Portant les marques du silence et de la pudeur, Patience raconte la relation de soi aux autres, relatée en une pluralité de moi qui nous pose en contraste, nous gêne. Malgré l’obstacle, une équipe s’organise, « une présence en coin » se fait remarquer, la voix s’énonce.
Elle se pose comme discrète, à l’écart, elle évolue pour négocier sa place dans l’espace et cherche activement à se reconnaître dans les autres, à comprendre ce qui lui fait défaut. Les présences en viennent à s’entremêler. On ne sait plus si la voix est multiple, si elle s’inclut, si elle se tient tout à fait à distance. Mais une chose est sûre : la lutte entre dire et ne pas dire n’est pas prête de s’achever. Son travail est lent et toujours à recommencer. À travers les poèmes, l’autrice questionne de manière intime sa présence au monde, ses relations avec les autres, sa rigueur, ses plis, ce qu’elle veut incarner.
Livre de lenteur qui appelle à une lecture contemplative, long exercice d’assouplissement, Patience est une ode aux voix forcées, à celles trouvées, énoncées et perdues, aux voix qui se délient pour se lier aussitôt.
Ça faisait longtemps que j'avais lu un livre de poèmes, au sens le plus simple et le plus noble de l'expression. J'ai tellement été rushée dans les derniers temps, j'avais oublié que ce qu'il y a de beau avec la poésie, c'est que c'est un livre d'ici, un livre de maintenant. La poésie permet d'arriver vite au sens: pas d'intro, pas d'élément déclencheur, le livre commence, on lit le premier poème et on est là, ici maintenant à recevoir les mots comme des bouquets.
J'ai beaucoup aimé les poèmes de Juliette, ils ont quelque chose d'Emily Dickinson, je trouve. Un laconisme poignant, un tissu littéraire presque friable, qu'on manipule avec délicatesse. Des poèmes pour dire tous ces moments où ne dit rien, parfois par simple goût du silence, parfois par peur, parfois par manque d'espace.
mille yeux fixent mes sens gavés ce que je suis soudain se voile de lambeaux de pudeur taillés si mince j'en perds des bouts
Juliette Bernatchez livre un premier recueil touchant, dans lequel elle parle de prendre son temps pour trouver sa place, pour réfléchir à son rapport aux autres.
Laissant une place à des poètes importantes (Marie Uguay, Carole David, Anne Hébert, Nicole Brossard) l’autrice livre des textes forts et chargés. Grâce à de courts poèmes, elle parle de la relation que l’on a avec son corps et ses pensées, mais aussi de l’évolution de sa pensée en fonction du regard des autres: comment se démarquer? Comment s’élancer et faire valoir sa voix sans perdre son temps à vouloir plaire?
J’ai aimé son écriture assumée et directe, et ce livre me donne hâte aux prochains écrits de Juliette. Patience est le premier recueil de celle qui s’implique en poésie depuis quelques années déjà (publications dans des revues littéraires, festival Caniches, finaliste pour le prix de poésie Radio-Canada 2023).