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Sous nos regards: Récits de la violence pornographique
Ce sont des femmes que tout le monde regarde mais que personne ne veut voir et encore moins entendre. Elles sont parties civiles dans deux procès majeurs qui doivent se tenir en France, ceux des affaires « French Bukkake » et « Jacquie et Michel ». Pour la première fois, les organisateurs, producteurs et acteurs de la violence pornographique seront jugés pour un système d’exploitation et de domination des femmes, de violences sexistes, racistes et classistes : traite d’êtres humains en bande organisée, proxénétisme, viols en réunion, violence, chantage, menaces.
Des dizaines de femmes ont porté plainte. Quinze autrices sont allées à leur rencontre pour raconter leurs histoires. Chacune à leur façon, elles disent à la fois leur résistance farouche et la violence qui continue longtemps après les tournages.
Préfaces de Christelle Taraud et Lorraine de Foucher.
Récits de Marine Bachelot Nguyen, Béatrice Bienville, Adélaïde Bon, Nadège Cathelineau, Agathe Charnet, Pauline Delabroy-Allard, Ixchel Delaporte, Hélène Devynck, Diaty Diallo, Karima El Kharraze, dalie Farah, Carole Fives, Alice Géraud, Myriam Leroy et Agnès Vannouvong.
Les droits d'autrices et les bénéfices générés par la vente de ce livre sont reversés à la Fondation des Femmes, afin de soutenir les associations qui aident les victimes des violences pornocriminelles.
Des dizaines de femmes ont porté plainte. Quinze autrices sont allées à leur rencontre pour raconter leurs histoires. Chacune à leur façon, elles disent à la fois leur résistance farouche et la violence qui continue longtemps après les tournages.
Préfaces de Christelle Taraud et Lorraine de Foucher.
Récits de Marine Bachelot Nguyen, Béatrice Bienville, Adélaïde Bon, Nadège Cathelineau, Agathe Charnet, Pauline Delabroy-Allard, Ixchel Delaporte, Hélène Devynck, Diaty Diallo, Karima El Kharraze, dalie Farah, Carole Fives, Alice Géraud, Myriam Leroy et Agnès Vannouvong.
Les droits d'autrices et les bénéfices générés par la vente de ce livre sont reversés à la Fondation des Femmes, afin de soutenir les associations qui aident les victimes des violences pornocriminelles.
- GenresNonfictionFeminism
286 pages, Kindle Edition
Published April 11, 2025
About the author
Various
1,362 followersVarious is the correct author for any book with multiple unknown authors, and is acceptable for books with multiple known authors, especially if not all are known or the list is very long (over 50).
If an editor is known, however, Various is not necessary. List the name of the editor as the primary author (with role "editor"). Contributing authors' names follow it.
Note: WorldCat is an excellent resource for finding author information and contents of anthologies.
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Community Reviews
Displaying 1 - 8 of 8 reviews
September 3, 2025
une lecture difficile aux vues des horreurs qu’ont subies et subissent encore ces femmes et qu’elles ont eues le courage de livrer.
on voit vraiment que tout ou presque se joue à l’enfance et selon la prise en compte et en charge des violences subies
« C'est évidemment là que cette affaire prend sa source. Les abus de l'enfance brouillent les radars de l'âge adulte. C'est à cause des loups rencontrés petites que les grandes acceptent les bonbons des inconnus. »
on voit vraiment que tout ou presque se joue à l’enfance et selon la prise en compte et en charge des violences subies
« C'est évidemment là que cette affaire prend sa source. Les abus de l'enfance brouillent les radars de l'âge adulte. C'est à cause des loups rencontrés petites que les grandes acceptent les bonbons des inconnus. »
April 29, 2026
(J’ai pas lu cette édition mais la version poche sortie chez Points, mais il y a 3 entrées différentes sur goodreads pour le même ouvrage donc je mets la plus logged -> je précise parce que la numérotation des pages ne sera donc pas la même) (ça va être très long, très brouillon, très beaucoup de fautes d’orthographe mais c’est pour moi et pour essayer de résumer) (Je rajoute que goodread ce site de merde a supprimé la moitié de ma review et oui c’est ma faute parce que j’avais pas enregistré mais mon seum est incommensurable, je travaille demain et il est 1h ptn, et donc il y a des raccourcis et des trous tant pis)
-> les 5 étoiles sont symboliques je me permettrais pas de noter des témoignages, même si ici ils sont retranscrits par une personne tierce
Bon. C’était écrit noir sur blanc et pourtant j’ai d’abord cru qu’il s’agirait d’un recueil de textes sur l’industrie du porno à « plus grande échelle », plus généralisés et un peu plus essayistes. En réalité on est mis face à une quinzaine de témoignages de victimes de deux sites pornographiques mis en examen (French Bukkake & Jacquie et Michel), victimes qui se sont associées à des autrices et/ou journalistes pour témoigner.
