Précieux sang fait entendre cinq complaintes d’ouvrières, autant d’échos à un siècle de labeur : allumettière défigurée, femme explosive des usines d’armement, gobeuse d’amiante, besogneuse d’abattoir et couturière d’atelier de misère ; cinq vies anonymes auxquelles Marie-Hélène Voyer prête voix. Ignorées des investisseurs, méprisées du patronat, dominées par les contremaîtres, ces petites mains laborieuses et interchangeables, ces filles recluses dans la rengaine des manufactures y ont laissé leur peau, au bénéfice du capitalisme industriel sans scrupule. Se refusant à toute représentation doloriste ou mythifiante de ces femmes oubliées par l’Histoire, l’autrice déploie une poésie raconteuse et grinçante d’où fusent rires, ruses et révoltes.
cependant il me semble que deux projets séparés auraient été bénéfiques (l'un documentaire et l'autre personnel), mais qui se plaindrait d'avoir beaucoup de Marie-Hélène Voyer.
excellent, excellent, et c'est écrit par une personne ayant un mal prononcé avec la poésie contemporaine. foncez et prenez-vous une bonne claque et digérez ce sera super vous verrez
J’ai beaucoup aimé l’originalité et la pertinence de ce recueil. Le choix de dresser le portrait de cinq femmes ayant travaillé dans des conditions profondément indignes, à travers la poésie, confère au propos une force percutante. Cette forme donne une voix sensible et incarnée à des réalités passées sous silence. Le recueil est d’autant plus marquant qu’il permet de mieux comprendre les emplois occupés par des femmes il n’y a pas si longtemps, rappelant à quel point ces histoires sont proches de nous et encore nécessaires à raconter.
Par principe, je n'étoile jamais, sur Goodreads, les livres de gens qui me sont connus. Ici, je triche et je déroge par la voie du commentaire: cinq étoiles.
La dernière fois que Marie-Hélène Voyer a publié, elle a accompli un exploit exceptionnel : elle a reçu deux fois le Prix des libraires du Québec, l’un dans la catégorie Essai pour L’habitude des ruines (Lux) et l’autre dans la catégorie Poésie pour Mouron des champs (La Peuplade). Inutile de dire que la sortie de son nouveau recueil, Précieux sang, était très attendue. Laissez-moi vous donner la fin de cette critique d’entrée de jeu : avec ce nouveau livre, Voyer poursuit sa lancée remarquable.
Précieux Sang donne la parole aux ouvrières, ces femmes oubliées du capitalisme qui se sont défigurées et empoisonnées tant par les allumettes que l’amiante. La poète choisit de canaliser la colère qui gronde en cinq femmes anonymes, divisant son œuvre en cinq cantiques : Simone l’allumettière, Clémence la travailleuse dans une usine d’armement, Florence l’employée de la mine d’amiante, Marie l’abatteuse et Germaine la couturière. Ces cinq récits illustrent la violence sourde que ces femmes ont subie au nom de la productivité et de l’enrichissement du patronat. Malgré l’explosion qui menace, Voyer traite ce sujet avec une patience impressionnante. La poésie de Précieux sang est une irritation nécessaire à la guérison d’une blessure. C’est une lecture difficile, mais absolument essentielle.
L’autrice conclut son œuvre avec un court essai de quelques pages sur l’enfance et la campagne. Ce digestif est le bienvenu après une lecture aussi percutante. En se positionnant ainsi comme une femme de la terre, Voyer donne à la première partie de son recueil un écho très pertinent.
