"Parfois, il y a une incomparabilité entre les gens et le monde. Et on n'a rien trouvé pour réparer ça."
Cette lecture a été, pour moi, bienveillante et cathartique. Pour la première fois depuis longtemps, j'ai eu l'impression qu'on m'entendait, qu'on me comprenait et que mon existence n'était pas en vain.
J'ai fait (et quelque part je ferai toujours) partie des dragons. De ceux que le monde veut mettre de côté. De ceux que le monde "normal" veut appeler fous ou malades. De ceux qui souffrent, en silence ou à gorge déployée. De ceux qui n'ont jamais imaginé que l'avenir allait arriver, mais qui luttent. De ceux qui ont perdu des amis en chemin parce qu'ils n'arrivaient pas à "réparer le fait d'être né". De ceux qui sont en colère.
Pendant des années je me suis voilée la face, essayant d'oublier toute la souffrance accumulée, essayant de ne montrer que le joli visage que le monde veut bien accepter. Ça ne fait pas si longtemps que j'essaye de vivre comme ça me chante, que je trouve parmi ce chaos, une place qui me convient.
J'avais entendu parlé de cette œuvre mais je ne m'étais pas encore faite à l'idée qu'on puisse écrire correctement sur ce mal-être que peut vivre un enfant, un adolescent ou encore un jeune adulte. Comme le dit Jérôme, on apprend à les faire taire.
Je pense que j'ai pu le lire à un moment où mes tourments semblent avoir un sens. Où j'ai pu accepter qu'on dévoile ce qu'on préfère cacher.
Ce livre peut paraître dur pour certains, ou irréaliste pour d'autres. Le fait est que, parfois, on ne lit pas ce qu'on a envie de lire mais ce qu'on a besoin de lire. Peut-être y a-t-il un endroit, un moment, pour découvrir une facette de l'écriture et du monde dans lequel on vit.
C'était beau, c'était franc, c'était doux, c'était ce dont j'avais besoin et merci, merci mille fois pour ces mots. Pour avoir été cette personne qui parle à ma place.