« Il y aura des paumes ouvertes » pour commencer. On sera disponible, poreuse. Souhaitant être vue, cherchant à parler. Disposée à tout. Encore imprécise, indéfinie. Attendant que quelqu’un vienne.
On ne s’étonnera donc pas de trouver, en l’autre, « opprobre le jeu habituel ». Bientôt, la relation se noue, ambiguë, avec ses airs de fatalité. « Je ne fais pas exprès / je me recroqueville dans les bras / leur conflit. »
À qui la faute quand le lien adoré est pourri? quand il blesse? Les poèmes de Laurianne Beaudoin jouent dans « le dedans glaiseux » d’une psyché molle, peut-être rendue malléable par la violence relationnelle, ou par celle du monde. Vers coupants, vers gluants, ils progressent par secousses et glissements pour esquisser une « révolution effilochée ».
Les images déployées en éclairs rendent compte avec brio des aléas de l'amour -- piège universel. Beaudoin s'amuse avec les mots, exaucent les bleus de son partenaire, raconte une passion et s'y coule, souvent malgré elle. Si la dimension explicative des poèmes peut s'avérer nébuleuse, voire un peu froide lorsque l'autrice cherche à abstraire des concepts relationnels, l'imagerie poétique réussit à plonger le lecteur dans un magnifique rejaillissement des vers.