Le propriétaire du site F.B. Pascal Ollitrault et ses associés (+l’ancien propriétaire de Jacquie et Michel en qualité de complice) ont été mis en examen pour viols, viols en réunion, proxénétisme et traite d’être humain, avec circonstances aggravantes de sexisme et de racisme. (Concernant le site Jacquie et Michel : l’enquête n’a pour l’instant pas atteint le même stade de maturité judiciaire que F.B.)
Après une préface très intéressante de Christelle Taraud (qui devrait d’ailleurs prochainement sortir un livre plus complet sur la pornographie à La découverte) sur les dangers du porno ajd surtout après la « révolution des années 2000 » et l’accélération de la violence puisqu’il y a une tolérance qui se construit (Gail Dines : “Les images d’aujourdhui deviennent si extrêmes que les contenus considérés comme hardcore il y a quelques années à peine sont désormais banals dans le porno.”) + une désensibilisation à la violence ainsi qu’une intégration dans les mœurs et dans l’imaginaire collectif + l’utilisation du porno comme un prétexte pour faire souffrir les femmes («Le viol n’est pas une conséquence néfaste de ces vidéos, mais plutôt : les vidéos de F. B. étaient réalisées pour violer.») -> bcp de ces femmes ont eu du mal à reconnaître et à faire reconnaître leur.s viol.s (une femme qui tourne dans un porno qui dit qu’elle s’est faite violer se fait rire à la figure, puisque le sexe est supposément son métier) et qu’elles ont pour bcp été obligées de consentir sans pouvoir le prouver (exhibit a. elles n’ont pas signé de contrat mais une cession de droit à l’image, ce qui est illégal).
S'ensuit une préface de Lorraine de Foucher, une des journalistes chargés de l’affaire (qui a également suivi l’affaire Mazan) qui est une une analyse plus détaillée des cas F.B. et Jacquie Michel, et qui nous prépare à l’horreur des témoignages qui vont suivre. On apprend que Pascal OP (le propriétaire de F. B.) a bénéficié de l’aide d’un de ses fans, Julien Dhaussy, qui se faisait passer sur les réseaux pour une femme du nom d’Axelle. Il se rapprochait de jeunes femmes en situation précaire, avec lesquelles il nouait une amitié factice et les manipulait petit à petit afin de les convaincre de tourner dans « des vidéos discrètes, raffinées, et diffusées exclusivement au Canada ». Parfois ces femmes sont sous l’emprise d’un autre homme qui entre directement en contact avec J. Dhaussy et ils organisent à eux deux son viol.
Bien sûr pas de scène « discrète et raffinée » mais des viols non protégés en groupe qui durent des heures, et pas « d’exclusivité pour le Canada » mais des vidéos diffusées et rediffusées en masse qui, une fois postées sur internet, ne peuvent plus y disparaître. En plus de ce traumatisme, et pour rajouter à l’humiliation, ces femmes sont peu voire pas payé, et doivent au contraire payer Pascal OP lorsqu’il les fait chanter pour effacer les vidéos (ce qui ne changera rien puisqu’une fois qu’une vidéo est postée sur ces serveurs il est trop tard, elle finira de toute façon par réapparaître). Ces femmes sont également violées par ces mêmes hommes en dehors du « tournage », lorsqu’elles rencontrent J. Dhaussy pour la première fois, lorsqu’elles essayent de prendre une douche après ce viol en masse, lorsqu’elles repartent accompagnées de ce lieu inconnu (un hangar, une maison de banlieue, un hôtel) ou sont violées continuellement par des hommes qui les prostituent et dans des relations dont elles ne peuvent pas s’échapper, parfois littéralement, comme Amélie qui témoigne ici et qui a été séquestrée pendant des semaines : “Peter a ensuite refermé la porte, gardant la clé sur lui, comme à son habitude. Il me séquestrait. (p.147)” ou Emilie : “Ce n’était pas du porno, et Emilie n’était pas une actrice. Une actrice n’est pas tenue de dormir avec un partenaire, avec le réalisateur. La séquestration ne fait pas partie du contrat. Une actrice joue, simule, fait semblant : ici, la violence est réelle, féroce (p.191)”.
