« Il y a tellement de bruit alors qu’il faudrait du silence, canaliser l’émotion, poser une compresse fraîche sur la folie du monde. »
Êve est une sirène professionnelle qui nage dans les plus grands aquariums du monde. Mais personne n’imagine la femme brisée, fracassée, que cache sa queue en silicone. Quelqu’un lui a fait du mal, tellement de mal, et il faudra un jour rééquilibrer les comptes. En attendant, de Genève à Tokyo, de Brisbane à Dubaï, elle sillonne la planète, icône glamour et artificielle d’un monde fatigué par le trop-plein des désirs. À travers un destin singulier, Joseph Incardona revisite le mythe de la sirène et nous donne à voir une humanité en passe de perdre son âme.
alors y’a des trucs que j’ai adorés et c’est vraiment un roman que j’ai eu envie de dévorer, très prenant, où on ne voit pas les pages tourner
cela dit je trouve qu’on sent vraiment que c’est écrit par un homme, et que la voix de l’auteur est trop présente au fil du livre — parfois je l’entendais raconter le monde et pourquoi pas, hein, mais bon ça me semblait souvent à côté
J'étais déjà un amoureux éperdu des textes de Joseph Incardona mais il a réussi à frapper encore plus fort pour m'ensorceler.
"Le monde est fatigué" est un roman d'une noirceur splendide et plein d'une colère glacée qui m'a traversé le cœur de part en part.
Êve est une héroïne inoubliable : une âme blessée où s'entremêlent lucidité et douleur, faite de rage indomptable et de volonté brute. J'ai été subjugué par cette femme fracassée et désabusée mais pas morte qui résiste et se bat, qui décide de tordre l'ordre du réel et d'imposer ses règles.
À travers ce protagoniste, Joseph Incardona s'amuse avec tellement d'intelligence à représenter les rouages épuisés d'un système qui ne fait que poursuivre sa chute inexorable et c'est véritablement époustouflant ! L'auteur parvient tellement bien à montrer que notre société maquille la souffrance et le vide, qu'elle est saturée de désirs qui s'épuisent d'eux-mêmes, que les lumières artificielles et les grandes ambitions bouffies courent à leur perte. C'est un génie (mon côté gros fan de l'auteur est totalement en train de ressortir, j'en ai bien conscience) !
Puis cette plume ! Un cisaillement juste et magnifique dans une réalité en détresse, une écriture d'une beauté renversante, affligée sans jamais être stérile, poétique sans jamais être décorative. Ce monsieur est beaucoup trop fort !!!
En résumé : une lecture brûlante et désespérée qui gardera une place toute précieuse dans mon esprit !
Assez déçu… Je saurais même pas quoi dire en réalité, à part que je suis déçu. Pourtant l’écriture de l’auteur me plait toujours autant ; Par son originalité et son style, tout est là pour te donner envie de terminer le livre et te plonger un peu plus dans l’histoire. Mais personnellement, avant même la moitié du roman j’en avais plus tellement envie. Ça ne veut pas dire que je ne vais pas m’en aller découvrir ses autres œuvres, mais simplement que celle-ci je m’attendais à autre chose, à ressentir la même euphorie que durant ma lecture de Stella et l’Amerique.
Cet été, j’ai lu trois romans de Joseph Incardona, dont « Le monde est fatigué ». Je crois que j’avais besoin de m’imprégner de son style, de son phrasé et de son univers. J’ai immédiatement senti son besoin de raconter notre société fracturée et la mélancolie qui en découle. Si vous avez déjà lu un de ses livres, vous savez que chaque mot trimballe sa valise de désillusions. Car, c’est jusqu’à l’os qu’il dissèque notre société, parfois de manière poétique, parfois avec humour, parfois avec une certaine sévérité. Sa froideur, sa violence aussi… Une société où chacun essaie de survivre, un monde où l’humanité prend un chemin vide de sens. Fable moderne ou réalisme clinique, « Le monde est fatigué » dresse le portait d’un monde sans complaisance obsédé par la réussite, l’argent, l’apparence et vidé de toute substance.
Êve flotte entre deux mondes, celui des profondeurs et celui des hommes. Cousue de métal et de chair après un terrible accident de la route, Êve incarne la perfection et l’illusion du rêve. Elle est ce que la société réclame : une beauté de façade. Pourtant, à l’intérieur d’elle-même, elle est assemblée selon la méthode du kintsugi. Son visage porte les stigmates de ses blessures, son corps est prolongé par deux prothèses en titane. Quand elle les retire, Êve enfile une queue de poisson. Elle navigue entre deux mondes, mais c’est celui de son métier de sirène qui la rend exceptionnelle. « Le monde est fatigué » raconte l’histoire d’Êve, qui, sous la surface miroitante des eaux, ondule, retient sa respiration et cogite. Car Êve, femme-sirène est une survivante, et Êve femme-gladiatrice a un objectif.
