Calamity Jane. Légende de l’Ouest, mythe viril, silhouette dressée entre whisky et poudre. Mais qu’y a-t-il derrière le masque ? Une survivante. Ici, pas d’héroïne, pas de gloire. Seulement une femme à nu. C’est un western crépusculaire. Un requiem pour les légendes. Une main tendue vers celles qu’on n’a jamais écoutées. « Une aventure profonde et mélancolique où la légende se tait pour laisser enfin parler la femme. » Librairie Albin Michel « Un texte écrit à l’os, brutal, concis, et pourtant gorgé de lyrisme, où miroitent de sombres reflets shakespeariens. » Agathe Mathéus, Éditions J’ai lu Justine Niogret a reçu le Grand Prix de l’Imaginaire en 2010 pour Chien du heaume. Après Quand on eut mangé le dernier chien, Calamity Jane est son deuxième roman aux éditions Au diable vauvert.
Entre vivante et morte, Calamity Jane nous entraîne dans l’introspection de ce qu’elle était, ce qu’elle représentait, ses craintes, ses fiertés, ses secrets.
Quasiment instantanément, je suis tombé amoureux de l'idée de la relecture audacieuse et sombre de la légende de Calamity Jane. C'est un face à face âpre et poignant avec une figure mythifiée. L'idée de nous présenter une femme brisée et torturée, hantée par ses propres fantômes, m'a touché en plein cœur.
J'ai complètement succombé pour la suite, cet étrange voyage intérieur qui ressemble à une errance au milieu d'un purgatoire crépusculaire. C'est un long voyage bouleversant à travers les ruines de sa mémoire, mené par ce guide mystérieux, qui tient à la fois du juge et du double, qui m'a captivé d'un bout à l'autre.
Même chose avec la plume : flamboyante, révoltée, enragée. J'ai adoré le paradoxe qui rôde partout entre les lignes, parfaitement représenté dans la deuxième partie du titre "un homme comme les autres", qui résonne avec beaucoup d'ironie amère : derrière la figure indomptable et quasi virile que l'Histoire a façonnée se cache une âme vacillante piégée par l'image d'elle-même qu'elle a reçu du monde. Je pense que c'est là que se cache la plus grande force du roman et je l'ai reçu comme une énorme claque hyper bouleversante, le tout porté par une narration émouvante au possible.
Puis il y a dans la descente posthume en elle-même une sorte de lente désacralisation, presque une forme de délivrance, qui permet de démêler ce qui, en Calamity Jane, fut vrai. C'est un roman de l'après où la grandeur est contaminée par la culpabilité et la douleur, qui écrase le cœur et serre la gorge. En somme, une aventure profonde et mélancolique où la légende se tait pour laisser enfin parler la femme. Et c'est aussi impressionnant que puissant.
Les livres de Justine Niogret laissent rarement indifférent. Le champ lexical est souvent rude, violent, il suinte et peut laisser les doigts qui en parcourent les pages gras et puants. Mais quelles aventures. Quelles claques !
De l’autre côté du miroir, Calamity se retrouve face à sa vie, qu’en a-t-elle fait ? Quels gâchis, quelles peurs, quels regrets ?
C'est à la fois profondément triste voire désespérant, tout en réussissant le tour de force d'être élégiaque et de rendre justice à une figure qui est à la fois une femme, toutes les femmes, qui se voulait homme, tous les hommes.