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Une Minute de silence

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Le 17 novembre 2008, à l’Assemblée nationale, une minute de silence est observée en hommage à Jean-Marie Demange, député de la neuvième circonscription de Moselle. Quelques heures plus tôt, l’ancien maire de Thionville a pourtant tué son ex-maîtresse, Karine Albert, d’une balle dans la tête, avant de retourner l’arme contre lui. Mais, à la tribune, rien ne filtre de cette tragédie donnée en place publique, depuis le balcon d’un appartement. Dix-sept ans plus tard, Sophie Loubière enquête sur ce drame tombé dans l’oubli. Dans sa quête de vérité, elle replonge dans une époque où le mot « féminicide » n’existait pas encore, retrace les faits, recueille des témoignages et dissèque les fragilités personnelles du meurtrier, ainsi que les mécanismes sociaux et politiques qui ont rendu son geste possible. De son écriture sensible et poignante, Sophie Loubière rompt le silence. Oscillant entre l’intime et le collectif, son ouvrage offre une contribution puissante et nécessaire à notre compréhension des violences faites aux femmes et souligne la nécessité de travailler à la prévention du crime. « Une Minute de silence est un récit captivant, non seulement sur le meurtre et les événements qui y ont mené, mais aussi sur le silence qui a suivi, un "silence" qui a duré bien plus qu’une minute. » Thomas H. Cook

210 pages, Kindle Edition

Published April 2, 2025

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Sophie Loubière

54 books17 followers

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Profile Image for Sonia Pupier Goetz.
856 reviews36 followers
December 5, 2025
Un hommage ambigu devenu enquête littéraire

Le 17 novembre 2008, une minute de silence est observée à l’Assemblée nationale en mémoire de Jean-Marie Demange, député de la Moselle. Ce jour-là, personne ne mentionne le drame qui vient de se produire : quelques heures plus tôt, l’ancien maire de Thionville a abattu son ex-maîtresse, Karine Albert, avant de retourner l’arme contre lui. La République rend hommage à un homme, sans nommer la femme qu’il a tuée.

Dix-sept ans plus tard, Sophie Loubière, décide de rouvrir cette blessure collective. « Une minute de silence » n’est pas un roman mais une enquête littéraire, nourrie d’archives, de témoignages et d’une réflexion profonde sur la mémoire, la justice et la responsabilité des institutions. Sophie redonne une voix à celle que l’histoire a effacée et dénonce le silence plus vaste encore qui entoure les féminicides.

Ce qu’il faut aussi souligner, c’est que « Une minute de silence » n’est pas une enquête journalistique visant à résoudre une énigme, mais bien l’interprétation de Sophie Loubière, sa manière de revisiter un drame collectif à travers son regard et sa sensibilité.
Elle reconstitue, cherche à comprendre, mais ne prétend jamais détenir la vérité.
On ressort de cette lecture avec sa vision des faits, son ressenti, et non avec des certitudes.
Dix-sept ans après, le mystère reste entier : on ne sait toujours pas ce qui a réellement motivé le meurtre de Karine Albert, ni le geste ultime de Jean-Marie Demange.
C’est peut-être d’ailleurs cette part d’inconnu qui rend le livre si troublant ; cette impossibilité de tout expliquer, même avec la meilleure volonté du monde.

Une lecture particulièrement marquante pour moi

Cette lecture a eu une résonance très particulière : je suis native de Thionville. J’ai connu Jean-Marie Demange, comme beaucoup d’habitants de la ville. J’ai vécu à distance, mais non sans émotion, la sidération qu’a provoquée ce drame.
Lire ce livre, c’est donc replonger dans une mémoire locale douloureuse, dans un épisode que la ville a préféré taire ou oublier.

Sophie Loubière, elle aussi originaire de la région, parvient à rendre à cet événement toute sa complexité, sans complaisance, sans caricature. Son regard n’est ni celui d’une étrangère, ni celui d’une juge : c’est celui d’une femme qui cherche à comprendre comment une communauté, une institution et un pays peuvent continuer à vivre avec un tel silence.

Une enquête humaine et nécessaire

Sophie mène son travail avec une rigueur journalistique et une écriture profondément littéraire. En ouverture, elle propose un plan des lieux, comme pour ancrer son récit dans le concret, situer chaque élément dans cette géographie du drame. Un plan qui devient presque un symbole de son approche : revenir sur les pas du passé, jusqu’à ce balcon où tout s’est joué.

Elle déconstruit l’idée commode de drame passionnel et replace les faits dans leur réalité : un féminicide. En questionnant la mémoire politique et médiatique, elle met à nu le paradoxe d’une société qui honore un meurtrier tout en oubliant sa victime. Ce livre ne juge pas, il cherche à comprendre et c’est justement ce qui lui donne toute sa force.

Une auteure qui se livre aussi

Ce qui rend cette enquête encore plus touchante, c’est la manière dont Sophie se met elle-même en jeu. Loin d’une enquête froide, elle tisse des liens entre sa propre histoire et celle de la famille Demange, évoquant avec pudeur ses souvenirs d’enfance et les échos familiaux que ce drame réveille en elle.

Elle parle notamment de son frère aîné, de la fragilité des liens, des silences qu’on porte en soi. Ce parallèle intime vient donner une épaisseur émotionnelle à son travail d’enquête. Sophie ne s’efface pas derrière le récit : elle avance avec ses propres failles, ses questionnements et cette sincérité rend le texte incroyablement juste.

