Angèle voyage sans bagages. Elle croit au destin et ne tourne pas le dos aux miracles. Personne ne lui veut du mal. Pas depuis qu’un tir groupé d’infortunes l’a prise pour cible. Pas depuis que la vie lui a offert le plus grand des bonheurs pour, peu après, le lui arracher et la jeter sur une île déserte.
Presque quatre ans plus tard, l’île d’Angèle s’est repeuplée. À Shédiac, où elle vit entourée de voisins parfois turbulents et d’une tribu de meneuses de claques, elle compte les heures et apprivoise le mode d’emploi de sa nouvelle existence.
C’est une histoire vraie, mais ce n’est pas tout à fait la vérité. Plutôt un récit à moitié inventé, un refrain consolateur où ailes rime avec embellie et force, avec mémoire. La preuve que l’imagination a toujours le dernier mot.
Mon avion décolle pour Calgary. Je bénéficie d’un luxe extraordinaire : deux sièges à moi seule. J’étends sans gêne mes affaires, m’étale confortablement. Quatre heures de lecture en perspective.
Avant de monter, j’ai glissé un tout petit livre dans mon bagage à mains. Un roman dont la couverture remarquable me rappelait un rêve récurrent. Le dernier Christine Eddie, Je suis là (2016), paru chez Alto (merci Tania!). Québécoise d’origine française, Eddie est l’auteure des romans acclamés Carnet de Douglas (Alto, 2007) ainsi que Parapluies (2011).
Davantage qu’une fiction, Je suis là est un livre comme un témoignage de cette vie qui tient bon, de cette lueur qui perturbe malgré l’apparente noirceur. Celle qui est là, entre ces pages, est bien réelle. Angèle. Sa vie de nomade tumultueuse s’arrête brusquement peu de temps après la naissance de ses jumelles, lorsqu’elle est victime d’un tir groupé. Sous la violence de l’assaut, les connexions entre le cerveau et le corps de la jeune mère s’interrompent, peut-être définitivement. Enfermée à l’intérieur, seuls ses yeux peuvent désormais parler.
Porté par la grâce des mots d’Eddie, ce qui semblait être la fin n’est que la continuité d’un quotidien nourri d’humour et d’imaginaire. Une autre forme de vie à s’approprier. Les années passent à la résidence pour aînés de Shédiac, où on se relaie au chevet d’une Angèle toujours passionnée, qui voit ses filles grandir d’une semaine à l’autre. Eddie parvient à faire ressentir une telle légèreté à partir de l’état d’enfermement le plus total.
Le cœur déjà en larmes, j’ai pleuré au moment où Angèle s’imagine s’envoler par la fenêtre, au son du concert donné en l’honneur de son anniversaire.
Une grâce inattendue me tire de mon siège et me fait tourbillonner sur le plancher, m’entraîne au-dessus des tables, m’attire vers la première fenêtre entrouverte. Mon imagination est capable de tout. Je soulève mes paupières pour ne pas tomber de trop haut. (p. 86)
J’ai pleuré d’admiration devant sa force et sa résilience surhumaines. Ce qui m’a émue par-dessous tout est peut-être cette liaison entre l’auteure et son sujet, grandes amies, conférant au récit, à cette écriture même, une affection immanente. Un livre comme acte d’amour, « parce que c’est ce que les auteures ont de mieux à offrir au malheur pour amortir son gâchis. » (p. 139)
J’étais assise seule dans l’avion, j’ai pleuré en masse. Je ne pleure jamais en lisant. J’ai terminé ma lecture beaucoup trop longtemps avant la fin de mon vol. Mes autres livres étaient dans mes bagages, hors de portée. Je suis là est resté longtemps en moi, à me hanter de son spectre lumineux, à me parler d’espoir.
Un texte d’une beauté exceptionnelle et d’une rare douceur au sein d’un horizon romanesque contemporain aux contours plutôt sombre. Pour moi, c’est une étoile (acadienne) au firmament de la littérature québécoise et une source d’inspiration à s’offrir absolument.
Bravo à Christine Eddie pour ce roman. Elle avait promis à Angèle de raconter sa vie. Eddie a fait mieux. Elle écrit à la première personne et nous raconte son amour pour ses filles. Peu à peu on découvre le drame. En Acadie, à Shédiac, les gens du foyer de soin sont experts à éviter de parler du drame qui a ravagé leur vie. Quand le découragement s'empare d'Angèle, qui n'a jamais pu prendre ses filles dans ses bras, son fidèle ami imaginaire vient la calmer et l'apaiser. J'ai tellement aimé ce livre que je l'ai lu à petite dose pour faire durer le plaisir plus longtemps.
