""Ici on ne vend pas le pain des Français aux bougnoules ! Dix baguettes ! Et encore quoi ?" éructa le boulanger, les bras croisés derrière sa longue vitrine de pâtisseries. J’avais six ans et mon père, qui me tenait par la main, en resta sans voix. Le regard vert et incandescent, il serrait sa mâchoire anguleuse. Mon père était aussi tourmenté par son passé que par l’avenir de sa famille nombreuse, pour laquelle il avait tout sacrifié. Lui l’ouvrier si digne, qui était toujours vêtu d’un costume noir et d’une cravate, ignorait qu’il dégageait l’air déchirant d’un oiseau kabyle en voie d’extinction, une sorte de dodo des montagnes qui avait tour à tour survécu à la famine, à la guerre puis à l’usine."
Dans les sous-sols du musée de l’Homme, à Paris, sont emmagasinés des milliers de crânes indigènes, provenant de collections du XIXe siècle. Le narrateur, Xavier Le Clerc lui-même, découvre parmi ces cartons empilés le crâne numéroté d’une fillette kabyle de sept ans, qu’il appellera Zohra. Il tentera d’imaginer sa courte vie, lui racontant en retour ce qu’a été la sienne. Entre la brutalité des conquêtes coloniales et le parcours de Xavier Le Clerc, fils d’immigrés algériens, ce roman bouleversant, à l’écriture intense, questionne la possible réconciliation des deux rives.
Magnifique et profondément émouvant. Je voue cependant une haine sans limite à l’état colonial français J’ai beaucoup aimé la comparaison entre un DRH et un cyclope
Deux mots : MERCI et BRAVO. Merci, de mettre la lumière sur ce pan si important de l’histoire coloniale (ces crânes d’indigènes), de retracer avec justesse ce qu’il s’est passé, de donner le point de vue des opprimés, et de mettre en lumière toutes les autres atrocités (physiques morales verbales conscientes inconsciente coloniales ou post coloniales). Et bravo, parce que c’est fait avec une telle justesse, justesse des mots et justesse des faits relatés, sur un fond de poésie avec cette fillette Zohra et son crâne au musée de l’homme, l’alternance des faits et de l’imaginaire est sublime, c’est juste, beau, poignant.
C’était hyper intéressant, et le choix de relater les faits à travers l’histoire d’une petite fille rend les choses plutôt “poétique”. Et ensemble détestons la france pcq azy les gens aiment trop dire pays des droits de l’homme alors que c’est genre 20% de son histoire, le reste c’est juste de la colonisation, des genocides, du racisme et bien d’autres merdes
Très reconnaissant de l’opportunité que nous offre Xavier Le Clerc de lire un tel témoignage. Sa prose rend la lecture fluide et agréable malgré les réalités déchirantes qui y sont décrites.
Xavier Le Clerc mêle son histoire personnelle avec deux siècles d'histoire de l'Algérie, depuis la conquête de 1830 jusqu'à l'histoire contemporaine. Il s'adresse à Zohra, petite fille Kabyle assassinée en 1845 lors de la conquête de l'Algérie, décapitée par un militaire, dont la tête fut exposée pour semer la terreur parmi les indigènes, puis dont le crâne a été transporté jusqu'en France en guise de trophée. Comme des milliers d'autres restes humains, son crâne est jusqu'à aujourd'hui stocké dans les sous-sols du musée de l'Homme. A travers la reconstitution de l'histoire de Zohra, ce roman rend hommage aux peuples colonisés, exploités, exterminés, considérés par les colons comme des objets ou des animaux, exhibés dans des zoos humains. Xavier Le Clerc rend un dernier hommage à une enfant lâchement assassinée et dont le crâne finit numéroté et étiqueté comme un objet de collection. Les passages autobiographique peuvent être lus en continuité de l'histoire personnelle développée plus largement dans L'homme sans titre, roman autobiographique du même auteur. Le roman montre la continuité historique entre le racisme contemporain, qu'à subi l'auteur, au point d'en être venu à changer de nom de famille à consonance arabe, et l'histoire coloniale française. Durant l'enfance de l'auteur, qui a grandi en France dans les années 80-90, et même encore jusqu'à aujourd'hui, les références culturelles racistes sont omniprésentes : le général Bugeaud, gouverneur de l'Algérie pendant la conquête coloniale est glorifié dans l'espace public, les arabes sont stigmatisés dans la musique et les publicités... Ce roman est intéressant à titre documentaire et historique, d'autant plus que l'histoire coloniale français est peu connue et que ses impacts sont souvent minimisés ou niés.
« Votre livre qui est profondément beau, rend justice à ceux, celles qui furent les innombrables victimes de la sauvagerie coloniale en Algérie. (…) Ce livre foisonnant, intense, passionné, écrit magistralement, est celui d’une voix qui — j’en frémis— aurait pu manquer à la France pour regarder en face son histoire d’hier et d’aujourd’hui. » Annie Ernaux
« Un beau livre, à lire absolument, par un grand écrivain. » Benjamin Stora
« Très beau, personnel et solennel… Édifiant mais avant tout une langue magnifique. » Ambre Chalumeau
Un livre nécessaire ! Écrit à la première personne, avec des éléments autobiographiques mêlés aux données historiques et une adresse à Zohra, une petite victime d'un massacre de 1845, ce livre ravive la plaie jamais guérie de la colonisation française en Algérie. Il nous la fait toucher du doigt. Entre les horreurs de la conquête et de l'occupation, à un bout, et le racisme subi par les générations contemporaines, à un autre, les faits organisés par l'auteur obligent à questionner la bonne conscience des Français et à réévaluer certains choix politiques.
cmt ne pas détester tt ces colons!!!!!! c’est trop grave tt ce qui a été infligés cmt tu veux te bâtir correctement le monde est tllmt fichu (mm si le livre est finalement assez tourné vers une certaine réconciliation et un espoir et je pense que c’est aussi car l’auteur a dans toute sa souffrance été nourri par sa culture) bref c’est très intéressant je recommande, ceci dit je suis très admirative du niveau de culture ca ne cessera jamais de m’impressionner
si le thème et les sujets évoqués sont intéressants, je déplore un aspect fourre-tout. L'auteur passe d'un passé lointain, à un plus proche, puis encore à une autre époque. Il montre bien les dérives et les horreurs de la colonisation, mais mélange trop les périodes historiques et les récits, ce qui dillue la force de son propos. C'est un peu dommage
Un livre important au sujet de l’histoire de la colonisation française et du trafic d’ossements des peuples colonisés. Le livre nous donne envie de nous renseigner encore plus sur cette partie de l’histoire peu mise en lumière…
Premier 10/10 depuis quelques temps. Très belle lecture, dure mais un livre de + essentiel à lire. Témoignage important d’Algérie et d’autres pays frappés par le colonialisme français.
À travers le crâne d’une fillette kabyle, décapitée pendant la conquête de l’Algérie au 19e siècle et stocké dans les réserves du musée de l’Homme à Paris, Xavier Le Clerc imagine la vie qui a pu être la sienne. Dans un style peut être un peu précieux, il met en lumière l’horreur, la barbarie et la déshumanisation de cette première guerre d’Algérie.
pas complètement adhéré au style cpdt le sujet demeure passionnant mais passionnant n'est pas tllmt le bon mot c'est sans doute impératif? capital? en tout cas je vais suivre un peu ce que fait xavier le clerc