Un jeune couple est sauvagement assassiné sur un parking. Un rire retentit dans la nuit. L'enquête est confiée au commissaire Lanecquer dont les visions s'intensifient à mesure qu'une grave maladie le ronge. Dans l'une d'entre elles, il identifie une camionnette floquée et une étrange Trajectoire. Qui du Fleuriste dealer, du couple de vieux de passage dans la région pour suivre la migration des oiseaux, du groupe d'adolescents délinquants ou du flic entraîneur de foot est à l'origine des meurtres qui se succèdent dans la brume ?
L’année 2023 s’ouvrait sur la publication d’un ovni littéraire. Un nouvel arrivé, Julien Freu, nous avait régalé avec un roman singulier et fascinant « Ce qui est enfoui ». Enfin, en ce mois de mars 2025, il publie son second, « Hors la brume ». Son univers ? Les années 90. Sa particularité ? Ne rentrer dans aucune case et mélanger à l’envi le thriller, le roman noir, et le fantastique. Son ADN ? Transmettre des émotions.
On le sait, écrire un second texte est ardu. On vous attend au tournant et on compare au précédent pendant que l’auteur, stressé et fébrile, attend les premiers retours.
Nous sommes à Hérrières, durant l’hiver 1994. Un couple d’amoureux, Daniel et Céline, est sauvagement assassiné sur un parking qui surplombe le lac. La mise en scène du crime est troublante et résonne longtemps dans tous les esprits : « Croc, croc, croc, mon tout petit oiseau, tu manges l’âme des morts… » C’est ainsi que naît la légende urbaine « Ici, à Hérrières, on bute les amoureux sur les parkings » et que l’ombre de ce tueur qui n’officierait que durant les épisodes de forte brume prend forme.
Le commissaire Ariel Lanecquer est chargé de l’enquête, mais un groupe de lycéens tente lui aussi de percer le mystère. Parmi eux, un nouvel arrivé, Alexandre, fan de skate, se retrouve mêlé à l’affaire, car, entre le commissaire et lui, un lien singulier se crée.
L’une des grandes forces de Julien Freu est cette immersion extrêmement sensorielle qu’il reconstruit autour des années 90. Tous les codes esthétiques et culturels y sont. On retrouvera avec délice les manières dont on s’habillait, la musique que l’on écoutait, les films que l’on regardait, le tout dans une époque qui était à la fois morose pour les adultes et pleine d’espoirs pour les adolescents.
Les étés sont ceux des petites bourgades où l’on s’ennuie ferme et où tout le monde se connaît. La vie active est marquée par une période de transition (et de rébellion) qui met en lumière la précarité sociale des usines qui ferment et la montée d’un grand désarroi social.
Et pourtant, le lecteur se sent parfaitement à son aise dans « Hors la brume », bercé par les préoccupations de chacun et les souvenirs personnels d’une période qu’il regarde avec nostalgie. Alpagué par l’intrigue et ce tueur qui ne parle que d’oiseaux, il est rapidement plongé dans une angoisse latente qui monte crescendo.
Ariel Lanecquer est le personnage qui contribue grandement à développer l’atmosphère énigmatique aux accents surnaturels de « Hors la brume ». Rongé par la maladie, de violentes migraines associées à des visions hallucinatoires, Ariel « voit ».
« À ce niveau de souffrance, parfois, les morts lui parlaient, comme ce matin brumeux de mars. »
Il est à la fois hanté par les événements et partie prenante à cause des ombres de son passé. Il est à la fois logique et mystique, fort et fragile au rythme de son corps en déclin. Si son état de conscience s’altère, sa capacité à résoudre l’enquête n’est pas inexistante, car il est celui qui perçoit ce que les autres ignorent, même si cette acuité a un prix.
Une amitié presque immédiate se tisse avec Alexandre fraîchement débarqué. Un rapprochement magnétique les rassemble autour des échecs auxquels ils jouent fréquemment. Sous un sourire toujours serein, Alexandre intrigue : il semble comprendre ce que d’autres ignorent. Aussi mystérieux qu’Ariel, leur rencontre suggère une dynamique bien plus profonde qu’une simple rencontre fortuite.
