Ah ! ce que l’on aime à penser qu’« avant », les femmes – toutes les femmes – avaient des enfants – beaucoup d’enfants – et que les vaches étaient bien gardées par les fermiers. Telle la chanson que l’on chante aux enfants : Le fermier prend sa femme, la femme prend son enfant, l’enfant prend la nourrice, la nourrice prend son chat… Ohé, ohé, ohé. Affligeant, mais tellement rassurant pour un certain « ordre des choses ».
Je suis toujours étonnée par cet « avant ». Avant quoi, exactement ? Avant ma naissance ? Avant la Seconde Guerre mondiale ? Avant 1789 ? Avant Jésus-Christ ? Personne ne sait vraiment ce que recouvre cet « avant », mais la plupart semblent s’accorder sur ce qu’il représente. Il me semble que pour les partisan·es du « avant », il représente un âge d’or (fantasmé) de la famille où les femmes mettaient au monde des enfants et les élevaient, et où les hommes géraient le reste. Point.
Pour être tout à fait honnête, j’ai rarement entendu quelque chose d’aussi stupide que cette petite phrase, « elles vont finir seules avec leurs chats ». Sexiste, d’abord, et ignorante de la réalité de la vie des femmes ensuite – comme si ces dernières ne pouvaient exister qu’enfermées chez elles, la tête dans les couches et les mains dans le four sinon rien, sans vie sociale, sans activités. Mais j’ai bien dû me rendre à l’évidence : elle est communément lancée aux femmes sans mari et sans enfant. Elle a même été brandie comme argument de campagne lors de l’élection américaine pour la Maison-Blanche en novembre 2024. Dans la bouche du conseiller de Donald Trump, le pays est alors menacé par une « bande de vieilles filles à chat sans enfant, malheureuses dans leur vie et qui voudraient entraîner tout le reste du pays dans leur malheur ».
Il est clair que si ce sont les femmes sans enfant qu’elle vise, incidemment, elle touche toutes les femmes – les mères et les non-mères. Elle dit en creux : « Pour les femmes, hors de la famille, point de salut. » Elle nous raconte que les femmes ne peuvent ni ne doivent avoir d’existence épanouie sans homme et sans enfant. Ben voyons
J’ai kiffé cet essai à la fois bien dense mais rapide et facile a lire, vive les femmes 🩷 Une jolie preuve qu’on a besoin ni d’homme ni d’enfant pour exister mais qu’on veut nous faire croire qu’on est rien sans.
Petit florilège de citations que j’ai aimées : « Une femme sans homme, c’est comme un poisson sans bicyclette. » « Erratum. Contrairement à ce qui a été annoncé, la femme ne sera pas l’avenir de l’homme. Qu’il se démerde. » « Soyons des adultes que les enfants veulent devenir. »
PS : lecture qui tombe à pic après ma précédente lecture et c’est même pas fait exprès
• « Une femme sans hommes c’est comme un poisson sans bicyclette. »
•Historiquement, on observe que la médecine a construit une représentation particulièrement vile des femmes et de leurs corps.
• Il s’agit alors de construire l’amour maternel, que l’on va progressivement lier à la nature des femmes.
• Une vraie femme, une femme pleine et entière, doit ressentir ce désir d’enfant au fond de son ventre, sinon, c’est que quelque chose dysfonctionne chez elle.
• Pour les femmes, la question n’est pas tant celle du nombre de rapports sexuels que celle de savoir avec qui elles les ont - et « qui » doit se conjuguer plutôt au singulier qu’au pluriel.
• Les individus évoluent ainsi dans une société où tout le monde a été socialisé au fait que les filles et les femmes sont potentiellement des proies pour les garçons/les hommes.
• […] il est parfois plus simple de « montrer du doigts » ces femmes « free » que de s’interroger sur l’ampleur des inégalités et des discriminations qui les poussent à devenir « free ».
• « Erratum. Contrairement à ce qui a été annoncé, la femme ne sera pas l’avenir de l’homme. Qu’il se démerde. »
• Les femmes sont propriétaires d’elles-mêmes, et non, nous n’avons pas à porter le système patriarcal qui nous enferme dans notre singularité.
