Claire Berest, motivée par son implication au procès de Gisèle Pélicot qu'elle a suivie pour Paris Match, revient dans un livre fascinant sur les coulisses d'une affaire qui a bouleversé la France.
Claire Berest, née le 14 juillet 1982 à Paris, est une écrivaine française. Diplômée d'un Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM), elle enseigne quelque temps en ZEP avant de démissionner. Claire Berest a publié son premier roman, Mikado, en janvier 2011 aux éditions Léo Scheer. Son deuxième roman, L' Orchestre vide, s'inspire de l'histoire d'amour vécue avec le chanteur canadien Buck 65. Son compagnon est l'écrivain Abel Quentin. Avec sa sœur Anne Berest, elle co-écrit en 2017, Gabriële, en hommage à leur arrière grand-mère Gabrièle Buffet-Picabia. Son dernier roman, Rien n'est noir, met en scène Frida Kahlo et Diego Rivera.
plusieurs réflexions intéressantes mais je ne suis pas là l’aise avec le fait de lire cette tragédie d’une personne extérieure à la famille. je préfère toujours écouter la voix des victimes directes. mais j’ai surtout faillis arrêter ma lecture plusieurs fois à cause de sa revisite du concept de la culture du viol en « inculture du viol » : cela en fait perdre littéralement tout son sens, je trouve ça dommage
La chair des autres naît d’un paradoxe : comment raconter une affaire qui fascine sans participer soi-même à la fascination qu’elle suscite ? Claire Berest, écrivaine, a été envoyée par Paris Match pour couvrir, comme chroniqueuse, le procès des viols de Mazan. Le contexte dans lequel elle observe ce procès est donc particulièrement intéressant : Paris Match s’inscrit historiquement dans une culture journalistique du spectaculaire, fondée sur le poids des mots et des images chocs, et sa ligne éditoriale a évolué, depuis l’arrivée de Vincent Bolloré dans le paysage médiatique, vers des positions plus conservatrices. Or Berest est elle-même, depuis toujours, fascinée par les faits divers. C’est précisément de ce point de friction — entre voyeurisme, mystère, goût du spectaculaire et tragédie bien réelle — que naît son récit.
Pourtant, l’autrice prend ici le contrepied d’une écriture spectaculaire. Elle ne fait pas de « la littérature ». Elle mobilise son regard de romancière, mais aussi son expérience de femme et de petite fille, pour tenter de répondre à une question qui traverse tout le livre : comment raconter l’horreur sans devenir soi-même une consommatrice de l’horreur et des passions humaines ? Son « obsession » revient sans cesse, mais elle devient aussi celle de toute une société : pourquoi sommes-nous tous fascinés par cette affaire, et que cherchons-nous à comprendre en la regardant ?
Le procès de Mazan constitue ainsi le cœur du livre, mais La chair des autres ne s’y limite pas. Berest en fait un point de départ pour réfléchir à l’individualisme, au doute, à la violence, au regard porté sur les victimes et à notre manière de chercher des explications à ce qui semble incompréhensible. Elle apporte notamment des réponses factuelles aux questions et aux doutes que l’affaire a pu susciter dans le grand public. Cette dimension est, à mes yeux, particulièrement nécessaire : face à une affaire d’une telle ampleur, il est important de pouvoir comprendre les mécanismes à l’œuvre sans que les interrogations du public ne deviennent elles-mêmes une remise en cause de la parole des victimes.
Cette volonté de comprendre n’empêche jamais Berest d’insister sur une idée essentielle : il faut protéger. Elle revient sur les lacunes du système judiciaire, mais sans les condamner de manière simpliste, ni leur « en vouloir ». Le livre se distingue ainsi par une position très claire, profondément féministe, qui place l’intérêt porté aux victimes au premier plan. Berest défend également une forme d’altruisme et de curiosité envers l’autre : comprendre ne signifie pas excuser, et chercher des explications ne doit jamais conduire à déplacer l’attention de celles et ceux qui ont subi les violences.
C’est aussi ce qui rend le livre intéressant au-delà de l’affaire de Mazan. Berest cherche à comprendre la manière dont une société individualiste produit du doute et de l’incompréhension, et elle tente de répondre à des questions qui, aujourd’hui, ne devraient plus pouvoir être posées aux victimes. Son propos rappelle notamment l’importance de ne pas faire peser sur elles la responsabilité de rendre l’horreur compréhensible. La justice, la société et le lecteur ont besoin d’explications ; les victimes, elles, n’ont pas à fournir les clés permettant de rendre leur souffrance acceptable.