Je ne vais pas décrire ici les viols (qualifiés de « viols d’abattage ») que ces femmes ont subis et que certaines évoquent en détail, mais je pense que c’est très important de les lire et d’être mis face à ce qu’elles ont vécu (je sais que ça fait phrase bateau dit comme ça, mais je n’avais pas réalisé avant d’ouvrir le livre quelle horreur m’attendait à l’intérieur, probablement parce que j’associais le mot « porno » avec « violence » et je pensais surtout aux violences sur l’imaginaire collectif et dans nos vies sexuelles et à son impact/participation à la montée du masculinisme et du sexisme, et sur la fetishisation (anglicisme) des actrices porno, mais sans chercher à réfléchir plus loin sur la toute première violence qui est vécue, et qui est celle de la femme qui apparaît dans ces vidéos).
Il faudrait aussi revenir plus en détail sur toutes les séquelles psychiques et psychologiques subies ainsi que les séquelles physiques (des conséquences neurologiques, des paralysies, des déchirures vaginales et anales, des prolapsus : “on trouve des gros plans sur des femmes dont l’anus a été si mutilé que leurs intestins sont à l’extérieur du corps (p.93)”).
Sur l’après et ses conséquences : « Après les viols, le meurtre social » raconte S. « Je ne voulais pas que des gens se masturbent sur ma scène de viol, où j’étais souillée et humiliée.»
Noëlie : « Quand je serais morte, il y aurait encore des gens pour se masturber sur mon calvaire (à propos de la cession de droit à l’image qui dure 99 ans et qui n’est pas valable comme contrat de travail !! mais qui ont découragé certaines à porter plainte plus tôt, et ont freiné les démarches juridiques) »
Mélanie : « Dès le lendemain, les vidéos tournent sur toutes les plateformes, ils m’y violent encore et à jamais, et chaque jour des centaines de types me violent par procuration, jouissent dans leurs paumes moites et passent à autre chose. »
Amélie : “Viol qui ne cesse de recommencer à chaque fois que je croise le regard d’un de ces porcs […] Depuis je n’ai plus de vie sociale. Où que j’aille, quoi que je fasse, on finit par me reconnaître. À croire que la France entière regarde du porno. Que ce soit à l’école ou sur les lieux de travail, le harcèlement est tel que soit je suis obligée de partir, soit je suis licenciée [...] Ça fait douze ans que ça dure. Douze ans, dix-huit déménagements, autant de villes différentes, une vingtaine d’emplois et, à chaque fois, tout recommencer.”
Émilie : « […] des difficultés à faire face à la vie de tous les jours, quand tant de gens vous ont vu être agressée et ont visionné ces images avec plaisir et envie, nos patrons, nos collègues, notre boulanger…»
Niya : « J’ai le sentiment de me sentir toute nue en permanence et de devoir vivre à travers le regard des autres […] Je dis toujours TOUT aux personnes de mon entourage, TOUT, presque comme si je leur demandais leur consentement pour me fréquenter. »
Lorraine de Foucher : “Une épidémie d'envie de mourir frappe les victimes. Quelle autre société de production génère autant de tentatives de suicide ? Quelle société de production générant autant de tentatives de suicide n'aurait-elle pas été l'objet immédiat d'une enquête afin d'être régulée ou interdite? Peut-on imaginer une usine ou une entreprise dont autant d'ouvriers ou d'employés tenteraient de se suicider dans l'indifférence générale ?”
Toutes ces femmes sont des proies victimes d’un système « de prédation organisée (p.211)», d’un « réseau structuré permettant l’exploitation des actrices victimes (p.57)». La plupart d’entre elles ont été conditionnées depuis l’enfance à subir et accepter une violence sexiste et sexuelle. Après le premier abus, c’est un engrenage du pire qui se met en place.
Loubna : “Loubna est placée en foyer à Paris, puis en famille d'accueil jusqu'à sa majorité. La famille d'accueil, c'est pas mieux. Les coups de martinet. Les coups tout court. Le placard. Et puis Michel, l'ami de la famille d'accueil. Elle avait onze ou douze ans. Si elle avait parlé, personne ne l'aurait crue. Michel est marié. Il est gentil. Il est respecté. Tout le monde l'adore. Mais il viole Loubna. L'adolescence qui suit est compliquée. Séjours en internat psychiatrique. À dix-huit ans, le peu d'État disparaît pour ces enfants-là, Loubna se retrouve à la rue. Elle vit dans une cage d'escalier, à côté des studios de cinéma de Saint-Denis. Dans des squats à Paris. Les viols dans les squats, elle ne les a pas comptés. « C'est arrivé.» Loubna me raconte sa vie de violences, et soudain s'interrompt, inquiète de savoir si je peux comprendre.«Tu sais, quand t'as l'habitude qu'on te fasse du mal, tu crois que n'importe quelle violence, c'est normal.»”
