"Rabelais nommait Parrhésiens les vrais Parisiens, ceux dotés de la forte parole et du courage de tout jeter à la face d’autrui. Il fut un temps, pas si lointain, où les habitants de Paris ne parlaient pas le français actuel, si exsangue et dilué, mais cette langue de forte sève célébrée par Rabelais. Ces spécimens d’ancienne roche avaient vu le jour dans les quartiers populaires et grandi sur les berges de Seine. D’année en année, la hausse des loyers les avait repoussés aux banlieues limitrophes, boutés hors des beaux immeubles où s’étaient installés de nouveaux venus, riches en capitaux, mais de pauvre langage. Un jour, par hasard, alors que je pensais ces Parrhésiens disparus à jamais et leur langue évanouie pour toujours, j’avais découvert, dans une ruelle de Montparnasse, un repaire de grandes gueules et de crache-feu où les vieux bisons revenaient à la nuit tombée, tels les zombies sortis de terre des films de John Carpenter."
Ce livre est écrit dans la "langue de forte sève" qu'il célèbre. L'auteur découvre un repaire de "specimen d'ancienne roche" à l'arrière d'un gymnase près du Montparnasse. Il s'agit d'une salle de musculation, où il s'inscrit car le cycliste qu'il est doit travailler ses bras et son dos, et parce qu'il pressent qu'il y règne le culte d'une langue qui ne se pratique plus guère, une langue du Paris d'autrefois, qu'on se balance à la face sans trembler. Le grand sifflet maigre qu'il est s'y fera respecter parce qu'il n'est pas maladroit du verbe.
La galerie de portraits des leveurs de fonte soudée maison fascine, enthousiasme, et parfois émeut aux larmes.
Et on y découvrira qu'il y a bien des manières pour un narrateur de devenir écrivain.
Original et rafraîchissant, mais néanmoins assez difficile à lire. Une intrigue plus riche serait la bienvenue. Si vous le voyez en librairie, je conseille tout de même d'en lire au moins quelques pages, c'est assez unique.