Pour construire cette réflexion, Berest « désosse » le procès. Elle décrypte les personnalités, analyse les comportements et s’appuie sur de nombreux concepts empruntés à d’autres auteurs ou qu’elle construit elle-même. Parmi eux, celui d’« inculture du viol » est particulièrement intéressant : l’expression est compréhensible et, dans son principe, logique, puisqu’elle désigne une méconnaissance collective des mécanismes et de la réalité du viol. Mais son application dans cette affaire peut être discutée et le concept pourrait devenir dangereux s’il était transposé mécaniquement à d’autres situations, en donnant l’impression que l’ignorance suffit à expliquer certains comportements.
Cette démarche intellectuelle donne au livre une forme particulière. Le récit est dense, très documenté et largement sourcé, mais également assez décousu. Berest mêle le procès à d’autres faits divers, à ses expériences personnelles, à son vécu, à ses réflexions et à de nombreuses citations d’auteurs. Elle revendique d’ailleurs l’idée d’un « chemin » : le livre ne cherche pas tant à proposer une démonstration parfaitement linéaire qu’à suivre le cheminement d’une pensée confrontée à une réalité qui résiste à l’explication. Malgré son caractère parfois dispersé, chaque détour possède une utilité : il permet de déplacer le regard, de mettre l’affaire en perspective, et de digérer.
Le véritable point de friction du livre apparaît justement dans cette volonté de donner du sens. Berest cherche à combler une « obsession » et un malaise : comment comprendre ce qui semble ne pas pouvoir l’être ? Or l’affaire de Mazan résiste précisément à cette recherche de sens. Lors du procès, Maître Camus, avocat de Gisèle Pelicot, dit à l’un des coaccusés : « Vous êtes désarmant de sincérité, et vous êtes le seul à nous donner des explications. » Cette phrase résume paradoxalement le problème : même lorsque des explications sont données, l’affaire ne devient pas pour autant compréhensible. Elle ne satisfait pas le besoin d’explication du public. Quelque chose continue de résister. C’est pourquoi Berest s’intéresse à la banalité du mal, notamment à travers Hannah Arendt, dont elle propose une analyse intéressante et qui constitue l’un des apports intellectuels les plus stimulants du livre.
C’est finalement là que La chair des autres me paraît le plus pertinent : dans sa tentative de comprendre sans excuser, de regarder sans consommer, et de donner des réponses sans prétendre que tout peut être expliqué. Berest ne se contente pas de raconter le procès ; elle réfléchit à ce que notre fascination pour celui-ci dit de nous. Elle montre également pourquoi certaines questions doivent être déplacées : plutôt que de demander aux victimes pourquoi elles n’ont pas réagi, il faut interroger les conditions qui ont rendu les violences possibles et les défaillances qui ont permis qu’elles se produisent.
Le livre n’est toutefois pas exempt de limites. Son refus du spectaculaire, qui constitue l’une de ses forces, peut aussi devenir une faiblesse : elle ne s’y refuse en réalité pas toujours. Aussi, face à la réalité du récit et à l’état de la société, sa retenue rend parfois le livre un peu fade. Là où l’affaire elle-même produit une sidération et une violence difficilement représentables, la volonté de conceptualiser, de contextualiser et de mettre à distance peut donner l’impression d’atténuer ce que le lecteur devrait précisément ressentir. Paradoxalement, elle refuse la mise à distance et s’appuie sur son point de vue pour nourrir son œuvre. Tout n’est que paradoxes, le procès comme le livre. De même, la forme très dense et décousue du « chemin » de Berest peut parfois perdre le lecteur, même si chaque détour possède une fonction.
Malgré ces réserves, le livre me semble particulièrement utile parce qu’il accepte de prendre au sérieux l’obsession collective provoquée par Mazan tout en refusant de la nourrir de manière spectaculaire. Claire Berest donne des éléments factuels, répond aux doutes, analyse les mécanismes du procès et propose des outils pour penser l’incompréhensible. Elle apporte donc quelque chose de nécessaire : non pas une explication définitive de l’affaire — qui, au fond, ne peut pas exister — mais une manière de continuer à chercher du sens sans transformer cette recherche en nouvelle violence envers les victimes.
La chair des autres est ainsi un livre sur Mazan, mais surtout un livre sur notre manière de regarder Mazan. Son enjeu principal n’est peut-être pas de comprendre parfaitement les hommes jugés, mais de comprendre pourquoi nous voulons à ce point les comprendre, et ce que cette obsession révèle de notre rapport au fait divers, à la violence, aux victimes et à l’autre. C’est dans cette tension entre fascination et responsabilité que le livre trouve sa véritable force.