S. : “Plus tard [sa mère] sera condamnée par la justice, pour abandon d'enfants, incitation au suicide et blanchiment d'argent. Pour le moment, S. entend les ébats de sa mère avec ses amants, la porte de la chambre n'est jamais fermée. Frappée par l'un d'entre eux, elle fait une fugue, revient. Puis quand elle a dix-sept ans, sa mère la jette dehors.”
Mélanie : “Je dois vous parler de mon deuxième petit ami, Joost. J'ai treize ans, il en a dix-sept. De peur qu'il me quitte, je couche avec lui. Pendant le sexe, il m'insulte, me crache dessus, m'humilie, m'étrangle, me frappe. Il me dit : C'est normal, c'est du sexe. Une nuit, ça va trop loin, je le supplie, je le repousse. Il me viole.”
Amélie : “Tout ça n’est pas arrivé par hasard, j’imagine. Ce piège ne s’est sûrement pas refermé sur moi par hasard. Mon enfance me destinait à rencontrer des bourreaux, à être entraînée dans ce genre de réseaux. J’ai subi mon premier viol à seize ans. Lui avait quarante-deux ans. [...] Pendant ce temps, il avait aussi une relation extra-conjugale avec ma mère…Je viens d’une famille tellement dysfonctionnelle… comment dire ? j’étais une proie toute désignée. Ma mère elle-même est née d’un viol. Pour la punir de n’être pas sa fille biologique, son père lui a fait subir l'inceste.”
Emilie : “Tout a commencé dans l’enfance, lorsque Emilie a été incestée par son père. [...] Les abus de l’enfance brouillent les radars de l'âge adulte. C’est à cause des loups rencontrés petites que les grandes acceptent les bonbons des inconnus.”
Pauline & Noëlie : “Le premier viol a cassé les résistances. Quand vous avez cédé une première fois, l’escalade du pire peut commencer.”
Toutes ces femmes vivent dans une société où elles ne sont pas protégées, une société qui fait la « guerre contre les femmes (p.47) », qui jouit du porno, et qui est donc « une société malade de violence misogyne (p.93) ». « Les hommes se sentent plus forts que tout le reste du monde et pourtant ils agissent comme si les femmes étaient leurs adversaires (p.225) ».
Niya : « Un policier, un jour, me fait du chantage au casier pour me forcer à avoir une relation avec lui. Du sexe ou un casier (p.223) »
Claire : « Quand des policiers débarquent au beau milieu d’une soirée, pour éviter la garde à vue, Claire devra faire une fellation au commissaire de police (p.108) »
ok
-> les 5 étoiles sont symboliques je me permettrais pas de noter des témoignages, même si ici ils sont retranscrits par une personne tierce
Bon. C’était écrit noir sur blanc et pourtant j’ai d’abord cru qu’il s’agirait d’un recueil de textes sur l’industrie du porno à « plus grande échelle », plus généralisés et un peu plus essayistes. En réalité on est mis face à une quinzaine de témoignages de victimes de deux sites pornographiques mis en examen (French Bukkake & Jacquie et Michel), victimes qui se sont associées à des autrices et/ou journalistes pour témoigner.
Le propriétaire du site F.B. Pascal Ollitrault et ses associés (+l’ancien propriétaire de Jacquie et Michel en qualité de complice) ont été mis en examen pour viols, viols en réunion, proxénétisme et traite d’être humain, avec circonstances aggravantes de sexisme et de racisme. (Concernant le site Jacquie et Michel : l’enquête n’a pour l’instant pas atteint le même stade de maturité judiciaire que F.B.)
