Ancien journaliste, auteur chez Fayard de J'ai débranché (2012), le récit d'un burn-out numérique, Thierry Crouzet a été l'un des premiers internautes français. Il a publié près d'une trentaine de guides de vulgarisation, vendus à plus de 300000 exemplaires. Depuis la sortie du Peuple des connecteurs (2006), il décrypte sur son blog l'influence politique et littéraire des nouvelles technologies. Dans La quatrième théorie (2013), un James Bond oulipien, il met en scène ses idées à coups de tweets.
Ni hommes, ni femmes… ou les deux à la fois, ou quelque chose d’avant cette division. Ils s’aiment… ou ils se haïssent. Ils deviennent lumineux. À mesure qu’ils se rapprochent, les contours cèdent, les identités se troublent, et bientôt il n’y a plus ni origine ni frontière… Ils sont deux, puis un, puis davantage encore, comme si le nombre lui-même renonçait à les contenir.
Le monde, lui, angoisse. Fasciné, d’abord… car il y a dans ces corps une vertige, une réalité nouvelle. Puis inquiet. Puis hostile. Car ce qui ne se nomme pas dérange, et ce qui échappe aux formes connues menace tout l’édifice des certitudes.
Leur amour a la brûlure poétique de Sappho, une langue du manque et de l’excès, où l’on ne sait plus si l’on désire ou si l’on disparaît dans le désir. Quelque chose a une identité qui se défait au contact de l’autre, une émotion infinie dans un seul corps.
Mais ici, nul retour en arrière possible. Là où Orphée se retourne et perd Eurydice, condamné à la distance, eux ne perdent rien. Car ne jamais se perdre, c’est ne jamais se retrouver. Ils abolissent l’écart, et avec lui le désir lui-même, une présence extraordinaire. Une beauté sans norme, une séduction sans catégorie.
Alors ils vivent, étrangers parmi les hommes. Le monde n’a pas été pensé pour eux…et c’est peut-être pour cela qu’ils l’habitent autrement, comme un espace à réinventer. Que reste-t-il de nous, lorsque disparaissent les limites qui nous définissent ?