Une plume sobre, habitée, profondément digne

On connaît Sophie Loubière pour ses thrillers psychologiques, mais ici, elle signe un texte d’un autre ordre : une œuvre de vérité.
Sa plume est sobre, claire, toujours pudique. Chaque mot semble pesé. On sent derrière la journaliste, la femme et la citoyenne : celle qui refuse d’accepter que l’histoire soit écrite par les seuls vainqueurs ou les plus puissants.

En fin d’ouvrage, elle propose une série de photographies, à la fois documentaires et sensibles, qui prolongent le texte par l’image. Ces clichés, discrets mais puissants, referment le livre sur une impression de silence réel, tangible, celui des lieux, des visages, des absences.

L’écho d’un échec

« Une minute de silence », c’est aussi la vision tragique d’un homme incapable d’affronter sa chute, pour qui l’échec social et personnel équivaut à une condamnation. Au-delà de ce destin individuel, Sophie nous pousse à réfléchir : dans une société qui glorifie la réussite, avons-nous encore le droit d’échouer sans perdre notre dignité ? Sophie ne cherche pas à excuser, mais à comprendre ce que le silence autour de l’échec,qu’il soit personnel, familial ou politique, peut engendrer de destructeur.

« L’échec, quels que soient la manière, le jour et l’heure où il survient, est une sentence dont on ne se relève pas. »

Une lecture qui remue la mémoire

Cette lecture m’a bouleversée, inutile de vous le dire.
Parce qu’elle ravive des souvenirs ancrés dans ma ville natale, parce qu’elle met des mots sur un malaise collectif et parce qu’elle replace enfin Karine Albert au centre du récit.
J’ai ressenti une colère calme, une forme de tristesse lucide, mais aussi une immense reconnaissance envers Sophie pour ce travail de mémoire.

Elle écrit pour réparer symboliquement une injustice : celle d’une femme doublement effacée, par la mort, puis par l’oubli.
Un message essentiel

À la fin du livre, Sophie rappelle aussi l’importance de parler de la détresse et du suicide, des drames intimes qui précèdent parfois l’irréparable.
Si vous ou quelqu’un de votre entourage traverse une période difficile, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est accessible 24h/24 et 7j/7, gratuitement et en toute confidentialité.

Après le silence

« Une minute de silence » est bien plus qu’une enquête : c’est un acte de mémoire et d’humanité, une réflexion sur la fragilité et un hommage rendu à la victime oubliée.

Pour moi, cette lecture a eu une résonance intime : elle m’a ramenée à Thionville, à une époque et à des visages, mais aussi à la nécessité de nommer les choses, même celles qui dérangent.
Sophie, avec pudeur et force, nous rappelle que parler, c’est déjà réparer.

Un livre fort, sincère et profondément humain.
Je le recommande, pour ce qu’il raconte, mais surtout pour ce qu’il révèle de nous.

« L’élu déchu s’offre une dernière apparition fracassante, comme un baroud d’honneur adressé aux électeurs. C’est le premier décryptage que je fais de ce féminicide : une mise à mort en place publique, digne d’un tribun. »

#Uneminutedesilence #SophieLoubière #DarkSide
Profile Image for The Reading Bibliophile.
938 reviews57 followers
December 11, 2025
Remarquable.
Comme une lectrice l'a écrit, ce livre est un geste de réparation.
J'ajouterais qu'il n'est pas une chronique d'un féminicide annoncé, mais celui du drame de la masculinité toxique qui se joue dès l'enfance.
Pour qu'enfin les femmes cessent de périr par la main des hommes.
Profile Image for Litote.
653 reviews10 followers
April 17, 2025
Dans Une minute de silence, Sophie Loubière revient sur un fait divers dramatique presque oublié : le 17 novembre 2008, Jean-Marie Demange, député de Moselle, tue sa compagne Karine avant de se donner la mort. À l’Assemblée nationale, une minute de silence lui est dédiée. Aucun hommage n’est rendu à Karine, sa maîtresse, un silence révélateur. Ce silence, justement, devient le point de départ d’un travail d’enquête et de mémoire.
Loin d’un simple fait divers, c'est une véritable plongée dans les méandres d’une affaire aux résonances politiques, psychologiques et humaines. À travers témoignages, recherches, et analyses fouillées, elle reconstitue les faits tout en interrogeant notre rapport à la mémoire, à la violence, et à la justice. Ce livre n’est pas qu’une enquête : c’est un geste de réparation.
À travers ce récit à la croisée du roman, du documentaire et du journal intime, l’autrice interroge les zones d’ombre d’une affaire longtemps passée sous silence. Elle redonne à la victime sa place dans l’histoire, sans jamais trop en faire. Archives de presse, témoignages, reconstitution des faits : le travail est colossal. Cela n'empêche pas l'autrice d'y insuffler une chaleur, une humanité rare. Elle ne se contente pas de retracer l’affaire, elle l’incarne, la vit, la questionne, y mêle ses propres résonances intimes.
La construction du récit, en cinq parties, permet de mieux comprendre les engrenages à l’œuvre : le poids d’une éducation violente, la fragilité mentale, l’abus de pouvoir, l’effacement de la victime. On tente ici de comprendre comment un homme public a pu commettre l’irréparable – et pourquoi cela n’a pas fait davantage de bruit. Sophie Loubière signe un ouvrage fort qui bouscule et interroge. Une lecture marquante, qui mérite bien plus qu’une minute d’attention. Bonne lecture.
https://latelierdelitote.canalblog.co...
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