Évidemment, « Hors la brume » regroupe une palette de personnages qui contribuent tous à asseoir cette atmosphère opaque, toujours sur le point de basculer vers une tragédie supplémentaire. Julien Freu semble tisser une toile avec ses personnages où chacun est susceptible d’être aspiré par la brume, à la limite entre le visible et l’invisible, le réel et le fantastique.
Parce que, « Hors la brume » est aussi un roman où le fantastique s’insinue dans le réel. C’est la patte de Julien Freu et il en manie parfaitement le dosage. Comment ne pas penser à certaines influences avec lesquelles nous avons grandi ? Les grands maîtres du fantastique font certainement partie des auteurs qu’il aime et qui l’inspirent.
J’aime assez quand de banales scènes du quotidien basculent vers des choses inexpliquées : des oiseaux dans des postures étranges, des apparitions fugaces, des visions inexpliquées et tortueuses, des parfums qui surgissent de nulle part.
Et cette brume qui devient un personnage à part entière… Elle dissimule les êtres, modifie les perceptions et déforme la réalité. C’est elle qui donne le ton dans « Hors la brume ». Mystérieux voile entre le monde du visible et de l’invisible, elle agit comme un rideau entre le réel et l’imaginaire. Elle est un « passage » vers un territoire où tout devient possible, où les démarcations entre le tangible et l’impalpable se délayent.
C’est une porte qui permet le passage d’un monde à l’autre, mais surtout une porte vers l’inconnu, qu’il s’agisse d’êtres qui apparaissent ou disparaissent, ou d’émotions plus diffuses que l’on refuse de ressentir, ou encore d’une « cachette » des blessures du passé. Un peu comme si cette brume étouffait les mémoires, les émotions et les habitants.
Sauf pour Ariel qui, dans son cerveau embrumé par les migraines, réussit à avoir des visions, même si elles ne sont pas très claires. On a l’impression que le commissaire est le seul à pouvoir passer d’un monde à l’autre pour livrer des messages.
Enfin, cette brume est le territoire d’un prédateur. Elle est l’alliée du tueur, son domaine. Elle étouffe tout sur son passage, les sons comme les indices. Comme dans certains contes pour enfants, elle est complice du mal et fait peur.
Comme dans « Ce qui est enfoui », « Hors la brume » est le récit de ce passage si délicat entre l’adolescence et l’âge adulte, du désir et de l’amour touchés du doigt pour la première fois. Julien Freu capte toute la pureté des sentiments et les oppose à la brutalité du monde. (Ce contraste traverse d’ailleurs tout le roman.)
Souvenez-vous de cette période où toutes les émotions sont exacerbées et les peurs décuplées, où une sensibilité à fleur de peau nous étreint sans cesse. C’est aussi l’âge de la construction : on hésite entre vouloir être traité comme un adulte et rester protégé dans le cocon de l’enfance.
Julien Freu excelle dans le traitement de cet âge de l’entre- deux, où ses personnages adolescents se cherchent, et évoluent dans une brume intérieure.
Avec « Hors la brume », Julien Freu signe un second roman très réussi, sombre et fascinant, qui possède à la fois son univers et une patte très personnelle. C’est un roman d’atmosphère hypnotique, autant qu’une enquête bien construite qui met en lumière des personnages très bien brossés. (J’ai une affection toute particulière pour Ariel qui a su toucher quelque chose en moi…)
Laissez-vous charmer par la brume de Julien Freu et par son écriture cinématographique, l’essayer c’est l’adopter !
Prix des lecteurs de l'Armitiere 2026: lecture 1/7.
Une belle surprise en ouvrant ce roman. Une écriture très fluide et parfaitement menée au service d'un suspense parfait, qui me fait de plus en plus aimer le genre du thriller.
Évidemment, c'est un genre sombre, la première scène est d'ailleurs très violente. Mais la violence n'est jamais décrite trop longuement et cet aspect est amoindri par une construction romanesque remarquable et un rythme parfait, qui relient les scènes et les personnages entre eux avec subtilité. Julien Freu se démarque par son écriture.
