d'abord, je dois dire que je suis assez triste de tout ce qui s'est déroulé autour de ce livre : le harcèlement (évidemment injustifié) de son autrice, et les conflits qui ont éclaté dans les milieux numériques transfem à la suite de la sortie de livre, et dont l'intensité et les modalités n'ont pas vraiment permis d'avoir les discussions intéressantes que pouvaient poser ce bouquin, et notamment son titre.
j'ai donc essayé d'aborder ce livre avec beaucoup de bonne volonté, et avec la sincère envie d'en ressortir agréablement surprise. et puis bon, j'avoue que moi, en tant que meuf trans lesbienne, je suis plutôt très partante pour qu'on écrive des poèmes qui racontent comme on est trop super parce que c'est pas exactement la DA de ce qu'on peut lire à notre propos d'habitude. j'étais en plus aidée par le fait que j'adore la plupart du travail des éditions Goater, et que je trouve le travail de Joanna Folivéli absolument magnifique.
sauf que voilà, je suis bien obligée de dire que j'ai été très déçue, et malheureusement sur pas mal de dimensions du livre (sur le fond, sur l'écriture, mais aussi sur l'édition). je pensais lire un poème érotique sur les lesbotrans, adressé aux meufs trans et aux lesbiennes, me voilà avec 70 pages d'un essai assez maladroit sur la transmysoginie, qui s'adresse à on ne sait pas trop qui, et 4 pages de poème.
je crois que ce texte souffre d'abord d'un problème de public. avec un tel titre, j'ai l'impression que ce sont les femmes trans et les femmes qui les aiment qui vont le lire. et si j'en crois celles que j'ai vues parler de ce livre, elles semblent effectivement majoritairement faire partie de ces deux groupes. or, là, le texte s'adresse manifestement à des gens qui ne connaissent pas ou peu les personnes trans. ça m'a beaucoup frustré : au lieu d'enfin lire un texte qui parle avec émotion et avec poésie d'un lesbianisme proche de ce que je vis, de nos corps, de comment des femmes nous aiment et nous désir, je dois lire une énième explication sur qui je suis et pourquoi si si si je suis quand même une vraie femme ? le livre s'ouvre pourtant sur la volonté de l'autrice de faire un poème sur l'amour et pas sur les femmes trans spécifiquement. elle a choisi de d'abord expliquer ce que vivent les femmes trans avant de nous faire lire ce poème, en argumentant que cela permettra de comprendre ensuite le poème comme d'abord un poème d'amour. je crois que ce n'était vraiment pas un bon choix et qu'au contraire, j'aurais aimé que ce soit le travail de ce poème qui nous fasse le voir comme un poème d'amour. dans sa structure actuelle, le texte m'a donc plutôt donné l'impression de lire le dico des femmes trans. c'est sans doute assumé, par volonté de parler des femmes trans à d'autres que nous mais soyons sérieuses : qui est le public qui va lire ce livre ?
en plus de ça, ce travail d'explication me pose sérieusement question en plusieurs endroits. j'ai été particulièrement interpellée par tout le passage qui explique plus ou moins que le stéréotype des femmes trans qui transitionnent pour violer des lesbiennes n'est pas vrai parce que… les œstros nous empêche de bander assez ?
c'est dommage, parce que le poème final en lui-même était plutôt un joli texte, et que j'aurais voulu le lire plus tôt, et en lire plus.
je crois que ce livre aurait dû être un article de blog, même si ça ne nous aurait peut être pas permis d'admirer les magnifiques illus de Joanna Folivéli qui accompagne cette lecture, et qui malgré une répartition très hasardeuse dans le livre, m'ont font vraiment me sentir dessinée et comprises.
je ne me sens pas de noter un récit si personnel mais ce qui est sûr c'est qu'il ne mérite pas toutes les houlées furieuses qu'il a pu déclencher, ça me fatigue tellement de voir à quel point les queer peuvent mutuellement se tirer dans les pattes
encore un livre lu à voix haute...... vraiment qu'attendez-vous pour ainsi kiffer la vie.......
introduction fort importante : cette critique n'a pas d'autre vocation que de me permettre de garder une trace de ce que j'ai pensé de mes lectures. je ne pense pas que floralie resa soit une ennemie ni qu'elle mérite aucunement le harcèlement qu'elle a subi et qu'elle continue à subir et à mon avis, le livre a catalysé des animosités qui préexistaient. si vous êtes floralie resa, si vous voulez ou avez une relation à floralie resa en tant que personne, ne lisez pas cette critique, je donne mon avis sur un texte publié.
cependant. ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des critiques légitimes à faire à ce texte.
j'aurais pas appelé ça un poème. c'est un billet, un essai peut-être, je sais pas trop comment appeler ce texte sans direction claire. mais un poème, ça atteint un peu les limites de mes possibilités littéraires. on peut faire des poèmes théoriques. on peut faire des poèmes didactiques. on peut faire des poèmes avec des introductions et des notes de bas de page. mais là, c'est pas un poème. du coup, les sublimes illustrations de johanna foliveli sont très déconnectées du texte.
la cible n'est pas claire du tout. c'est très étrange d'appeler un livre avec un titre aussi évocateur et ensuite d'expliquer la transidentité pas à pas comme si les gens qui allaient le lire n'avait jamais parlé à une personne trans de toute leur vie.