Après avoir participé aux audiences du procès Pelicot, l’autrice nous propose un livre plus que nécessaire sur l’exploration du mal.
Avec sa plume incisive, tranchante et poétique, Claire Berest revient sur une affaire qui a défrayé la chronique tant par la stupeur que par l’horreur.
L’autrice nous propose par ce texte un mélange entre l’enquête judiciaire et l’introspection pour tenter de trouver le point de bascule. Comment l’intimité, la confiance dans un couple fini par exploser et se retrouve placardée dans les faits divers. Elle tente également d’apporter une réflexion pour tenter de comprendre pourquoi ces faits divers fascinent autant la population.
Ce texte nous apporte également une réflexion autour du féminisme mais aussi une décortication du mal pour tenter de comprendre l’incompréhensible, l’indicible.
Un récit nécessaire et selon moi intelligemment traité par Claire Berest qui nous plonge dans les méandres de cette affaire et de ce procès hors norme.
💬 « Et si le mal nous entoure, bêtes grouillantes tapies dans chaque encoignure, il nous reste en réalité souvent invisible, dissimulé dans l’ordinaire. »
encore une fois, même si c'est "bien", c'est peu utile. on apprend rien, on relit les mêmes choses sur le procès. la force du récit, produit par une écrivaine à qui on propose de suivre le procès pour un journal, me met un peu mal à l'aise. bref, j'ai lu, quelques bons paragraphes, mais voilà.
“D’autant plus quand on prétend parler du malheur de quelqu’un d’autre. Ai-je le droit d’écrire ce livre, comme je le fais ? J’y explore des pans de l’affaire avec de nombreux détails brutaux, j’y émets des hypothèses, j’adopte un regard surplombant, je fouille, je scrute des traumatismes qui me sont étrangers, je spécule sur leurs causes et conséquences. Je le fais non pas d’une histoire ancienne à laquelle le temps passé ouvre d’autres perspectives et permissions, mais d’une affaire actuelle, qui vient tout juste d’être jugée et de soulever dans le monde entier des interrogations. Enfin, dans les marges de mon récit, je me permets de parler de moi.”
Je commence par cette citation car pour moi se poser ce type de question c’est être digne d’écrire un livre sur ce sujet. C’est casse gueule d’écrire sur un fait divers si terrible et si récent, beaucoup de livres sont déjà sortis sur le sujet et disons qu’ils ne sont pas tous indispensables.
Dans ce livre l’autrice parle beaucoup d’elle mais pas de manière narcissique (si si c’est possible), elle explique très bien sa fascination pour le fait divers, pour le crime, pour la noirceur de l’humain (j’ai moi aussi de temps des fixettes sur la Shoah alors je ne juge pas, bien au contraire). Comme elle, ce qui me fascine c’est le moment de bascule, le moment où un être “normal” va devenir un criminel.
Pour bien parler de fait divers il faut savoir prendre du recul et avoir la délicatesse de ne pas salir les victimes par ses propos, l’autrice fait ça très bien. C’est aussi un livre très stimulant intellectuellement (mon genre favori) qui pose des questions (sans toujours avoir la réponse) et qui cherche apporter de la nuance dans une époque qui déteste ça. Je suis d’accord avec elle sur la question de l’individualisation des peines par exemple, la justice ce n’est pas répondre à nos instincts les plus primaires (ne me laissez seule avec ces messieurs et un sécateur), c’est ce qui différencie l’Etat de droit du reste. Elle montre aussi assez bien à quel point la plupart des accusés sont assez minables et incapables de faire face à ce qu’ils ont fait ; paradoxalement ils aggravent leur cas en niant le viol puisque la diffusion des vidéos anéanti toute leur défense. Beaucoup sont aussi des victimes devenues bourreaux, et c’est une conversation inconfortable que nous n’avons pas assez en tant que société, mal prendre soin des victimes c’est prendre le risque de créer de futurs bourreaux.
Je pourrais continuer pendant des pages tellement j’ai apprécié cette lecture, c’est agréable de lire quelque chose d’aussi intelligent.