Chacun des personnages est unique et représente une facette de la ville d'Hérrières. Les adolescents, les populaires, les rebelles, les faschos, les pauvres ouvriers, les directeurs sans coeur, les femmes au foyer, les forces de l'ordre abîmées et tenaces, les médecins savants, les entraîneurs de foot... Chacun peut s'y retrouver, en tout cas l'auteur dresse le portrait d'une ville qui étouffe dans son fonctionnement actuel et la succession des meurtres est une façon pour elle de se comprendre pour se réinventer.
Même si la violence et l'horreur apparaissent bien souvent, ce n'est pas ce que je retiens de ce livre. La folie existe et peut tout détruire autour d'elle. Mais l'espoir domine, tout comme l'idée que tout peut arriver, que le mieux existe quelque part si l'on prend la peine de cesser de suivre les leurres que la vie met sur notre route.
« BANG ! Il a commencé par le mec. Il lui a fait sauter la tête. À bout portant. Il lui a laissé aucune chance, tu piges ? BANG, BANG, BANG ! […] Ici, à Hérrières, on bute les amoureux sur les parkings […] On leur éclate la tête putain ! » « Ici, faut faire gaffe à la brume »
1990’s Alexandre vient d’emménager avec ses parents à Hérrières, une ville montagneuse où subsiste encore difficilement la dernière usine du coin. Il va faire la connaissance de son étrange voisin, le commissaire Lanecquer, qui joue aux échecs pour calmer de puissantes migraines qui, arrivées à leur paroxysme, lui provoquent d’étranges visions qui semblent liées au tueur du lac … Un tueur fou qui chante une inquiétante comptine tout en se mordant au sang l’intérieur des joues « Croc, croc, croc, mon tout petit oiseau, Tu manges l’âme des morts. Croc, croc, croc, dans ton pays secret, Tu tisses la route d’or. Croc, croc, croc, c’est l’heure de la becquée, L’heure d’avaler les morts … »
Ce roman est un excellent mélange de genres, l’auteur nous proposant un thriller horrifico-fantastique ! Une fois ouvert on se retrouve captifs de cette histoire aussi surprenante que terrifiante ! À découvrir absolument mais surtout … Prenez garde à la brume ! 😈
Le livre s’ouvre sur le massacre des amoureux du lac, âmes sensibles s’abstenir !
Belle surprise. Je n'avais pas du tout été impressionnée par son précédent, en particulier son abus de références nostalgiques des années 80. Ici, ça fonctionne beaucoup mieux pour les années 90, parce qu'il n'y a pas d'excès, c'est pas m'as-tu-vu. L'intrigue est sympa. On n'a pas non plus des références lovecraftiennes mal-gérées.
Pas 5 étoiles parce que : 1) j'en ai marre du trope "c'était un psychotique !" balancé à la fin des polars. J'en ai marre marre MARRE. D'abord parce que c'est psychophobe. Ensuite parce que c'est un trope qui n'assume pas une donnée malaisante : la plupart des tueurs en série sont "sains d'esprit". Ils ne sont pas psychotiques. Ils ne tuent pas à cause de délires. Ils sont comme Monsieur Tout le Monde, en fait. C'est beaucoup plus facile (et psychophobe) d'utiliser ce trope que d'assumer ça.
2) Il y a 3 persos féminins importants : une vieille qui est sorcière ; une ado qui a moins de pages qui lui sont dédiées que n'importe lequel des 3 autres autres persos ados masculins principaux et dont la personnalité se résume à 2 trucs - colère et cul ; une femme mariée un peu infidèle qui tombe enceinte qui est une espèce de Vierge Marie. La troisième est la plus développée, mais ne m'a pas convaincue. Mais bref, les persos féminins sont littéralement le trope Mother Maiden Crone (la Mère, la Jeune Fille - supposée vierge -, la Vieille - mais "crone", ça peut aussi vouloir dire la Sorcière). On en est encore là, messieurs les auteurs ???