A 34 ans, Marguerite, dite Marge, est sans emploi ni logement stables. Elle trouve refuge dans la cabane d'un chantier abandonné. Dans l'immeuble vide, elle découvre un dernier occupant, Victor, ancien militaire qui résiste aux pressions du promoteur immobilier. Ensemble, ils font alliance contre le monde extérieur.
J’ai commencé ce roman en riant, portée par des situations décalées, avant de sentir la tension monter et l’atmosphère se charger de folie, de pulsions et de noirceur. L’histoire de Marge, habitée par des voix, et de Victor, ancien militaire brisé, forme une parenthèse intense et inévitablement tragique. Captivant par moments mais trop long, le récit m’a parfois perdue, malgré une fin marquante.
En beaucoup plus de mots :
J’ai commencé ce roman pendant une période où j’avais besoin de légèreté, et, contre toute attente, j’ai ri. Oui, j’ai ri au début, parce que les situations sont cocasses, décalées, même si le fond est, lui, tout sauf léger. Dès les premières pages, j’ai senti que ce roman allait m’emmener loin, dans un endroit où l’on ne va pas d’ordinaire, un endroit de l’esprit où tout vacille, tout tangue, tout échappe.
Je l’ai lu lentement, en prenant mon temps, en savourant les premières pages. Et puis… le doute. Un entre-deux. Est-ce que je continue ? Est-ce que j’arrête ? J’étais tiraillée. Quand je replongeais dans ma lecture, j’étais happée, captivée même. Mais en même temps, je sentais que quelque chose dérapait. Que l’histoire s’effaçait peu à peu au profit d’une tension bestiale, d’une atmosphère saturée de pulsions, de non-dits, de chair, d’instinct. Et cette dérive ne m’a pas convaincue.
C’est un roman d’une très grande sensibilité, à la fois par son contenu que par sa mise en page. L’autrice explore le sujet difficile de la folie, de ces voix intérieures qui prennent le dessus, qui rassurent, qui mentent, qui protègent. Marge vit avec ces femmes dans sa tête, elles discutent, s’engueulent, elles la guident. Elle est belle, fantasque, insouciante, drôle… mais incapable de se fondre dans le moule. Sa sœur Violette l’a protégée tant qu’elle a pu, mais maintenant c’est fini : Marge doit voler de ses propres ailes.
Et c’est là qu’elle rencontre Victor, l’homme d’en face, ancien militaire, bourru, cassé, mutique, qui n’a rien demandé à personne. Et pourtant, leur rencontre va bouleverser l’ordre des choses. Ensemble, ils vont vivre une parenthèse. Est-ce une histoire d’amour ? D’instinct de survie à deux ? Un refuge ? Peu importe. Ils se croisent, s’abîment, se soutiennent, s’aiment peut-être. Ce n’est pas à nous de juger. C’est juste un moment de vie, suspendu, hors du temps.
Mais au cœur du roman, c’est bien la maladie qui règne. Mentale, physique, peu importe. La dégradation est inévitable. L’autrice nous emmène dans un tourbillon d’émotions sombres, vertigineuses, animales. On sait dès leur première rencontre que ce sera la chute. Et malgré tout, on lit, fasciné, comme si on assistait à une transe partagée, à une descente sans retour possible.
Et pourtant… je crois sincèrement qu’avec 150 pages de moins, ce roman aurait gagné en intensité, en justesse, en puissance. Il aurait pu me submerger totalement, sans me perdre en route. Les scènes extérieures, les descriptions de l’immeuble insalubre, les personnages de passage, tout cela casse un peu la profondeur, et je me suis retrouvée à décrocher, à revenir, à tourner les pages un peu vite parfois.
Mais il faut aller au bout. Pour découvrir la vérité. Pour finir dans un nuage de poussière. Pour comprendre ce qu’ont fait les mains de Marge. Et même si la fin semble tranchée, sans appel, j’ai envie de croire à autre chose. J’ai envie de rêver ma propre fin, différente, plus douce peut-être.