c'est quasiment uniquement une grande prétérition : je ne veux pas faire un texte sur la transidentité, mais je vais faire une intro didactique sur la transidentité qui fait la moitié du livre. je ne veux pas faire un tuto pour draguer des meufs trans, mais voilà comment je drague. l'autrice a tellement envie de bien faire, de ne pas donner le flanc ni aux critiques qui la trouveraient fétichistes ni aux fétichistes qui voudraient se reconnaitre en elle, qu'elle fait un texte qui consiste plus à se défendre qu'autre chose, et sincèrement, les parties didactiques sont bien plus fétichisantes que les passages où elle parle des femmes qu'elle aime et a aimé.
il y a aussi des passages argumentatifs assez maladroits, pour le dire très gentiment, par exemple quand elle essaie de démonter l'argument transphobe qui dit que "les femmes trans veulent violer des lesbiennes".
finalement, ce livre parle peu de son amante. c'est très foutraque, ça part dans tous les sens, et pas forcément pour le meilleur. je pensais lire un texte tendre sur l'amour, j'ai lu une liste de toutes les choses transmisogynes qui veulent nous empêcher d'aimer les meufs trans, et ça ne m'a pas fait passer un bon moment. je crois que floralie resa a des vraies choses à dire, des vrais poèmes à écrire sur son amour des meufs, et que j'aurais préféré lire ça.
ce dont ce texte manque en vérité, c'est d'une éditeurice qui aurait su faire naître ce qui se dessine en creux de ce billet de blog imprimé. parce que les pages qui parlent de ce dont elle a vraiment envie de parler, bien que peu nombreuses, sont prometteuses, vraiment. repartir de ça, creuser autour, écrire un poème qui existe et qui brille et qui sculpte et montre ce qu'il a au cœur, ça aurait pu atteindre cette grâce, cette beauté, cette transgression aussi, et ça se serait justifié par sa propre existence, plutôt que de se justifier en citant Hugo, Wittig, et des chercheureuses. parce qu'elle avait pour de vrai des choses à dire, quand bien même je ne résonne pas avec tout voire je suis franchement pas d'accord.
ma punchline méchante pour la fin : not really fétichisant, not really not fétichisant, but a secret third thing (pas bien écrit).
Un livre qui a fait beaucoup de bruit dans les milieux trans en ligne, notamment sur la question "qui a le droit de parler de quoi ?". A titre personnel, ma vision de la queerness n'implique pas de forger des cases rigides et de les essentialiser. Je pense aussi qu'il est possible d'apprécier et d'avoir de l'admiration pour des vécus et même des corps spécifiques sans que cela soit automatiquement de la fétichisation. Le monde est nuancé, et ce n'est pas aussi simple que gentille meuf trans au regard pur sur le corps de ses soeurs et vilaine chaseuse fétichisante.
Pour autant, au-delà du discourse, est-ce que c'est un bon livre ? Un peu. Je crois qu'il sera parfait à faire lire à des cissexuels paumés qui voudront relationner avec des personnes trans sans trop savoir comment s'y prendre et avec une volonté de bien faire, car beaucoup de choses y sont très simplistes. Perso, je n'étais pas la cible et c'est pas très grave.
Sans doute qu'on s'en carre un peu de mon avis au vue de la série de débats houleux née de cette très fraîche publication.
Ce n'était pas une lecture, puisque j'ai écouté la performance d'Alice Manuel Lopez Djebli disponible sur Soundcloud. La présentation a pour contexte de précédentes crispations côté TERF.
La question de la position de sa voix dans le domaine artistique et médiatique me tourne autour en ce moment (ou plutôt l'inverse) et forcément là ça me remplit d'interrogations. Et à chaud, c'est ça qui me reste.
Comment parler de sa sexualité quand elle touche d'autres corps que le sien (quand bien même ils sont aimés) ? Comment créer des collaborations justes à propos de discriminations et violences qui ne nous concernent pas, mais qui nous préoccupent ? Quand devient-il en vérité impératif de crier son amour ? Etc, etc.
Je ressens tellement d'amour et d'infini dans le poème final, amour qui doit beaucoup dû à la lecture de l'actrice. Mais encore une fois, peut-être qu'on s'en carre pas un peu de mon avis ?
Un texte très important qui comble un manque dans la littérature néo-féministe. Cet ouvrage souligne l'importance d'inclure les identités transfems et la cohérence de celles-ci dans ces luttes. L'écriture est à la fois sensible et très accessible. Elle évite les lourdeurs théoriques pour se concentrer sur l'essentiel : le désir et la beauté.
Les illustrations de Joanna Foliveli sont vraiment magnifiques !
un texte précis, sensible et charnel, indispensable pour la révolution et la libération des corps par et au-delà des genres, des amours et des sexualités. à offrir à tous.tes vos ami.es lesbien.nes, bi.es, fem, meufs, trans, cis, non-binaires, partenaires, crush, ex, queer.
Un texte très beau qui m'a choquée parfois, émue beaucoup, sans doute également grâce aux magnifiques illustrations qui l'accompagnent. Au delà du titre un peu trash, c'est un texte très doux qui parle de tellement plus que de sexe.
Écouté la version audio, j'aime beaucpup la vulnérabilité de l'autrice dans son écriture, certains passages un peu long à mon goût mais une très bonne expérience générale ❤️
J'apprécie aussi la mise en contexte de l'écriture et la réception de ce poème avant sa lecture