Un roman bouleversant, extrêmement bien écrit. Une histoire de courage, de lumière et un tour de force de fiction qui s’inspire d’une histoire vraie... Les dernières pages m’ont laissée en larmes au beau milieu de mon salon.
C'est assez impressionnant d'être capable d'écrire une aussi grande tragédie avec une écriture aussi lumineuse. Alors même que je pleurais sans arrêt pendant une demie-heure toute seule dans mon lit après la scène des filles dans le gymnase, je m'émerveillais de la poésie et de la grandeur du personnage principal. Un "roman" très touchant, surtout quand on connaît l'histoire derrière l'histoire. Par contre, moi qui voulais un livre pour me remonter le moral, j'ai vraiment manqué mon coup.
Rien ne m'avait prévenu que je tournerais les pages d'un récit aussi incroyablement touchant . S'y succèdent des métaphores qui dévoilent par vagues et en tout en beauté une histoire triste. Une belle surprise qui donne envie de découvrir les autres oeuvres de Christine Eddie.
J'ai commencé le livre à vide, sans savoir qu'il s'agissait d'une histoire vraie, sans savoir qui était Angèle Clavet. Ça m'a pris un moment avant de comprendre ce qu'il lui était arrivé, pourquoi elle se trouvait dans une résidence, tous les petits détails qui prennent forme au fil de la lecture. Et j'ai d'autant plus apprécié ma lecture grâce à cette ignorance de départ. Le texte est magnifique, tout en douceur, en rêves superposés à une réalité parfois trop dure à regarder. Comme le dit l'auteure, c'est à la fois un témoignage de quelqu'un de fort, qui croit encore au miracle, une lettre d'amour à deux petites filles qui n'ont pas dû comprendre, durant leur tendre enfance, pourquoi leur maman était différente de celle des autres, et un message d'espoir pour tous ceux qui souffrent de la même situation qu'Angèle. Le style est lyrique, certains passages m'ont presque fait pleurer, le ton est juste et on sent quelque chose d'un peu naïf dans la voix du narrateur, que j'ai trouvé particulièrement touchant. Le livre est court, sait profiter de chacun de ses mots, de chacune de ses pages, et on en sort avec un peu plus de cette foi en l'humanité qu'on a trop de raisons de perdre actuellement.
Je n’avais aucune idée de quoi il était question dans ce roman. Je l’avais vu circuler, mais c’est sa magnifique couverture qui m’a convaincue de l’acheter. J’ai bien fait. Quelle touchante histoire! Ça part d’un drame, mais c’est raconté d’une jolie façon toute en lumière.
J’ai appris, grâce à la note de l’autrice à la fin du livre, que le personnage principal, Angèle, existe pour vrai. Comme mentionné sur la 4e de couverture: « c’est une histoire vraie, mais pas tout à fait la vérité. » On comprend après quelques chapitres. Je n’en dis pas plus pour ne pas gâcher le plaisir des lecteurs.
Je Suis Là est un roman, mais il est inspiré de la vraie vie, l'histoire d'Angèle que l'auteure lui a promis d'écrire.
Je suis entrée dans ce livre, sans rien n'avoir lu d'autre que la quatrième de couverture et aussi bouleversant c'était, j'ai aimé découvrir petit à petit, l'univers réel d'Angèle et la réalité qui l'habite.
La force de l'imagination et la puissance de la résilience. "Au fond, je n’ai qu’une envie. Courir avec mes filles dans un champ de myosotis, leur en cueillir d’énormes bouquets et rentrer ensemble, les bras chargés de fleurs. En espérant que quelqu’un songe à leur apprendre que myosotis, en anglais, se dit forget-me-not."
Magnifique! La vie d 'une verrouillée, son passé, son présent en résidence avec la bande de ses habitants et préposés. Tendre , émouvant, des observations drôles et une imagination salvatrice, celle qui a le dernier mot. De plus, une ode à Shédiac. Garrochez vous!!
Il m'a fallu plusieurs pages pour réaliser l'ampleur du subterfuge de la narration. Un petit miracle d'écriture. J'ai été profondément touchée. Ce livre est un bon exemple de ce que la littérature peut accomplir: donner forme à une réalité qui autrement peut facilement vous échapper. Et vous ramener certaines idées à la bonne place.
J’ai adoré! Un petit livre, sensible, qui nous amène gaiement dans des zones peu racontées de la psyché humaine, par des chemins délicieusement tortueux. À lire et relire.
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Je viens justement de le relire, à deux semaines d’intervalle. Toujours aussi apprécié!