Après une préface très intéressante de Christelle Taraud (qui devrait d’ailleurs prochainement sortir un livre plus complet sur la pornographie à La découverte) sur les dangers du porno ajd surtout après la « révolution des années 2000 » et l’accélération de la violence puisqu’il y a une tolérance qui se construit (Gail Dines : “Les images d’aujourdhui deviennent si extrêmes que les contenus considérés comme hardcore il y a quelques années à peine sont désormais banals dans le porno.”) + une désensibilisation à la violence ainsi qu’une intégration dans les mœurs et dans l’imaginaire collectif + l’utilisation du porno comme un prétexte pour faire souffrir les femmes («Le viol n’est pas une conséquence néfaste de ces vidéos, mais plutôt : les vidéos de F. B. étaient réalisées pour violer.») -> bcp de ces femmes ont eu du mal à reconnaître et à faire reconnaître leur.s viol.s (une femme qui tourne dans un porno qui dit qu’elle s’est faite violer se fait rire à la figure, puisque le sexe est supposément son métier) et qu’elles ont pour bcp été obligées de consentir sans pouvoir le prouver (exhibit a. elles n’ont pas signé de contrat mais une cession de droit à l’image, ce qui est illégal).
S'ensuit une préface de Lorraine de Foucher, une des journalistes chargés de l’affaire (qui a également suivi l’affaire Mazan) qui est une une analyse plus détaillée des cas F.B. et Jacquie Michel, et qui nous prépare à l’horreur des témoignages qui vont suivre. On apprend que Pascal OP (le propriétaire de F. B.) a bénéficié de l’aide d’un de ses fans, Julien Dhaussy, qui se faisait passer sur les réseaux pour une femme du nom d’Axelle. Il se rapprochait de jeunes femmes en situation précaire, avec lesquelles il nouait une amitié factice et les manipulait petit à petit afin de les convaincre de tourner dans « des vidéos discrètes, raffinées, et diffusées exclusivement au Canada ». Parfois ces femmes sont sous l’emprise d’un autre homme qui entre directement en contact avec J. Dhaussy et ils organisent à eux deux son viol.
Bien sûr pas de scène « discrète et raffinée » mais des viols non protégés en groupe qui durent des heures, et pas « d’exclusivité pour le Canada » mais des vidéos diffusées et rediffusées en masse qui, une fois postées sur internet, ne peuvent plus y disparaître. En plus de ce traumatisme, et pour rajouter à l’humiliation, ces femmes sont peu voire pas payé, et doivent au contraire payer Pascal OP lorsqu’il les fait chanter pour effacer les vidéos (ce qui ne changera rien puisqu’une fois qu’une vidéo est postée sur ces serveurs il est trop tard, elle finira de toute façon par réapparaître). Ces femmes sont également violées par ces mêmes hommes en dehors du « tournage », lorsqu’elles rencontrent J. Dhaussy pour la première fois, lorsqu’elles essayent de prendre une douche après ce viol en masse, lorsqu’elles repartent accompagnées de ce lieu inconnu (un hangar, une maison de banlieue, un hôtel) ou sont violées continuellement par des hommes qui les prostituent et dans des relations dont elles ne peuvent pas s’échapper, parfois littéralement, comme Amélie qui témoigne ici et qui a été séquestrée pendant des semaines : “Peter a ensuite refermé la porte, gardant la clé sur lui, comme à son habitude. Il me séquestrait. (p.147)” ou Emilie : “Ce n’était pas du porno, et Emilie n’était pas une actrice. Une actrice n’est pas tenue de dormir avec un partenaire, avec le réalisateur. La séquestration ne fait pas partie du contrat. Une actrice joue, simule, fait semblant : ici, la violence est réelle, féroce (p.191)”.
Je ne vais pas décrire ici les viols (qualifiés de « viols d’abattage ») que ces femmes ont subis et que certaines évoquent en détail, mais je pense que c’est très important de les lire et d’être mis face à ce qu’elles ont vécu (je sais que ça fait phrase bateau dit comme ça, mais je n’avais pas réalisé avant d’ouvrir le livre quelle horreur m’attendait à l’intérieur, probablement parce que j’associais le mot « porno » avec « violence » et je pensais surtout aux violences sur l’imaginaire collectif et dans nos vies sexuelles et à son impact/participation à la montée du masculinisme et du sexisme, et sur la fetishisation (anglicisme) des actrices porno, mais sans chercher à réfléchir plus loin sur la toute première violence qui est vécue, et qui est celle de la femme qui apparaît dans ces vidéos).
Il faudrait aussi revenir plus en détail sur toutes les séquelles psychiques et psychologiques subies ainsi que les séquelles physiques (des conséquences neurologiques, des paralysies, des déchirures vaginales et anales, des prolapsus : “on trouve des gros plans sur des femmes dont l’anus a été si mutilé que leurs intestins sont à l’extérieur du corps (p.93)”).