Ce n’est pas un roman, mais un texte profondément incarné. Un récit entre le documentaire, le journal de bord. Claire Berest a assisté au procès. Elle nous y emmène. Elle nous y confronte. Ce qu’elle livre ici, ce n’est pas seulement ce qu’elle a vu — c’est aussi ce que cela a éveillé en elle. Et en nous, lecteurs. Ce que j’ai trouvé fort, d’abord, c’est le respect immense qu’elle porte à Gisèle Pélicot, cette femme victime de plusieurs viols dans sa maison de Mazan, devenue malgré elle une icône, un visage du courage, un cri qui ne s’éteint pas. L’autrice prend soin d’expliquer sa posture, ses limites, sa pudeur. Elle veille à ne pas trahir, à ne pas réduire. Ce livre interroge le procès, mais aussi la société dans laquelle ce procès a lieu. Claire Berest s’attarde sur ce qui nous attire – presque inconsciemment – vers le mal. Cette fascination trouble que le crime exerce, surtout quand il s’incarne dans l’ordinaire : des hommes aux âges variés, issus de différents milieux sociaux, ayant tous participé à l’indicible. L’autrice tente de comprendre. Pas d’excuser, ni de justifier — mais d’approcher, de nommer, de ne pas détourner les yeux. Et pourtant. J’ai ressenti une forme de discontinuité dans cette lecture. Le récit du procès, si fort, si poignant, s’interrompt souvent pour laisser place à des réflexions personnelles. Certaines sont justes, éclairantes. D’autres, en revanche, m’ont semblé plus flottantes, parfois donnant la sensation qu’on s’éloigner du sujet. Ce va-et-vient entre le cœur du drame et les souvenirs de l’autrice m’a parfois perdue. J’aurais aimé que le procès reste davantage le fil rouge, tant il est essentiel, tant il dit l’absurde de certaines justifications masculines, l’injustice, la violence. Mais ce que l’on garde, au-delà des hésitations formelles, c’est le visage de Gisèle, sa détermination, sa parole, son silence. Et cette question, qui persiste : comment des hommes "comme les autres" deviennent-ils des bourreaux ? Un livre imparfait, mais nécessaire. Qui n’offre pas de réponse, mais qui a le mérite rare d’oser regarder, et de nous inviter à le faire à notre tour.
Claire Berest, dont j'ai lu plusieurs romans, est accréditée au procès de Mazan (2 septembre - 19 décembre 2024) pour le Magazine Paris-Match, elle assiste donc à (presque) toutes les audiences. C'est le quatrième ouvrage que je lis sur ce procès, ouvrages écrits soit par des essayiste, linguiste, philosophe, et romancière donc. Claire Berest qui avoue se passionner pour les 'faits divers' -qualifiés de divers à une autre époque, parce que rubrique arrivant en fin de journal quand on a parlé de tous les autres sujets politiques, géopolitiques et économiques, ce qui est moins le cas aujourd'hui où ils peuvent faire la une. Claire Berest avoue avoir collectionné les articles concernant les pages des fait divers dans des boîtes à chaussures en son jeune âge, ce que je qualifierais comme elle d'obsession. L'autrice dissèque ici les circonstances, les comportements des protagonistes, principal accusé et ses co-accusés, avocats, parties civiles, famille de la victime. Elle interroge la 'banalité du mal' (la banalité du mâle ?) tout en situant / citant Hannah Arendt et Roland Barthes, entre autres. C'est bien écrit, prenant, et minant. On descend pendant 205 pages dans le tréfond des turpitudes humaines -masculines, et la crédulité des femmes obnubilées par l'amour. C'est démoralisant. On aura beau canoniser la Victime, Sainte Gisèle Pelicot, dont c'est vrai qu'on doit admettre qu'elle a courageusement fait la honte changer de camp selon le slogan féministe, il faut admettre que "les femmes sont et restent sans abri" pour citer l'écrivaine féministe Andrea Dworkin, l'ennemi intime faisant rentrer chez elles, dans leur foyer, dans leur chambre à coucher et dans leur lit, des agresseurs sexuels pour les violer. C'est proprement atterrant. La vie des femmes est un roman d'épouvante gothique.
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« « L'attention est la forme la plus rare et la plus pure de la générosité. Il est donné à très peu d'esprits de découvrir que les choses et êtres existent. », écrit-elle (= Simone Weil). Une certitude les concernant, c'est que tous ces hommes passés dans la chambre de Gisèle Pelicot n'ont pas découvert que cette femme existait. »
En assistant et en relatabt le procès des viols de Mazan, Claire Berest s’interroge sur la culture du viol, la banalité du mal, la justice, l’amour, le bien, le mal. La complexité des thème crée un effet de survol un peu rapide. Il en ressort néanmoins un réel et sincère hommage pour la victime principale : Gisèle. En cela ce livre m’a plu.
Difficile de noter un récit sur ce sujet. J'ai trouvé passionnant l'analyse de Claire Berest à la lumière de ses obsessions pour les faits divers, et de concepts philosophiques empruntés à Simone Weil, Hanna Arendt et autres.