Un livre qui explique de manière compréhensible ce qui n’est pas encore acquis pour tous.tes : pour certaines femmes , avoir des enfants n’est ni un désir profond ni même une volonté propre. Cessons le dessein selon lequel les femmes sont là pour faire des enfants, nous avons, collectivement ou non, d’autres aspirations. Le passage sur les pensions alimentaires est révoltant, brûlons le patriarcat une bonne fois pour TOUTES
Excellent, j'ai beaucoup appris! Derrière une simple phrase se cache une réalité, des problématiques politiques, économiques et scientifiques qui remonte à des centaines d'années! J'ai vraiment adoré la plume de Charlotte, drôle mais qui sait être grave quand il faut. ^-^
Charlotte Debest est sociologue. Elle a soutenu une thèse publiée en 2014 aux Presses Universitaires de Rennes sous le titre 'Le choix d'une vie sans enfant', pour laquelle elle a mené des entretiens avec des femmes (et des hommes) ayant fait le choix de braver l'injonction patriarcale de produire un ou plusieurs enfants à leurs époux, qui ne peuvent pas se les fabriquer tout seuls. Piquée au vif par les quolibets que dut essuyer Kamala Harris sa concurrente, à qui Donald Trump reprocha pendant la campagne électorale de 2024 d'être une femme sans enfant, quoique mariée tardivement et ayant contribué à élever ceux de son mari, ce rappel injonctif renvoyait une femme politique à la longue carrière, la tête dans le four, les mains dans les couches et la lessive, par le super viril Trump, ce qui déclencha le mouvement #ChildlessCatLadies, puisqu'aussi bien Trump nous renvoya toutes au triste sort de femme à chat sans enfant. En tous cas, c'est ainsi que le voient Trump et ses thuriféraires, et sur le sujet, ils abondent. En un retournement du stigmate, "Elles vont finir seules avec leurs chats" a été relayé un peu partout, certaine chanteuse populaire publiant même sa photo enlaçant son chat avec le fameux hashtag (mot clé). Charlotte Debest a donc décidé de publier une piqure de rappel de sa thèse dans ce petit ouvrage, en forme de mise au point salvatrice. L'autrice nous rappelle donc, que l'injonction à produire des enfants (des garçons, c'est mieux) vient du fait que les hommes ne pouvant pas produire eux-mêmes leurs successeurs, il a fallu contraindre les femmes à l'hétérosexualité d'abord, à la reproduction ensuite, et contrôler étroitement leur vie sexuelle et génitale car 'mater sempre certa est', et qu'il ne s'agit pas pour eux de ne pas être certains que ce sont bien leurs enfants à eux. Pas question de nous en laisser la maîtrise. Il s'en suit que les refusantes sont vécues comme une perpétuelle menace pour l'ordre multimillénaire patriarcal : du 'réarmement de la natalité" de Macron, à la tentative de mise au pilori de sa brillante concurrente politique par Trump, aux différents ressacs (backlash) que nous voyons se produire un peu partout. Aussi, Charlotte Debest contre-argumente-t-elle en rappelant quelques faits et statistiques cruelles pour la société : un enfant meurt tous les six jours des mauvais traitements de ses parents en France ; une femme meurt tous les trois jours et demi sous les coups de son conjoint, toujours ici ; et enfin, ce n'est pas le manque d'enfants qui menace notre biotope Terre, mais bien leur surproduction ; en plus, il ne manque pas d'enfants de qui s'occuper ici, plus loin, et maintenant. Les enfants naissent dans les gravats des destructions, meurent sous les bombes, servent de soldats de fortune à des armées sanguinaires, des fillettes sont razziées et privées de leurs droits les plus élémentaires à l'éducation et à la liberté, violées et mariées de force. Pour ce faire, l'autrice mobilise toute la littérature sociologique à sa disposition : Delphy, Tabet, et al. Si vous ne les avez pas lues, l'ouvrage vous fera le plus grand profit, si vous les avez toutes lues comme moi, cela vous fera un rappel. Personnellement, j'ai plus un faible pour les travaux des anthropologues pour étudier ces injonctions patriarcales datant du Néolithique, car elles en découvrent et expliquent les racines dans l'histoire, alors que les sociologues se contentent plus sobrement d'une analyse sociétale. Il est à noter aussi que le patriarcat est l'art des inversions où les garçons sont élevés à être des 'individus par excès', et les filles sont formatées à la vulnérabilité, ce qui les fait rechercher la protection d'un homme. Mais là encore, et c'est cruel pour eux, une femmes husbandfree est bien plus en sécurité seule chez elle qu'une femme en conjugalité : statistiquement, l'endroit le plus dangereux pour une femme en couple avec un homme est son foyer. On comprend donc l'opiniâtreté de la société patriarcale à défendre son ordre en stigmatisant par toutes sortes de façons dépréciatives et humiliantes celles qui le refusent. Eussent-elles réussi, par ailleurs et avec éclat, une carrière professionnelle et politique, elles seront irrémédiablement, d'après leurs boniments, dans l'incomplétude.
Lire ce livre juste après avoir eu mon premier enfant m'a fait comprendre que : 1) les mecs ont la frousse des femmes, nous font passer pour des petites choses faibles alors qu'on accouche donc ptdr 2) j'ai encore plus de respect pour les personnes ne voulant pas d'enfant vu la pression que la société leur met (alors qu'on est dans une société qui n'aide absolument pas les jeunes parents) C'est un essai parfois dense, mais très bien renseigné et détaillé (réalisé avec des statistiques absolument toutes disponibles au grand public). Il m'a permis de me poser des questions, de vouloir en savoir plus et d'avoir des arguments pour gagner dans des futurs débats, j'en suis sûre. Mais j'ai également l'impression d'être passée à côté (la fatigue de la jeune maman, sans doute).
Charlotte Debest explique dans un livre plutôt facile à lire qu’une femme peut ne pas vouloir d’enfant et/ou d’homme dans sa vie sans avoir à être repoussée et sanctionnée par la société. Les vieilles filles à chat peuvent être inspirantes, et non effrayantes. Sortons du bocal patriarcal de manière collective.
Très intéressant, des questions ou des points de vus qu'on avait jamais envisagés. << - C'est dans la nature des femmes de faire des enfants - la maternité ( hormones à partir de la puberté, grossesse hormones de la ménopause) rend vulnérable - les femmes sont faibles par nature >>
super intéressant, ça fait réfléchir d’abord à pourquoi certaines femmes sont mises de côtés par la société mais aussi à plein de sujets qui en découlent