Honnêtement, Précieux sang est un livre exceptionnel. Cette poésie, à la fois accessible et dénonciatrice des injustices passées qui résonnent encore aujourd’hui, se taillera certainement une place de choix parmi les honneurs. Marie-Hélène Voyer démontre une fois de plus son immense savoir-faire avec une sensibilité unique.
ce recueil de poésie recompose le tracé de travailleuses et de travailleurs québécois·es oublié·e·s de la mémoire collective. écrit sous de courts textes, l'autrice fait ressurgir le vécu de femmes trouvées dans les archives, et leur crée une identité dans des conditions de travail exécrables pour leur santé à une époque où le principe de santé et de sécurité au travail était complètement inexistant. marie-hélène voyer énumère, à travers les pages, le nom de celles·ceux qui ont péri, c'est une grande force que cette volonté de se souvenir et de reconnaître leur apport à la société et leurs vies qu'elles et ils ont risqué.
j'ai beaucoup aimé et j'ai apprécié l'analyse de fonds d'archives dans la création de cet ouvrage. cette lecture fut une belle surprise pour moi.
"Des siècles de corps meurtris me collent au corps, ils saturent mon regard d'une inquiétude sauvage, d'une brûlure fondatrice à laquelle je souhaite toujours rester fidèle."
Avec les différentes voix qu'on lit au fil des pages, on retrouve une qualité de la poésie de MHV qui me manquait depuis ma lecture de Mouron des champs.
Et que c'est génial la poésie lorsque l'efficacité des mots nous lance les faits en pleine face : « pis coudonc la mine c'est la mine pis une cenne c'est une cenne pis faut bien mourir de quelque chose »
Sans compter le travail de recherche qui parcourt tout le recueil, lui donnant de la profondeur et un véritable encrage dans le réel. Je n'ai pas fini d'y réfléchir !
j'ai tout aimé! - la forme poétique pour nous raconter un pan de l'histoire; - le sujet pour offrir une voix aux oublié.es, aux sacrifié.es; - le choix des mots ❤️
Celui-ci est sans doute le recueil de poésie que j’ai le moins aimé entre les trois derniers que j’ai lus.
J’ai beaucoup aimé l’idée et je trouvais certains passages extrêmement intéressants. Surtout au début, je trouve que l’autrice utilise son concept d’une manière intéressante!
Jusqu’à ce que tu continues à lire et que tu te rendes compte qu’elle dit à peu près la même affaire dans tous les chapitres du livres. Sans compter que la manière qu’elle écrit est souvent beaucoup trop simple pour moi. J’apprécie le style, mais ça m’agaçait plus souvent que je trouvais que ça apportait réellement quelque chose de profond au livre.
Bref, c’était bien, j’ai pas haïs ça et je trouvais que l’idée était très bonne, malheureusement j’aurais aimé que ça soit moins surface level :(
Émue de ces mots et de ces cinq fils de vie invisibilisés. Redonner vie à ce qui a été tu. À lire et relire - tout comme Mouron des champs.
" Femmes sans fleuve, vous flottez dans les marées basses de nos mémoires, dans les ressacs assourdissants du présent. Nous vous rejoignons chaque nuit au raz du temps sur ces rivages encombrés où les mortes et les vivantes ravaudent sur les grèves de l'oubli."
Moi qui ne lis habituellement pas de poésie, j’ai été profondément renversée par la justesse de Précieux sang. Marie-Hélène Voyer réussit l’exploit d’insuffler une profondeur immense dans des textes d’une grande brièveté. Chaque mot est une entaille qui nous ramène à nos lignées, à l’héritage des femmes de chez nous et à ce que l'on porte malgré nous.
J'ai adoré, c'est vraiment bien écrit d'ne manière très singulière. C'est une poésie incisive qui donne la voix à des ouvrières malmenées, qui montre des corps meurtris par une vie de labeur non reconnue. C'est parfois des corps mutilés, blessés, brûlés qui sont décrits de la plus simple des manières mais ça rend l'émotion encore plus forte.
« Recluses dans la rengaine noire des usines, gainées dans vos robes de carême, encabanées dans vos taudis, vous étiez femmes manœuvrables, femmes corvéables, femmes de soifs et de brûlures, femmes de pisses retenues et d'horizons confisqués. »
4 ⭐️ | « Les ouvrières qui s’avancent ici ont existé, existent encore ; leurs échos flottent çà et là comme des escarbilles, des cendres incandescentes. Il suffit de tendre la langue pour les attraper ».