J'ai beaucoup aimé ce texte de Berest. Ce n'est ni vraiment un essai, ni vraiment une étude journalistique, ni une narration du procès mais les pistes de réflexion et certains liens dressés par l'autrice de révèlent passionnants et troublants.
"La romancière a suivi les audiences du procès des viols de Mazan pour Paris Match. Entre introspection et enquête, elle raconte cette expérience, levant le voile sur les coulisses du mal."
Évidemment, un sujet difficile à traiter. Plusieurs points d’optique intéressants et nécessaires sur ce drame. La narration était parfois difficile à suivre, avec des pointes de philosophie qui, à mon avis, manquaient de pertinence et voulaient surtout mettre en valeur l’érudition de l’autrice.
Claire Berest a assisté pour Paris Match au procès de Mazan. A l'issue de celui-ci, l'irrépressible besoin d'écrire s'est emparé d'elle et cela nous donne ce récit sensible et poignant rédigé à la première personne.
Claire Berest est une habituée de l'horreur et a une passion pour les faits divers depuis son enfance, ce n'est d'ailleurs sans doute pas sans lien avec son histoire personnelle ! Petite, elle avait accès à la bibliothèque familiale sans restriction, elle a lu beaucoup de polar et de livres sur la Shoah ce qui a forgé en elle très rapidement l'image du mal. Mais ce qui s'est passé à Mazan surpasse de loin l'horreur et l'imaginable.
Ce fait divers horrible dépasse ce stade et devient un fait de société. Claire Berest décortique le mal, analyse la situation et cherche le point de bascule qui a fait que ces 51 inculpés deviennent des coupables.
Comment est-ce possible d'imaginer et mettre en place ce scénario ! Cela faisait 10 ans que Dominique Pelicot sédatait son épouse et recrutait des inconnus pour filmer des hommes en train de violer sa femme ! Plus de 200 viols en 10 ans !
Comment peut-on imaginer une horreur pareille et comment ces hommes recrutés via coco.fr se sont-ils laisser entraîner ?
Elle décortique les différents éléments du procès en s'appuyant sur des réflexions sur le mal, des digressions philosophiques se basant sur Simone Weil, Hannah Arendt, Emmanuel Carrère.
Elle analyse pour comprendre. Pelicot à la différence de Epstein, P Diddy, Weinstein était seul et n'avait pas de structure pour le couvrir !
Elle s'interroge sur la notion de viol pour les accusés, pour eux viol signifie avec violence, prendre quelqu'un de force et oublie l'existence de la notion de consentement. J'aimerais comprendre comment quelqu'un de sédaté donne son consentement !
Comment se procurer autant de Temesta, de Viagra et ne pas utiliser de préservatif !
Comment comprendre que 7 personnes contactées sur 10 acceptaient la proposition de Pélicot ?
Un constat interpellant, 30 des 51 accusés étaient victimes de trauma durant l'enfance ce qui pose question sur l'inculture du viol.
Claire Berest rend hommage à Gisèle Pélicot, cette femme forte, courageuse qui a accepté que ce procès soit public et que les vidéos glaçantes soient vues pour que les victimes osent sortir de l'ombre, que la honte change de camp.
Un récit dur, indispensable car il faut absolument éduquer pour combattre l'inculture du viol, revoir la notion de viol et apporter la notion de consentement.
A lire absolument ♥
Les jolies phrases
Le viol est le seul crime dont l'auteur se sent innocent et la victime coupable.
On ne nait pas pervers, on le devient.
Madame Pelicot l'a fait, on pourra le faire !
Trouver la bonne distance est une question qui vous obsède quand vous écrivez et quand vous écrivez sur une tragédie réelle et non fictionnelle, advenue à d'autres, cette réflexion vous harcèle. Rien ne peut être parfaitement honnête, ni le proche ni le lointain.
Le cœur noir du fait divers, c'est la bascule. Mécanisme qui réussit le paradoxe d'être sidérant et si humain à la fois. Toute bascule est une déflagration, un renversement de l'ordre établi, un bal des fous. Ce qui nous questionne, et peut entraîner le sentiment de fascination, c'est la violente discontinuité qu'elle représente. La discontinuité est comme une coupure franche qui nous plonge dans l'inconnu. Elle déconcerte. C'est un endroit où il n'y a plus de causalité.
Gisèle Pelicot n'est pas tombée amoureuse de son bourreau. C'est l'amour de toute sa vie qui s'est transformé en bourreau. Cet amour brûlé ne cesse pas d'exister, il vit dans ses cendres. C'est tout le vertige de cette affaire de Mazan.