Sur l’après et ses conséquences : « Après les viols, le meurtre social » raconte S. « Je ne voulais pas que des gens se masturbent sur ma scène de viol, où j’étais souillée et humiliée.»
Noëlie : « Quand je serais morte, il y aurait encore des gens pour se masturber sur mon calvaire (à propos de la cession de droit à l’image qui dure 99 ans et qui n’est pas valable comme contrat de travail !! mais qui ont découragé certaines à porter plainte plus tôt, et ont freiné les démarches juridiques) »
Mélanie : « Dès le lendemain, les vidéos tournent sur toutes les plateformes, ils m’y violent encore et à jamais, et chaque jour des centaines de types me violent par procuration, jouissent dans leurs paumes moites et passent à autre chose. »
Amélie : “Viol qui ne cesse de recommencer à chaque fois que je croise le regard d’un de ces porcs […] Depuis je n’ai plus de vie sociale. Où que j’aille, quoi que je fasse, on finit par me reconnaître. À croire que la France entière regarde du porno. Que ce soit à l’école ou sur les lieux de travail, le harcèlement est tel que soit je suis obligée de partir, soit je suis licenciée [...] Ça fait douze ans que ça dure. Douze ans, dix-huit déménagements, autant de villes différentes, une vingtaine d’emplois et, à chaque fois, tout recommencer.”
Émilie : « […] des difficultés à faire face à la vie de tous les jours, quand tant de gens vous ont vu être agressée et ont visionné ces images avec plaisir et envie, nos patrons, nos collègues, notre boulanger…»
Niya : « J’ai le sentiment de me sentir toute nue en permanence et de devoir vivre à travers le regard des autres […] Je dis toujours TOUT aux personnes de mon entourage, TOUT, presque comme si je leur demandais leur consentement pour me fréquenter. »
Lorraine de Foucher : “Une épidémie d'envie de mourir frappe les victimes. Quelle autre société de production génère autant de tentatives de suicide ? Quelle société de production générant autant de tentatives de suicide n'aurait-elle pas été l'objet immédiat d'une enquête afin d'être régulée ou interdite? Peut-on imaginer une usine ou une entreprise dont autant d'ouvriers ou d'employés tenteraient de se suicider dans l'indifférence générale ?”
Toutes ces femmes sont des proies victimes d’un système « de prédation organisée (p.211)», d’un « réseau structuré permettant l’exploitation des actrices victimes (p.57)». La plupart d’entre elles ont été conditionnées depuis l’enfance à subir et accepter une violence sexiste et sexuelle. Après le premier abus, c’est un engrenage du pire qui se met en place.
Loubna : “Loubna est placée en foyer à Paris, puis en famille d'accueil jusqu'à sa majorité. La famille d'accueil, c'est pas mieux. Les coups de martinet. Les coups tout court. Le placard. Et puis Michel, l'ami de la famille d'accueil. Elle avait onze ou douze ans. Si elle avait parlé, personne ne l'aurait crue. Michel est marié. Il est gentil. Il est respecté. Tout le monde l'adore. Mais il viole Loubna. L'adolescence qui suit est compliquée. Séjours en internat psychiatrique. À dix-huit ans, le peu d'État disparaît pour ces enfants-là, Loubna se retrouve à la rue. Elle vit dans une cage d'escalier, à côté des studios de cinéma de Saint-Denis. Dans des squats à Paris. Les viols dans les squats, elle ne les a pas comptés. « C'est arrivé.» Loubna me raconte sa vie de violences, et soudain s'interrompt, inquiète de savoir si je peux comprendre.«Tu sais, quand t'as l'habitude qu'on te fasse du mal, tu crois que n'importe quelle violence, c'est normal.»”
S. : “Plus tard [sa mère] sera condamnée par la justice, pour abandon d'enfants, incitation au suicide et blanchiment d'argent. Pour le moment, S. entend les ébats de sa mère avec ses amants, la porte de la chambre n'est jamais fermée. Frappée par l'un d'entre eux, elle fait une fugue, revient. Puis quand elle a dix-sept ans, sa mère la jette dehors.”
Mélanie : “Je dois vous parler de mon deuxième petit ami, Joost. J'ai treize ans, il en a dix-sept. De peur qu'il me quitte, je couche avec lui. Pendant le sexe, il m'insulte, me crache dessus, m'humilie, m'étrangle, me frappe. Il me dit : C'est normal, c'est du sexe. Une nuit, ça va trop loin, je le supplie, je le repousse. Il me viole.”
