Dans une ville cauchemardesque où errent les âmes moribondes d’une humanité ayant succombé à sa propre corruption, une jeune enfant, Sélénie, tente désespérément de survivre.
Fascinée par le Maréchal de la Cité sans nom qui mène les armées du Seigneur Sombre contre les troupes des derniers rois humains, elle va découvrir que ce personnage dissimule un grand secret et qu’il n’est pas l‘ennemi qu’elle croyait. Traquée par les miliciens et les vautours au service du mal, elle use de tous les stratagèmes pour demeurer insaisissable et se réfugie dans les tréfonds de la ville où un ange va lui apprendre que son innocence est tout ce qui empêche le monde de céder définitivement aux ténèbres.
Aidée par un singulier fantôme, un petit rat ou bien encore une étrange créature vivant dans l’ombre, Sélénie tente désespérément de quitter la ville. Mais pour cela, il lui faut échapper aux Corrupteurs qui pervertissent tout ce qu’ils touchent et aux autres séides du mal, comme les enfants de la Tour ou l’inquiétant Baladin.
Un autre danger la menace, celui de perdre son innocence. Sa rencontre avec un jeune garçon nommé Simon lui redonne du courage mais lui fait aussi courir le risque de grandir bien trop vite dans un monde où la fin de l’enfance peut signifier la fin de tout espoir.
Ce qui m’a donné envie de lire l’intégrale de Sélénie des Terres Mortes, sans la moindre hésitation, c’est l’ambiance très noire et oppressante qui se dégage à la fois de la couverture et du résumé. Tout annonçait une lecture parfaite pour l’automne et Halloween — et je n’ai pas été déçue une seule seconde de ce côté-là.
La plume de Philippe Tessier, à la fois fluide et accessible, retranscrit avec une grande justesse l’atmosphère du récit. Les descriptions de l’environnement, les thématiques abordées et les personnages qui y évoluent participent tous à créer un univers profondément sombre, presque étouffant. Tout transpire le désespoir, la noirceur, la décrépitude.
Nous suivons Sélénie, une enfant à la fois lumineuse et tragiquement attachante. Certains de ses comportements peuvent agacer, mais ils traduisent avant tout son innocence et son humanité. Elle évolue dans un monde qui la dépasse, un univers impitoyable qui va briser peu à peu sa naïveté. Cette petite lueur qu’elle incarne apporte un souffle d’espoir dans un récit autrement désespéré — ce qui la rend d’autant plus touchante. On a envie de la protéger, de lui offrir un peu de lumière dans ces ténèbres.
Dans les bas-fonds de cette cité abandonnée par les adultes, il ne reste plus de place — ou si peu — pour la joie, la paix et l’espoir. À travers cette société déchue, l’auteur aborde des thèmes forts : la perte de l’insouciance, la responsabilité, la décadence morale, la déshumanisation… Le tout avec un ton parfois caricatural, certes, mais qui accentue efficacement le message critique sur la nature humaine et la société. J’aurais peut-être aimé un peu plus de nuance à certains moments, mais je comprends le choix de l’auteur : il renforce ainsi l’impact et la portée du propos.
J’ai également beaucoup aimé la diversité des personnages qui gravitent autour de Sélénie : anges, fantômes, animaux, humains… Tout un éventail de figures symboliques qui accompagnent son évolution et participent à sa quête initiatique. Grâce à eux, elle mûrit, gagne en lucidité et en force, jusqu’à une résolution finale qui m’a profondément émue.
Une trilogie sombre, poétique et percutante que je vous recommande chaudement, surtout si vous aimez les récits empreints de désespoir, de symbolisme et de beauté tragique.