C’est à travers son regard que le lecteur fait le tour du monde. Ses prestations ne tiennent place que dans des univers de luxe, au coeur de décors dorés, mais vides. La société du luxe est un théâtre glacé où les piscines transformées en lagons artificiels résonnent creuses, au rythme des applaudissements de public. Dans le regard d’Êve, Joseph Incardona dépose toute une société malade, gangrénée de l’intérieur. Son corps est une marchandise que l’on s’offre à prix d’or, le « rêve » de s’offrir une sirène est un produit de consommation comme un autre. « Le monde est fatigué » montre à quel point la déshumanisation se nourrit de faux-semblants, et l’opulence détruit tout système de valeur.
Miroir de notre époque, « Le monde est fatigué » met l’accent sur les dérives d’un monde où le capitalisme façonne jusqu’aux corps, où la précarité s’immisce dans l’intime, où le cynisme des puissants se heurte à la fragilité de ceux qui n’ont d’autres choix que de composer. Joseph Incardona signifie à quel point la perte d’empathie et la superficialité des relations sont devenues une norme. À travers Êve, corps recomposé, mais esprit lucide, il dit beaucoup de notre époque qui ne pardonne ni la différence ni la faiblesse. Et encore moins lorsqu’on est une femme… Cependant, notre société moderne, épuisante, oppressante, souvent injuste, peut engendrer une forme de résistance de ceux qui « ne rentrent pas dans le moule ». Dans cette volonté de survie, coûte que coûte, il glisse une forme de beauté, une grâce dans la volonté de rester debout.
Derrière les façades, il y a des hommes, des femmes et des vies dont on ignore tout. Comment deviner les douleurs de l’Autre ? On a tendance à juger trop vite, sans rien savoir des blessures et des rêves de ceux que nous côtoyons. L’écrivain nous interroge sur ce que nous cautionnons par indifférence, et remet la valeur de l’humain au centre du récit. Ainsi, « Le monde est fatigué » devient un plaidoyer pour rappeler l’essentiel et un idéal de réussite qui ne passe ni par la gloire ni par l’argent. Rester soi-même dans un monde qui voudrait nous formater à tout prix, prendre le temps d’être au monde, préserver la liberté de respirer et d’aimer.
Constat impitoyable de notre époque, « Le monde est fatigué » frappe également par l’écriture si singulière de Joseph Incardona. La poésie de la langue s’entremêle au cynisme des propos. Les moments suspendus des nages d’Êve, où le temps semble se dilater et où le texte reprend son souffle, contrebalancent avec l’humour noir empreint de vérités assénées à coups de phrases parfois lapidaires. Les observations acerbes du monde du luxe, les rapports de pouvoir, l’absurdité d’un système qui dévore les plus vulnérables, offrent des passages d’une profondeur et d’une beauté absolues. Ce mélange des genres permet à la fois de faire montre d’une lucidité implacable, mais aussi d’une tendresse profonde pour ses personnages (Êve et Matt).
« Le monde est fatigué » est également un roman qui fait le tour du monde en mettant en lumière des destinations précises : Genève, Paris, Tokyo, Derborence, le Pacifique, Dubaï. Tous ces endroits montrent les absurdités de notre époque et fonctionnent comme des miroirs tendus vers nous, lecteur. Ainsi, Genève est le socle d’un luxe immuable dont Joseph Incardona fait l’inventaire. À Paris, c’est l’aquarium et ses millions de litres d’eau, ses 13 000 espèces qui remplacent l’image de carte postale de la ville. Tokyo déplace l’intrigue vers l’intime et offre un face-à-face tout droit sorti du passé. Au cœur du pacifique nord, sur le Plastic Odyssey, la tendance s’inverse à nouveau pour montrer une mer de déchets. L’écologie y prend toute sa substance, et cesse de n’être qu’une idée pour devenir très concrète. Enfin, Dubaï, ville tout droit sortie de l’aberration humaine, où l’ensemble des chiffres donnés par l’auteur vient asséner une grande claque à ce monde fatigué. Chaque lieu affronte une réalité du présent et martèle implacablement notre inconséquence collective.