Amélie : “Tout ça n’est pas arrivé par hasard, j’imagine. Ce piège ne s’est sûrement pas refermé sur moi par hasard. Mon enfance me destinait à rencontrer des bourreaux, à être entraînée dans ce genre de réseaux. J’ai subi mon premier viol à seize ans. Lui avait quarante-deux ans. [...] Pendant ce temps, il avait aussi une relation extra-conjugale avec ma mère…Je viens d’une famille tellement dysfonctionnelle… comment dire ? j’étais une proie toute désignée. Ma mère elle-même est née d’un viol. Pour la punir de n’être pas sa fille biologique, son père lui a fait subir l'inceste.”
Emilie : “Tout a commencé dans l’enfance, lorsque Emilie a été incestée par son père. [...] Les abus de l’enfance brouillent les radars de l'âge adulte. C’est à cause des loups rencontrés petites que les grandes acceptent les bonbons des inconnus.”
Pauline & Noëlie : “Le premier viol a cassé les résistances. Quand vous avez cédé une première fois, l’escalade du pire peut commencer.”
Toutes ces femmes vivent dans une société où elles ne sont pas protégées, une société qui fait la « guerre contre les femmes (p.47) », qui jouit du porno, et qui est donc « une société malade de violence misogyne (p.93) ». « Les hommes se sentent plus forts que tout le reste du monde et pourtant ils agissent comme si les femmes étaient leurs adversaires (p.225) ».
Niya : « Un policier, un jour, me fait du chantage au casier pour me forcer à avoir une relation avec lui. Du sexe ou un casier (p.223) »
Claire : « Quand des policiers débarquent au beau milieu d’une soirée, pour éviter la garde à vue, Claire devra faire une fellation au commissaire de police (p.108) »
ok
January 14, 2026
Je m'attendais à ce que ce soit une lecture difficile au vu du sujet, d'habitude je n'ai pas trop de problèmes avec ça mais celui-ci est particulièrement chargé. Déjà car on sent le réel derrière les mots, la réalité de la souffrance qu'on subit ces femmes et qui le raconte autant qu'elles en sont capables, mais aussi la souffrance qu'on leur impose dans cette "guerre contre les femmes" et la souffrance qu'elles portent encore car les stigmates se font toujours connaître des années après. Mais c'est un livre nécessaire, déjà car l'introduction, très longue et riche, fait le récit de ces deux affaires, puis parce qu'il est primordiale de laisser ces femmes s'exprimer sur la violence inouïe dont elles sont les rescapées et de conserver cette mémoire. J'ai trouvé que ces personnes, qui ont été déshumanisées par leurs bourreaux car ils ne les considéraient pas comme des êtres de valeur, des êtres vivants, des êtres humains ; ces personnes retrouvent une dignité en racontant, il y a une vraie force à ressentir à la lecture.
Certains chapitres prennent une forme plus abstraite.
Certains chapitres prennent une forme plus abstraite.
August 13, 2025
Puissant et d’utilité publique, ce livre rassemble une série de témoignages bouleversants sur des actes qui, je l’espère, ont conduit — ou conduiront — à des peines lourdes. Il met en lumière les dérives de la pornographie, et le rapport pathologique à la sexualité qui l’accompagne, ainsi que l'indifférence (voire complaisance) de la societé - avec une force qui interpelle autant qu’elle dérange.
Dans le dernier tiers de l’ouvrage, l’habitus néo-féministe de certaines autrices prend progressivement le dessus. L’authenticité brute, qui faisait la puissance de ces récits, cède alors quelque peu la place au catéchisme militant habituel, sans toutefois émousser l'impact de l'ensemble .
Dans le dernier tiers de l’ouvrage, l’habitus néo-féministe de certaines autrices prend progressivement le dessus. L’authenticité brute, qui faisait la puissance de ces récits, cède alors quelque peu la place au catéchisme militant habituel, sans toutefois émousser l'impact de l'ensemble .
April 21, 2025
Petit point éditeurs français : j’ai demandé un exemplaire de ce livre sur NetGalley et je n’ai toujours pas eu de réponse. Un problème que je rencontre beaucoup côté français (et beaucoup moins côté anglophone) : les livres ne sont mis à disposition qu’après la date de sortie (c’est dommage on pourrait en parler avant) et les éditeurs mettent super longtemps à répondre, s’ils répondent. J’avais envie de lire ce livre donc je l’ai obtenu par mes propres moyens, mais franchement éditeurs français, ne vous mettez pas sur NetGalley si c’est pour se comporter comme ça, c’est très désagréable.
