librairie N'a rien de révolutionnaire, même pour l'époque on trouve des trucs moins mal écrits