Enfin, le roman s’articule autour de la différence, mais aussi de la difficulté d’être une femme différente. Êve, qui n’hésite pas à dire que son chirurgien est « le docteur Josef Mengele », résume à elle seule la brutalité des regards posés sur elle. Une belle occasion pour Joseph Incardona d’interroger le désir, mais aussi le rejet dans ce monde où la moindre imperfection devient une souillure. Au cœur de cette « comédie sociale », Êve joue un rôle et le fait savoir. L’hypocrisie masculine n’a aucune limite, l’érotisme est conditionné par la société.
Malgré la noirceur et le cynisme, « Le monde est fatigué » offre une porte vers la lumière. Jamais on ne s’apitoie sur le sort d’Êve. Au contraire, elle est perçue comme une battante, une conquérante, une femme marquée qui a transformé sa souffrance en arme. Car Êve a un but, une ambition, une intention pour continuer à avancer. Elle est ténacité et rage dans ce monde qui n’offre finalement que peu de répit.
J’ai été époustouflée par ce roman court qui regorge d’interrogations et d’émotions. Puisque c’est là le propre de la littérature, éveiller et émouvoir, « Le monde est fatigué » a su venir frapper mon coeur et mon esprit. Ajoutez à cela la plume incandescente, si juste, si fine de l’écrivain helvétique, et vous comprendrez pourquoi la lecture de ce roman m’a encouragée à en découvrir d’autres. Ils sont rares, ces textes, qui vous séduisent et vous emportent autant sur la forme que sur le fond. Ils sont précieux. J’ai aimé le cynisme de la langue, autant que les personnages magnifiquement brossés. Êve habite bien plus son corps que la plupart d’entre nous, et j’ai eu la sensation qu’elle m’avait appris à respirer différemment. Joseph Incardona a un talent fou, quelle hérésie ce serait ne pas plonger dans son œuvre ! « C’est une longue traversée. Voilà ce qui t’attend (…). Ce qui nous attend tous. »
3.5 Dur de dire si j'ai vraiment aimé ou pas. Il m'arrive d'y repenser, de me questionner sur la place de la protagoniste et ce monde d'ultrariche que l'on aperçoit. Je pense qu'il y a matière à réfléchir sur notre société actuelle grâce à cette plume juste et franche, bien que l'intrigue reste basique.
Even the most in-demand plastic surgeon couldn’t craft a better premise (though another hand may have executed it more gracefully).
A woman lives in a body permanently disabled by a hit-and-run, using her reconstructed shell to perform as a real-life mermaid for the .0001%. Her quest for meaning and revenge is intriguing and reflective, not overwritten or overly packed with tedious plot points. There was even a nice climate justice tie-in that didn’t feel forced.
This book’s sore spot is its narration, being told for some unknown reason by an unknown omniscient narrator, whose glib tone as he in turns addresses the reader, Êve, and other characters, detracts from the gravity of certain scenes and adds to the corniness of others. It’s also just distracting, and most of the narrator’s meta musings are either cringe or banal beyond banal.
The writing really is beautiful throughout most of the book, though. What an idea.
Cela fait une semaine que j'ai terminé ce roman et je ne sais toujours pas où me positionner. Ai-je aimé ? Je vais partir du principe que oui ! L'auteur nous tisse une vision du monde saisissante dans ce roman. A travers les yeux de Eve, une sirène professionnelle, qui se reconstruit petit à petit, il dénonce les travers de l'Homme. On parle des dérives de l'argent et du pouvoir. On navigue dans les eaux de la santé mentale, de la solitude, de la recherche de soi. Le personnage d'Eve est troublant car à la fois antipathique et touchante, ce personnage est humain. La tension monte crescendo tout au long du livre, pour un final explosif, digne des plus grand blockbuster. Un roman entre sérieux et humour que je recommande bien volontiers finalement !
Ne cherchez pas de lumière dans ce roman, il n’y en a pas. Incardona s’empare du mythe de la sirène, objet de fascination encore à notre époque, pour dénoncer un monde -notre monde- qui court à sa perte, victime d’un système qui broie tout sur son passage. C’est beaucoup plus noir que « nos corps solides ». Est-ce que j’ai aimé ? Je crois que oui, et il me hante encore.
Une coquille vide décorée d'une prose sympathique mais qui ne porte rien de consistant
La fin est vraiment sympa, l'événement final assez original. Mais c'est si superficiel, je vois bien les messages derrière mais je mes trouve sous exploité et ça fait un peu "Old man yells at cloud"