« Il y a des livres qu’on ne referme jamais. De ces livres qui restent ouverts parce qu’ils nous font perdre le soufflle et dont on reprend la lecture par manque d’air. Les poèmes de Geneviève Desrosiers sont de cet ordre très rare qui fait basculer l’art du côté de la vie » Maxime Catellier.
Une poésie violente et tragique, j'ai trouvé. Entrecoupée de quelques rires jaunes.
Comme il s'agit d'une oeuvre posthume et d'un genre de collage des poèmes de l'auteure, je me sentais un peu comme si je fouillais dans les affaires de quelqu'un. (Ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose.) C'est vraiment bizarre, aussi, de lire des textes qui abordent autant la mort, tout en sachant que l'auteure est décédée accidentellement si peu de temps après les avoir écrit.
Il y avait des trucs plus (trop?) décousus qui me touchaient moins, dont je ne me faisais aucune image, comme il y avait des passages plus concrets que je trouvais tellements forts. C'est difficile de noter ce livre, donc. Et d'écrire quelque chose, d'ailleurs; ce review est n'importe quoi.
Les cordes ne sont plus, et depuis longtemps, vocales. Elles sont abyssales. -- C'est d'ailleurs ce que je vais passer ma vie à vendre, de la gratuité. Il neige à l'intérieur de la voiture. Ce qui force la vie, c'est que la lumière est indelébile. -- Maintenant que nous devinons que la course est facile, qu'il nous est aisé de la gagner, que nous reste-t-il à faire sinon à inventer un autre jeu ? Nous créons pour avoir un jour le droit d'abandonner. -- La métamorphose m'est bonne. Bonne et surtout salutaire. Je ne ressens plus le besoin de chercher car je suis à jamais égarée. -- J'aimerais envoyer des faire-part pour indiquer aux gens que je suis morte et que ma ressuscitation tarde un peu à mon goût. Le goût qui - dussé-je me répéter - n'est qu'une question d'habitude. Nous sommes tous des exutoires. Voilà pourquoi nous ne durons pas, voilà pourquoi nous ne *pouvons* pas durer.
3,5 🌟 Ami, Te dire que tout nous est permis, que nous ignorons la peur et que la bénédiction ne nous quittera pas. Te dire que la folie demeurera toujours belle, parce que nous serons détachés de tout, y compris de nous-même.
« Les rebondissements sont sans conséquences et il faut toujours sous-estimer son public. Se répéter comme les acteurs avant la grande première... Mais qu'est-ce qui importe, tabarnak ? Mis à part les enfants que l'on met au monde ? Mis à part le monde que l'on transforme comme des enfants ? »
Seul recueil signé par Geneviève Desrosiers, initialement publié dans les années 90 quelques années après le décès accidentel de l’autrice survenu alors qu’elle était âgée de 26 ans, il est l’assemblage d’une œuvre fragmentée, sortie de son emboîtement, éditée sans modification. On y côtoie une poésie brute, intemporelle, incarnée, lucide, maîtrisée, oscillant entre légèreté et gravité, entre lassitude et lumière. Lu en partie en marchant sur une plage de l’Isle-aux-Coudres, le fleuve et le vent en pleine face, lentement, à voix haute, parfois répétitivement, dans un souci de captation de chacun des vers, ces écrins des mots.
Cette oeuvre est tragique du début à la fin, on ne comprends pas tout mais les poèmes sont porteurs et la langue si bien maîtrisée. Ce recueil est très intime, d'autant plus en sachant que l'autrice s'est éteinte peu de temps après.
J’ai acheté pour la photo sur la couverture, elle est belle. Et pour le titre. L’intérieur comme un brouillon. Il y a des belles phrases mais c’est difficile d’accéder aux émotions. Les poèmes progressent souvent par des associations de pensée, souvent basées sur des mots qui ont des sonorités proches. Mais j’ai peine à croire que la pensée puisse avancer comme ça. Ça me paraît un peu artificiel, et ça donne un côté cadavre exquis. On se demande où est le sens.
« Nous effrayons tout le monde en rassurant nos proches. » « Je ne veux voir personne que je ne peux détruire. Je vais donc rester seule avec ma chaleur épuisante et une musique ressemblante. » « Je regarde passer les passants qui me regardent passer. » « Il neige à l’intérieur de la voiture. » « Te dire que la folie demeurera toujours belle, parce que nous serons détachés de tout, y compris de nous-mêmes. » « La page ou la toile blanche ne m’angoissent pas. Ce qui m’angoisse, c’est la futilité de les remplir. » « Il faut que je fauche la faux funeste de mes folies. »
Je pourrais le relire 10001 fois et toujours autant boire ses paroles. Elle a une poésie insignifiante mais poignante, une absurdité touchante. J’ai l’impression de lire les mots d’un grand enfant, et ça, ça me touchera toujours.
"Pourrions-nous devenir drôles ? Amusants ? Évidemment je dis nous pour arrêter de dire je. C'est ce que l'on appelle une tentative. Il y a aussi des tentatives de meurtres, de viols, de suicides, d'intimidations. En général, cela rime avec raté. Maman, j'ai tâté ma tentative avant de la rater [...] Tentative incontrôlée de bleus incertains. Je tente de dire au revoir. Ce n'est pas très facile."
"Nous parlerons français avec un accent salvadorien afin de se rappeler notre défunt Chico mort à la guerre comme une carpe. Nous aurons des oiseaux de proie blottis au creux des armoires, des coqs en pâte et des poules au pot. Nombreux seront nos ennemis. Tu verras comme nous serons heureux."
"Les guerres se sentiront mieux dans leur peau et nous dans nos estomacs. J'ai toujours adoré pleurer mes chiens morts. Cela durait des jours, voire des années. Je ne crache sur rien."
Seul recueil de Geneviève Desrosiers, Nombreux seront nos ennemis est un collage de textes et de poèmes épars, assemblé et publié après la mort accidentelle de son autrice. Il s’est créé une place particulière dans l’histoire littéraire récente du Québec, entre autres en raison du côté mythique de cette unique publication d’une autrice morte à un jeune âge. Plusieurs textes de ce livre me touchent particulièrement en raison de la langue vigoureuse, des jeux de mots intelligents ou des images percutantes qui s’y trouvent.
Review 2: Encore meilleur la deuxième fois. J'ai acheté ma propre copie considérant qu'un ami m'avait passé la sienne la première fois. L'écriture de Geneviève Desrosiers est puissante et émouvante. Si ce n'était pas son seul recueil, j'aurais inévitablement flaubé ma paie pour acheter la collection complète. Elle figure maintenant avec Marie Uguay dans mon top 2.
Review 1: Je me corrige, c'est définitivement un 5*. J'avoue avoir ressenti "Inutile" au plus profond de moi-même. Tellement "on point" lorsqu'on parle d'amour à sens unique. Super recueil.