livre très clair et humain, rapporté en mettant en avant les deux personnalités de Dominique Pélicot dans un premier temps puis de ces deux personnalités en cette seule et même personne. Il permet également de mettre en avant les erreurs de la justice, plus que fréquentes dans les affaires concernant Dominique Pélicot. les marges de progression sont mises en avant, permettant une réflexion sur d'autres affaires judiciaires.
Sont évoquées ici les vies de Dominique Pelicot avant les viols de Mazan sur sa femme endormie sous soumission chimique pendant 10 ans, et arrêté seulement en 2020. Or, sa carrière criminelle aurait commencé beaucoup plus tôt dans les années 1990 alors qu'il était agent immobilier sur la région parisienne. Laurent Valdiguié, grand reporter, journaliste spécialiste des questions de police et justice, fouille les archives des tribunaux, celui de Meaux notamment, les requêtes et actes de justice sur 30 ans (et même 40 puisqu'il recense quatre meurtres de fillettes en 1987, enlevées, violées, étranglées en région parisienne, affaires non résolues à ce jour et pour lesquelles aussi Pelicot ferait un bon candidat) de deux affaires criminelles restées irrésolues en 1991 et 1999, une victime violée, tuée, la deuxième agressée sexuellement selon exactement le même modus operandi, mais qui, elle, réussira à s'échapper après être passée très près de la mort. A cause des errements de la justice, de son incapacité à joindre des dossiers, et donc de repérer des actes sériels, à force d'actes et de demandes d'expertises non suivies d'effet, de pertes de scellés ; à cause aussi d'un découplage entre tribunaux par départements à compétence territoriale limitée, unité géographique obsolète datant de Napoléon ; à cause de la concurrence entre services de police et de gendarmerie (déplorée aussi dans l'affaire Dino Scala) qui ne se parlent pas, il semble que Pelicot aurait dû être arrêté bien avant 2011, son ADN identifié, non exploité sur une des scènes de crime. Les viols pendant 10 ans sur son épouse auraient, dans ce cas, été évités. C'est à quoi aboutit la remarquable enquête de Laurent Valdiguié, qui termine son ouvrage par un réquisitoire en règle contre les services de police et de justice en France. Il publie en fin d'ouvrage une lettre qu'il a envoyée à Darmanin, garde des sceaux, lui demandant des explications sur 'ce scandale d'état', de viols, de meurtres, de femmes détruites si elles survivent, que la justice néglige, ou en tous cas ne met pas tous les moyens pour trouver les criminels. Il pose la question taboue : les procureurs et juges d'instruction, considérés en France comme généralistes mutables tous les deux ou quatre ans, sont-ils tous compétents pour détecter les affaires sérielles, car plaide-t-il, à l'heure des autoroutes et de l'extrême mobilité, ne faudrait-il pas des spécialistes pour investiguer sur des crimes de super-prédateurs ? Quand on sait les ravages des violences faites aux femmes, les mortes ou les victimes détruites que font ces assassins, au vu des ratages récents, la question vaut d'être posée.