Merci aux journalistes et autrices qui ont prêté leur plume pour donner une voix à ces femmes. C’est une lecture éprouvante on ne va pas se le cacher. Ce qui frappe c’est la vie fracassée de ses femmes, elles n’ont pas été “choisies” par hasard, on a usé de leur vulnérabilité pour faire des vidéos qui excitent les hommes. Et ce qui excite les hommes si l’on en croit les chiffres de l’industrie du porno? Humilier et maltraiter des femmes, ce qui est absolument terrifiant. L’humiliation est quasi éternelle, un homme qui reconnait une femme qui était dans une vidéo? (et qu’il a donc regardé) Il peut se permettre de la traiter de pute, alors que sans elle il consomme quoi le monsieur? L’industrie du porno actuelle (notez que je dit actuelle) est une machine à broyer les femmes, le fait que les jeunes hommes découvrent la sexualité par ce biais fait partie de l’explication en ce qui concerne la montée affolante du sexisme dans la génération Z. Dans ce monde, la femme est un réceptacle à foutre (je cite à peu près) et absolument pas un humain, on devrait s’interroger un peu plus sur ce que l’on consomme et ce que l’on rend populaire en tant que société.
Merci aux journalistes et autrices qui ont prêté leur plume pour donner une voix à ces femmes. C’est une lecture éprouvante on ne va pas se le cacher. Ce qui frappe c’est la vie fracassée de ses femmes, elles n’ont pas été “choisies” par hasard, on a usé de leur vulnérabilité pour faire des vidéos qui excitent les hommes. Et ce qui excite les hommes si l’on en croit les chiffres de l’industrie du porno? Humilier et maltraiter des femmes, ce qui est absolument terrifiant. L’humiliation est quasi éternelle, un homme qui reconnait une femme qui était dans une vidéo? (et qu’il a donc regardé) Il peut se permettre de la traiter de pute, alors que sans elle il consomme quoi le monsieur? L’industrie du porno actuelle (notez que je dit actuelle) est une machine à broyer les femmes, le fait que les jeunes hommes découvrent la sexualité par ce biais fait partie de l’explication en ce qui concerne la montée affolante du sexisme dans la génération Z. Dans ce monde, la femme est un réceptacle à foutre (je cite à peu près) et absolument pas un humain, on devrait s’interroger un peu plus sur ce que l’on consomme et ce que l’on rend populaire en tant que société.
March 26, 2026
En introduction un appareil conceptuel solide, une historiographie et des statistiques pour montrer que la "nouvelle pornographie" depuis les annees 1990 et internet, celle que tout le monde regarde, est bien une pornographie de violence et de viols. Les recits sont divers. Certains sont tres bien ecrits, d'autres sont simplement là pour dire qu'il n'y aura pas de récit. A l'heure où le porno colonise les esprits, le récit de ces femmes - souvent maltraitées toute leur vie dans des proportions inimaginables pour quelqu'un issu de la classe moyenne - remet les pendules à l'heure : l'industrie du porno est, totalement, pourrie.
Malheureusement ce qu'on conclue en finissant le livre ce n'est pas seulement que la pornographie est malsaine : les incestes, les viols par les beaux-peres, les policiers, les compagnons qui incitent à se droguer, à se prostituer, le chantage affectif; tout cela depasse les tournages. On connaît tous quelqu'un qui a subi cela.
En finissant le livre un seul sentiment : tout est à revoir.
Malheureusement ce qu'on conclue en finissant le livre ce n'est pas seulement que la pornographie est malsaine : les incestes, les viols par les beaux-peres, les policiers, les compagnons qui incitent à se droguer, à se prostituer, le chantage affectif; tout cela depasse les tournages. On connaît tous quelqu'un qui a subi cela.
En finissant le livre un seul sentiment : tout est à revoir.
October 4, 2025
La pornographie (bukkake, gonzo...) est l'expression chimiquement pure de la haine que les hommes portent aux femmes. Cet ouvrage de témoignages de plusieurs survivantes de cette industrie de la démolition le démontre. Extrêmement douloureux à lire, j'ai personnellement sauté des pages, ce qui ne le condamne pas à l'indifférence. Et cette faculté qu'ont les hommes à repérer l'abîmée, la boiteuse, la blessée, est incroyable. Méfiez-vous Mesdames, l'amour selon leurs termes est un piège.
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